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Que vaut une action quand les marchés sont nerveux ?


Dans un autre moment fort de la crise, en septembre 2008, la question s’est posée : que vaut une reconnaissance de dette ? En principe, bien sûr, elle vaut le montant qu’elle mentionne, mais quand les choses tournent mal, ceux qui ont promis de rembourser cessent de disposer nécessairement des sommes promises.



Paul Jorion
Paul Jorion
S’ils ne remboursent pas, la reconnaissance de dette se révèle a posteriori valoir tout simplement zéro franc, zéro centime. Ou bien, on « restructure » – c’est l’option qui a souvent été évoquée récemment à propos de la Grèce – le débiteur se retrouve devant ses créanciers et leur dit : « Je vous dois autant, mais la somme dont je dispose est beaucoup plus faible. Je vous propose de vous rembourser au prorata de ce que j’ai ». Une reconnaissance de dette se renégocie alors comme une fraction de la somme due, « soixante-sept centimes de l’euro », par exemple. La valeur d’une reconnaissance de dette, c’est donc un montant qui se situe entre celui de la somme prêtée et zéro. Et ce qu’elle valait effectivement ne sera connu qu’a posteriori.

On se souvient que quand AIG, la compagnie d’assurance américaine, remboursa rubis sur l’ongle les banques qui avaient contracté auprès d’elle des CDS, des Credit-Default Swaps, cela suscita un beau scandale. C’est que c’était maintenant le contribuable américain qui réglait l’ardoise, et qu’il lui semblait logique que les banques créditrices doivent se contenter seulement d’une fraction des sommes promises. C’est à la même époque d’ailleurs que certains déposants fortunés découvrirent avec horreur que leur banque ne leur avait offert en échange de leur dépôt qu’une reconnaissance de dette et qu’en cas de pépin le montant qui leur serait remboursé était plafonné à 70.000 et ensuite à 100.000 euros.

Demandons-nous alors – dans la même optique – ce que vaut une action. La question n’est pas sans intérêt : on pouvait la lire en filigrane dans les auditions qui ont eu lieu au Congrès américain la semaine dernière à propos du « flash crash », le krach-éclair du 6 mai à la Bourse de New York. Une action est une reconnaissance de dette d’un type particulier. Je rappelle en deux mots que l’indice Dow Jones perdit en quelques minutes près de 1.000 points, avant de rebondir de près de 700. Aucune anomalie n’a pu être décelée dans le fonctionnement du marché : la baisse était simplement la conséquence des mauvaises nouvelles de la journée. Le NASDAQ, le marché des sociétés technologiques, a quand même décidé d’annuler les transactions portant sur 286 compagnies dont le cours, après 14h40, avait baissé de plus de 60 %. Eric Noll, « executive vice-president » du NASDAQ, expliquait devant la Commission du Congrès qu’il était de leur devoir d’annuler les transactions quand, je le cite : « le prix d’exécution cesse de refléter un marché authentique ». On peut en déduire que le seuil entre un marché authentique et un marché de contrefaçon se situe sur cette barre des 60 %. On ne sait pas ce qu’en penseront ceux dont la vente à – 59 % a été confirmée ou ceux dont l’achat à – 61 % a été invalidé – enfin eux, ou leurs avocats

Quand le cours grimpe, les nouveaux acheteurs drainent l’argent de l’économie pour le placer là. Quand il baisse, ceux qui ont vendu cher comptent leurs sous avec délectation et ceux qui ont acheté cher, eux, se mordent les doigts. Le prototype de toutes les bulles financières, c’est donc bien la Bourse. Quand le cours des actions est élevé, tous ceux qui en possèdent sont contents : leur fortune, c’est la cote la plus récente multipliée par le nombre de titres qu’il détiennent. Est-ce que ce calcul est valide ? Non : la vraie valeur de leurs actions, c’est le cours auquel ils revendront chacune d’elle (et pas nécessairement au même prix) et ceci, c’est beaucoup plus vague : cela se situe quelque part entre zéro et l’infini. Quand les marchés sont nerveux et comme les événements du 6 mai l’ont bien mis en lumière, la valeur réelle d’un portefeuille boursier est très difficile à déterminer.

Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions.
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Mardi 25 Mai 2010
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