Digital Finance, Cryptofinance Daily News | Innovation, Transformation


              



Questions réponses sur l'externalisation des services


1. Arnaud Montebourg a souvent vanté les mérites des services, présentés comme des activités non délocalisables.



Pascal de Lima
Pascal de Lima
Or, dans le secteur bancaire notamment, plusieurs établissements (Natixis, Société Générale, BNP Paribas…) ont annoncé dernièrement vouloir externaliser certaines de leurs activités et délocaliser certains postes. Est-ce la preuve que même les activités de services sont délocalisables ?

Tout d’abord qu’entendons-nous par délocalisation ? Par délocalisation nous entendons souvent la fermeture d’un établissement dans un pays industriel développé par une entreprise qui ouvre en même temps un établissement dans un pays émergent à bas salaire pour fournir les mêmes clients. Ce phénomène très sensible reste assez rare heureusement.

Par contre une forme de délocalisation à plus grande échelle existe réellement : Il s’agit du transfert par une entreprise du Nord d’une partie de ses activités productives du Nord vers un pays à bas salaire. Il s’agit aussi du choix d’une entreprise du Nord d’installer une nouvelle unité de production dans le Sud, alors qu’elle aurait pu s’installer dans un pays du Nord. Il s’agit aussi dans cette définition à grande échelle, du choix d’une entreprise du Nord de remplacer un sous traitant du Nord par un fournisseur d’un pays émergent à bas salaire pour ses achats intermédiaires. Enfin il s’agit du choix d’une entreprise commerciale du Nord de remplacer un fournisseur installé dans un pays du Nord par un fournisseur installé dans un pays du Sud.

Réponse 1 :
Oui bien sûr les services sont délocalisables. De plus il n’y a pas que le secteur bancaire qui délocalise ses services. Il n’y a pas très longtemps, on lisait dans la presse le titre suivant : « LA SNCF DÉLOCALISE UNE PARTIE DE SES SERVICES INFORMATIQUES EN EUROPE DE L’EST, Nouveau prestataire de services de la SNCF, IBM compte confier la gestion d’une partie des activités informatiques de la compagnie ferroviaire à ses filiales implantées en République Tchèque et en Pologne ».

A coté de l’industrie, le secteur tertiaire est donc concerné. On a longtemps cru que les services étaient protégés de la concurrence des pays à bas salaires. Il n'y a pas de coûts de transport liés à la réimportation des produits. Il est donc plus facile de délocaliser une activité de services qu'une activité industrielle.

Réponse 2 :
Les délocalisations des services sont une tendance historique logique.

Les délocalisations font partie du thème de la multinationalisation des entreprises en économie et de la division internationale des processus productifs.

Jusqu’à la seconde guerre mondiale la multinationalisation des firmes demeure un phénomène essentiellement européen, et les firmes multinationales s’implantent essentiellement dans les pays colonisés ou semi-colonisés. Les investissements directs s’effectuent essentiellement dans le secteur primaire.

Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis occupent la première place occupée précédemment par le Royaume-Uni et deviennent les premiers investisseurs à l’étranger du fait notamment de la fin de la colonisation et jusqu’à la fin des années 70.

Dans les années 80, c’est l’événement des firmes multinationales japonaises qui caractérise la multinationalisation. En termes de pays hôtes, la tendance à la multinationalisation des firmes dans les pays développés s’accentue durant les années 80-90.

Une des particularités de la multinationalisation est la délocalisation. Durant les années 70, les délocalisations portaient pour l’essentiel sur les produits de grande consommation, tels que le textile.
Au cours des années 80, un second mouvement de délocalisation affecte des activités telles que les services informatiques et les composants électroniques. Ce n’est donc pas un phénomène nouveau.
Surtout que ce phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur jusqu’à aujourd’hui. Il a commencé avec les centres d’appel vers les Pays de l’est et d’Asie (Inde, Chine…) vers la fin des années 80.

2. Qu'est-ce qui peut expliquer ces délocalisations ? Que peut faire l'État pour les enrayer ?

Les raisons sont généralement les suivants dans les ouvrages d’économie (il ne change pas trop en comparaison avec l’industrie) :
- Bénéficier d'une main d'œuvre moins chère,
- S'affranchir de toutes les contraintes des pays occidentaux,
- Bénéficier d'avantages offerts. Certains pays Low Cost, en plus de la main d'œuvre moins chère, offrent des prestations supplémentaires aux grandes entreprises qui s'implantent. Terrains offerts, construction d'usine financée par les communes, exonérations d'impôts.
- Réduire les coûts de transport : se rapprocher des marchés de consommation (encore que les coûts de transport dans les services tendent vers 0)
- Réduire les entraves à l'exportation.
- S'affranchir de la variation des taux de change.

Il faut aussi ne pas se tromper sur le plan stratégique : Salomon a fermé ses sites de production français et réalisé 100 % de ses chaussures de ski en Roumanie en les sous-traitants chez le plasturgiste roumain Plastor, mais les prix de vente sont restés au même niveau qu’en France. L'un des enjeux est aussi de pouvoir proposer des prix compétitifs par rapport à la concurrence grandissante des produits asiatiques et indiens : jouets, montres, textiles, électroniques… et automobile (ex: Tatamotors).

Une confusion est possible d’ailleurs entre localisation et délocalisation : Renault a créé une nouvelle unité de production en Roumanie pour fabriquer la Dacia Logan. Au départ, il n’était pas prévu de la commercialiser dans les pays d’Europe de l’Ouest. Dans ce cas, on parle de localisation et non de délocalisation.

Que peut faire l’Etat :

Il y a plusieurs thèses : les libéraux vont expliquer que les délocalisations de services sont normales et liées à l’évolution des économies européennes. Après l’agriculture et l’industrie, les économies modernes doivent être basées sur des professions hautement qualifiées dans des activités de recherche et d’innovation et dans les services notamment. Ainsi, les délocalisations de services vont apparaître forcément comme ailleurs. Donc pas de politique publique particulière sauf le laisser faire en laissant la concurrence jouer. Il faut donc uniquement lever les rigidités structurelles.

Une autre école défend que l’Europe est mal placée dans la compétition mondiale. Il n’y a pas assez de R&D et de formation. Ici, une première sous-école dit que l’Europe doit mettre en place une stratégie globale pour être plus compétitive et plus innovante mais sans que l’Etat ne fasse le choix des secteurs en difficulté, c’était la stratégie de Lisbonne... Une seconde sous-école précise qu’il faut aider des entreprises (faire naître et soutenir des champions européens) et des secteurs spécifiques, innovants, comme la biotechnologie.

Toutes les autres solutions aussi valides soient-elles reposent sur l’idée d’un nouveau modèle économique. Car critiquer les délocalisations c’est bien, mais s’interroger sur le fait de savoir si elles permettent une égalité des chances, un soutien aux plus démunis, et une liberté globale c’est à mon avis beaucoup mieux. Et là on trouve assez peu de choses dans la littérature scientifique.

3. L'indice PMI pour le mois de novembre publié aujourd'hui démontre une baisse de l'activité des services en France. Est-ce qu'il y a une accélération de la délocalisation dans le secteur des services en France ?

En effet l’indice a baissé en novembre, ce qui est le plus mauvais score depuis 5 mois. Ce score est lié aux difficultés des entreprises forcément et ce n’est pas un scoop. D’abord une demande atone comme en témoigne les indices de la consommation pour le mois de novembre et la faiblesse du niveau d’emploi. Tant que nous connaîtrons ces difficultés, les délocalisations feront toujours partie de la stratégie possible de multinationalisation et donc c’est pour cette raison qu’il y a en effet une accélération des délocalisations de services depuis maintenant 2 ans en France.

4. Existe-t-il des services qui, de par leur nature, ne sont pas délocalisables ?

Certaines activités davantage que d’autres : les services cognitifs et investissements immatériels (connaissances, recherche, enseignement supérieur, conseil en entreprise, publicité, marketing, technologies de l'information, les banques…) sont très délocalisables ! Les services collectifs à fortes économies d’échelle publics moins (ces derniers dépendent d’une mission nationale de service public pour la grande majorité). En France, 5% des emplois dans le tertiaire sont facilement délocalisables.

5. La France est-elle à la pointe dans ce type de services ?

Elle peut être à la pointe (banque, technologies de l’information, conseil en entreprise notamment grâce aux SSII (sérieuses)) et délocaliser en même temps ce n’est pas incompatible.

6. Pourquoi un tel écart se creuse-il avec l'Allemagne où L'indice PMI est haut plus haut ?

Oui la situation en effet a de quoi inquiéter car en même temps et pas uniquement en Allemagne, l’activité repart. Et même dans les services pour l’Allemagne ! Alors qu’on l’associe davantage à l’industrie. Attention donc à la France. La principale raison de cette bonne performance de l’Allemagne dans les services par rapport à la France réside dans la bonne santé du secteur industriel allemand avec toutes ses réformes historiques. Et c’est cela qui tire les services vers le haut.


Pascal de Lima
Economiste en chef
Fondateur d'Economiccell
Enseignant à Sciences-po Paris
pascal.delima@economiccell.com

Recevez chaque matin par mail la newsletter Finyear, une sélection quotidienne des meilleures infos et expertises de la finance d’entreprise.
Lien direct : www.finyear.com/newsletter

Lisez chaque mois notre magazine digital sur www.finyear.com/magazine

Vendredi 10 Janvier 2014
Notez


DISCUSS / DISCUTER

1.Posté par Geoffrey LIETAR le 16/01/2014 11:09 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Bonjour,
Je vous rejoins pour les points d'analyse suivants:
- Arnaud Montebourg a tort de présenter les services comme non-délocalisables. Cela fait déjà longtemps que de nombreux services internes ou externes sont assurés depuis des centres opérationnels à l'étranger.
- L'externalisation et/ou la délocalisation par les grandes entreprises tertiaires françaises s'accélère. Ainsi certaines fonctions internes sont assurées par des prestataires (externalisation) ou par un centre de service partagé à l'étranger (délocalisation). Ces deux concepts sont différents et il ne faut pas les confondre.

Par contre, l'article atténue l'ampleur du phénomène et amplifie son aspect négatif.
- 5% des emplois tertiaires facilement délocalisables, c'est largement sous-estimé. Mise à part la fonction publique et le services rendus au guichet ou sur sites, tous les autres services seraient facilement délocalisables (Informatique et IT, Relation clientèle et centre d'appel, gestion RH, Achats, Approvisionnements, Comptabilité, Facturation...). Au moins 50% des emplois sont délocalisables en France. Et bonne nouvelle: cela est valable pour l'ensemble des autres pays.
- Ainsi, pour la France, la barrière de la langue s'amoindrie puisque la langue française est parlée couramment au Maghreb et en Afrique, de plus beaucoup de roumains sont francophones également au sein de l'Union Européenne. Alors pourquoi, cela n'a t'il pas atteint déjà une plus grande ampleur. Mon opinion est que les français sont doués dans ces métiers, nos approches sont innovantes, la main d'oeuvre représente seulement une partie des coûts, le choix d'un prestataire de service ne se fait (heureusement) pas que sur la compétitivité-prix.
- La mondialisation est en marche (Quel scoop: maîtrise courante de l'anglais, Internet, mobilité, outils IT harmonisés, processus/certifications mondiales). Donc, de plus en plus de collaborations sont internationales, ainsi on peut parler de délocalisation (négatif) ou de commerce/compétition internationale (neutre) voire d'opportunités internationales (positif).
- Alors, en étant intelligent, en France, nous avons déjà réussi à créer de nombreux centres de services partagés et d'entreprises spécialistes de l'externalisation de fonctions. Nous servons des clients français et aussi étrangers depuis la France. Une organisation simple s'appuyant sur des processus modernes et une technologie toujours plus innovante permet d'être performant et compétitif. Grâce à l'intelligente alliance de centre opérationnels français, étrangers et de technologies, nous avons tout pour bâtir, depuis la France, des champions mondiaux des services et de l'externalisation. D'ailleurs, il suffit d'observer ExperBuy (externalisation des achats), Criteo, TalentSoft, CapGemini, Ymagis, Ubisoft ou le classement FAST 500 dont la France est championne avec 86 entreprises sur 500 devant les suédois (71) ou les anglais(52).

Bougeons-nous!
Gagnons les marchés et communiquons sur nos succès...
Allez la France!
Geoffrey LIETAR, Directeur du développement, ExperBuy

Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les derniers articles publiés sur Finyear

Recevez notre newsletter quotidienne comme plus de 40.000 professionnels de la gestion et de l'innovation financières


LE TRESORIER


Cryptocurrencies


Finyear - Daily News