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Mercredi 10 Mars 2010

RSE et SOCIAL BUSINESS


Sortir de la crise, tout le monde en rêve. Moraliser le capitalisme, personne n’ose vraiment y croire. Et pourtant, on assiste ici et là à des initiatives et des démarches innovantes qui laisseraient à penser que l’économie sociale et l’entreprise privée pourraient, en définitive, apprendre à cohabiter.



Constant Calvo
Constant Calvo
Soit le Social Business ou Business Social, ou encore entreprise sociale.

Concept à la croisée des chemins entre l’économie sociale et l’entreprise privée, le Social Business a acquis en France ses lettres de noblesse en 2008, lorsque l’École HEC a annoncé le lancement d’une chaire « entreprise et pauvreté », avec l’économiste, entrepreneur, et professeur bangladais Muhammad Yunus, et Martin Hirsch l’ancien Président d’Emmaüs France, et Haut Commissaire aux Solidarités contre la pauvreté, Haut Commissaire à la Jeunesse, comme co-présidents.

Surnommé à juste titre le « banquier des pauvres », pour avoir fondé la première Institution de Microcrédit, en 1977, Muhammad Yunus - Banquier ô combien atypique ! - et sa Grameen Bank ne prêtent pas aux riches, seulement aux pauvres. Du jamais vu !

Près de 30 ans plus tard, le résultat est impressionnant, puisque la Grameen Bank compte aujourd’hui, environ, 1400 succursales, et a prêté près de 5 milliards de dollars à des femmes essentiellement, afin de leur permettre de créer leur entreprise.

On sait que la Grameen Bank a fait des émules et des petits, partout dans le monde, jusque dans notre hexagone.

C’est encore et toujours Muhammad Yunus, lequel a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2006, qui est à l’origine de la création du concept de Social Business.

Le Social Business est, comme n’importe quelle autre structure commerciale, une entreprise à but lucratif ; la différence étant que sa finalité est la résolution d’un problème social, écologique, ou autre, au sein d’une communauté.

Reposant sur un modèle économique dont l’impact a prouvé qu’il pouvait être d’une portée considérable, le Social Business s’assure que les bénéfices générés ne reviennent pas aux actionnaires, mais visent à pérenniser l’activité de l’entreprise afin d’être au service de la vie sociale et de sa communauté.

La stratégie du Social Business est fondée sur la recherche de l’efficacité et de la rentabilité maximales, afin de servir la cause pour laquelle elle a été fondée.

Muhammad Yunus n’est pas qu’un économiste remarquable, c’est aussi et surtout un homme d’une stature humaniste authentique, c’est-à-dire qui a foi au genre humain et au progrès humain; l’homme est doté, de surcroît, d’une rare perception et connaissance de l’âme de ses contemporains.

Auteur de l’ouvrage « Vers un nouveau capitalisme », dans lequel il théorise le modèle économique que représente le Social Business, Muhammad Yunus ne déclare-t-il pas, en effet, dans une interview exclusive publiée sur Rue89, en date du 13.08.09 :

« Les dirigeants des grandes entreprises internationales ne sont pas des monstres assoiffés de profits. Ils se comportent ainsi parce que c’est la mission qu’on leur a confiée. C’est le challenge qu’ils relèvent. Si on leur disait d’utiliser les moyens et les technologies de leurs entreprises pour changer le monde, ils le feraient. » ?

Il existe, selon Muhammad Yunus, à mi-chemin, entre les entreprises commerciales de type classique et les structures à vocation sociale telles les organismes de charité, les ONG, ou les Fondations, une place pour un nouveau modèle de structure qu’il nomme Social Business.

C’est ainsi que fut créée le 8 novembre 2006, conjointement par Danone et la Grameen Bank, la première Social Business, en l’occurrence une usine de fabrication de yaourt nutritif à destination des enfants bangladais, dont la raison sociale est Grameen Danone Foods.

Afin de financer ce modèle économique d’un nouveau genre, Danone qui a créé à l’occasion un fond dédié au financement de projets identiques, « Danone Communities », s’est vu contraint de bousculer les règles traditionnelles de l’entreprenariat ; quant à ses managers, ils ont dû revisiter leurs présupposés théoriques.

Le Social Business ouvre une nouvelle voie dans le champ de la RSE, à coup sûr là où on ne l’attendait pas.

L’idée même, en soi utopique, que deux termes, deux concepts, en réalité deux conceptions du monde aussi opposées que « entreprise » et « social », puissent être associés, et que son modèle puisse devenir une réussite économique bouleverse toutes nos idées reçues

Au-delà des Codes, Principes, Labels, Certifications, et autres Normes, la réussite du Social Business tend à démontrer, d’une part que la mise en œuvre de la RSE n’est pas tant une affaire de démarche que d’état d’esprit, et, d’autre part, que l’heure de la réconciliation de l’entreprise avec la société est peut-être venue.

Constant Calvo, Directeur associé ADHERE RH
http://blog.adhere-rh.com



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