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Profit is an opinion – Cash is a fact


Ce bel aphorisme a été rappelé récemment à ma mémoire. Il est lapidaire et cristallin et il souligne parfaitement le caractère hautement subjectif du profit quand la trésorerie, elle, relève d'une réalité beaucoup plus factuelle et tangible. Je vais l'enrôler pour tenter de promouvoir à ma modeste échelle la méthode directe d'élaboration du cash-flow dans les états financiers, quitte à être voué aux Gémonies pour mes idées iconoclastes qui ne sont pas toujours dans l'air du temps.



Rémy Mahoudeaux
Rémy Mahoudeaux
L'IAS 7 autorise le choix entre deux méthodes pour la présentation des flux de trésorerie d'exploitation dans l'état des flux de trésorerie. Un très succinct et incomplet rappel des différences :

Méthode indirecte : A partir du résultat net sont ajoutées les charges non décaissées (amortissement et provisions) et la variation du besoin en fonds de roulement d'exploitation.
Méthode directe : les encaissements clients et les débours aux personnel et caisses sociales, fournisseurs, banques (pour les intérêts versés) et autre tiers d'exploitation (dont l'état) sont identifiés comme tels.

Voici les attendus à charge de mon jugement sur la question :

1) une démarche parallèle vs. une démarche séquentielle

Pour faire un cash-flow indirect, il faut avoir bouclé son bilan et son compte de résultat. Pourtant, ce ne sont pas les travaux de clôture et leurs impacts sur les comptes par le biais d'ajustements qui modifient le cash ; celui-ci est figé dès l'émission des relevés bancaires à la date de clôture. Par contre,chaque ajustement de provision, chaque constitution ou extourne de charge ou produit liée aux arbitrages de cut-off, chaque reclassement impactent bien évidement le compte de résultat et/ou le bilan. Un état des flux de trésorerie usant de la méthode indirecte est lui aussi impacté, pas celui présenté suivant la méthode directe qui peut être réalisé en parallèle, par d'autres équipes (la trésorerie par exemple) et ne sera pas soumis aux délais de clôture comptables.

2) la méthode indirecte : vider le subjectif embarqué en chemin pour retrouver de l'objectif

Un chiffre d'affaire est-il objectif ? Oui, en grande partie et dans bien des cas qui sont heureusement simples et nombreux. Mais les critères de reconnaissance de revenus ajoutent à cet objectif des zones grises où l'arbitrage est purement subjectif. Un exemple : Pour avoir vu de près l'évolution des normes sectorielles amricaines relatives aux logiciels, je ne crains pas d'affirmer qu'une latitude existe, et que son importance pourrait procurer à bien des entreprises une opportunité de « gérer » (1) leurs résultats. Si je récapitule, pour élaborer mes comptes, je prends des documents objectifs (le chrono des factures) et j'y ajoute et retranche des éléments (FAE ; PCA ; Provisions / créances) dont la pertinence a été validée dans la solitude du bureau comptable, puis vendus à un auditeur et cela aura un impact direct sur le Résultat Net. Ces éléments subjectifs devront ensuite être éliminés lors de la préparation de l'état des flux de trésorerie, parce qu'ils ont impacté le compte de résultat mais n'ont pas modifié la trésorerie. Et je n'ai parlé que du cycle des revenus, mais c'est le même problème pour les achats et le personnel ! Que faire et défaire soit toujours travailler ne me console pas quand je vois ce gâchis d'énergie.

3) confronter le réalisé aux projections

Je n'ai pas la prétention d'avoir tout vu, mais jusqu'à présent, je n'ai encore jamais vu un contrôleur de gestion, un trésorier ou un DAF qui préparait la projection de trésorerie d'exploitation de son entreprise en utilisant la méthode indirecte. Tous se posent les questions essentielles :

 Quand l'entreprise va-t-elle percevoir quels montants en provenance de ses clients ?
 Quelles sont les échéances de paye et de charges sociales ?
 Quelles sont les échéances fournisseurs ?
 Quelles sont les échéances fiscales ?

En répondant à ces questions, une projection des flux de trésorerie d'activité suivant la méthode directe est établie. Elle n'est pas comparable aux ligne du modèle de l'état des flux de trésorerie usant de méthode indirecte. C'est dommage de ne pas pouvoir confronter le réel à ce que nous avions prévu qu'il serait … ou alors cela oblige à produire deux cash-flow : celui des états financiers et celui du reporting interne.

4) la culture cash

Pour promouvoir une culture « cash » dans une entreprise, il faut bien sûr parler de ce cash, et faire savoir qu'il est, comme le résultat, la sanction de bon nombre de décisions. La déclinaison des objectifs aux directions opérationnelles doit ne pas se borner à de simples contributions à des lignes du compte de résultat, mais aussi à celles de l'état des flux de trésorerie. A quoi servirait un service commercial qui se désintéresserait complétement des encaissements des clients ? Le reporting interne doit donc aussi être orienté cash & profit afin d'instiller cette culture cash indispensable à une saine performance de l'entreprise.

La profession comptable en France vit une longue idylle avec la méthode indirecte. Certes les IFRS donnent le choix à l'entreprise, cependant je pense pour les raisons énoncées plus haut qu'elle gagnerait à changer son fusil d'épaule. Mais nonobstant mon choix tranché pour la méthode directe, je pense que l'idéal eut été que le normalisateur autorisât le tableau pluriannuel des flux financiers de M. Geoffroy de Murard (2), cet hybride entre le compte de résultat et le tableau de financement. C'est de loin l'état de synthèse qui me semble le plus à même de réconcilier cash flow et profit. Messieurs des IFRS, si vous voulez upgrader l'IAS 7 … laissez vous aller !

(1) Dans le sens répréhensible qui est donné à l'expression « Managed earnings », c'est à dire infléchir un résultat en fonction des attentes du marché.
(2) Le TPFF considère que l'excédent brut d'exploitation doit financer les variations de besoin en fonds de roulement pour obtenir l'excédent de trésorerie d'exploitation (ETE), puis déduit les investissements pour déterminer le disponible après financement interne de la croissance (DAFIC).

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx

boss@remsyx.com
www.remsyx.com

Lundi 11 Juillet 2011
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1.Posté par Catherine Perrin le 11/07/2011 16:35 | Alerter
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La méthode directe est certainement plus pertinente à court terme et conduit à se poser les bonnes questions, telles que mentionnées dans cet article.
En revanche, il est plus compliqué d'estimer des rentrées clients pour des commandes qui ne sont pas encore dans l'esprit des clients. La méthode indirecte peut alors prendre le relais en utilisant des délais de règlement moyens.
De plus, cette méthode présente l'avantage de réconcilier le profit et le cash, et donc de comprendre clairement pourquoi le profit, dans certains cas peut ne pas déboucher sur du cash, ou réciproquement.
Deux méthodes intéressantes, pour des usages différents.

2.Posté par Rémy Mahoudeaux le 21/07/2011 08:48 | Alerter
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Bonjour, merci de votre commentaire. Dans tout exercice de planification et quelque soit l'échéance, la difficulté du raccord entre le "connu et raisonnablement prévisible" et le "spéculatif" existe et ne doit pas être minimisée. Elle concerne aussi bien les commandes, le CA que les encaissement, pour ne parler que du cycle des revenus. Bien sûr, il faut dans ce cas se baser sur des délais moyens pour le recouvrement, mais c'est toujours plus facile et productif de le faire sur une ligne reconnue du cash-flow, et pas de noyer cette info avec tant d'autres dans la variation du BFR. Là où je suis d'accord avec vous, c'est sur la réconciliation du cash-flow avec le résultat, la méthode indirecte est plus pratique ... mais j'ai bien précisé que mon billet est "à charge" et je ne trouve pas cet avantage suffisant par rapport aux inconvénients énoncés plus haut.

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