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RSE et Gestion du Risque


On n’a pas l’habitude de voir la RSE associée à la Gestion du Risque, laquelle permet à une entreprise de s’assurer qu’elle connaît et comprend les menaces auxquelles elle s’expose, de les recenser de façon claire et structurée et de mettre en œuvre un dispositif visant, au mieux à prévenir les sinistres, au pire à en réduire l’incidence.



Constant Calvo
Constant Calvo
On imagine, par conséquent, notre étonnement à la lecture des résultats de la 3ème édition de l’étude « Business Risk Report 2010 » publiée le 13.07.10. portant sur les risques les plus importants auxquels font face les entreprises internationales, et conduite par le Cabinet Ernst & Young auprès d’un panel de plus de 70 cadres dirigeants et analystes de 14 secteurs industriels.

Car, divine surprise, que n’y trouve-t-on pas à la 9ème position du TOP 10, sinon la RSE !

La RSE a pour finalité le Développement Durable des entreprises ; et les raisons pour lesquelles la RSE est, selon les experts, non seulement utile mais incontournable sont nombreuses : parce que, entre autres, les consommateurs, les clients et les investisseurs, la demandent voire l’exigent ; la RSE construit le capital de la marque ; la RSE permet d’attirer et de fidéliser les talents ; la RSE a du sens au plan financier ; ou parce que la RSE est l’une des réponses à la crise.

On a, jusqu’à présent, à notre connaissance, fait référence à la RSE qu’en termes d’enjeux ou de défis ; or, la voici maintenant élevée au statut de risque.

Les entreprises sont amenées à se doter d’une stratégie de gestion du risque pour de nombreuses raisons, depuis la multiplication des poursuites en justice, jusqu’à la prise en compte des limites d’assurance élevées, en passant par les réglementations diverses auxquelles elles sont soumises ; quant aux avantages qu’elles peuvent en tirer, ils sont tout aussi nombreux, dont leur réputation et la valorisation de leur image, ou l’amélioration de leur capacité à s’adapter à un environnement de plus en plus changeant, et également cela va sans dans dire les gains économiques et financiers.

Selon Dominique Pageaud, associé Ernst & Young, et responsable de l’étude « Business Risk Report 2010 » en France « Dans le contexte de crise, les problématiques de gestion de l’image se sont aiguisées et les entreprises, observées de près par l’opinion publique, sont d’autant plus attentives aux risques sociaux et environnementaux qu’elles sont conscientes que garder (ou regagner) la confiance du public est désormais vital ».

La RSE faisant son entrée dans le TOP 10 des risques majeurs des entreprises, voilà bien en effet une nouvelle réjouissante. La gestion du risque appliquée à la RSE est, de facto, élevée au rang d’élément déterminant pour protéger la création de valeur durable.

La RSE « ne cesse de gagner en importance aux yeux des décideurs depuis une décennie », a-t-on entendu dire. Soit. Sans vouloir à tout prix bouder notre plaisir, ni faire un procès d’intention, on est en droit de se poser la question de la signification et portée réelle de cette soudaine promotion.

Mais osons la question suivante : La RSE considérée comme un risque majeur par les entreprises, est-ce vraiment une nouvelle ?

L’engagement volontaire des entreprises dans la responsabilité sociale a montré ses insuffisances, la crise et ses conséquences peuvent en témoigner. On constate par ailleurs que cet engagement des entreprises s’accompagne de leur part d’un lobbying aussi intense qu’efficace, afin d’éviter l’arrivée de nouvelles contraintes et règlementations.

Les entreprises auront fort à faire afin de lever la suspicion qui pèse sur elles, tant qu’elles ne voudront pas, notamment, jouer le jeu de la transparence de leurs activités et des informations qu’elles communiquent, et tant qu’elles chercheront à se présenter à tout prix, sous leur meilleur jour - quitte à faire ici des impasses, là des omissions volontaires, et à éviter les sujets qui fâchent. Le Rapport Développement Durable, pour lequel elles ont su acquérir un savoir-faire indéniable, au point que certains observateurs parlent de « normalisation » ou « d’homogénéisation » des données, en est un parfait exemple.

Les critiques dont elles sont l’objet sont nombreuses. L’une des plus pertinentes, selon nous, est celle développée par la philosophe et sociologue Anne Salmon, professeur d’université, auteur de « Moraliser le capitalisme, est-ce possible ? ».

Dans son ouvrage, Anne Salmon semble douter que le phénomène de « production de valeurs », et d’« offres éthiques » des entreprises puisse être capable de moraliser le capitalisme. Ne serait-il pas, se demande-t-elle, plutôt une tentative à peine déguisée de fonder une « économisation » de l’éthique, soit un simple outil de gestion et d’orientation managériale visant à restaurer la confiance et la motivation tant des salariés que des consommateurs dans un contexte de crise, de perte de sens, et de scandale moral ? Le risque d’une pareille tentative si d’aventure elle réussissait, serait la transformation – la transmutation ajouterions-nous - des valeurs éthiques en biens de consommation appropriables par l’individu, pour son seul bien-être.

« Les offres éthiques des entrepreneurs (charte, code, accords de responsabilité sociale) apparaissent comme des instruments d’une adhésion à l’ordre économique, destinés à se libérer des ordres tutélaires (spiritualité, morale) tout en assurant un contrôle sur les conduites individuelles pour les conformer aux exigences du système » écrit-elle.

« L’économisation de l’éthique » chercherait-elle à s’émanciper de toute autorité extérieure à elle-même ?

Que signifierait, dans ce cas, l’affirmation partout entendue, selon laquelle il faut « mettre l’humain au centre de l’économie », sinon comme le suggère le Prix Nobel d’Economie, Joseph Stiglitz, d’œuvrer afin de substituer un jour au PIB (Produit Intérieur Brut), le BIN (Bonheur Individuel brut) ?

Nous voulons souscrire avec enthousiasme à cette séduisante proposition.

Constant Calvo, Directeur associé ADHERE RH
http://blog.adhere-rh.com

Mercredi 1 Septembre 2010
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