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Pour une politique lucide d’attrait des fonds souverains en France : la position des grandes entreprises


Dans un contexte européen partagé à l’égard des fonds souverains, les dirigeants des grandes entreprises françaises prônent une « politique lucide d’attrait » de ces investisseurs en France. Si en effet l’origine publique des ressources de ces fonds incite à la prudence, non seulement les craintes qui avaient pu accompagner leur apparition se sont révélées jusqu’ici infondées, mais le risque d’un désintérêt de leur part vis-à-vis des économies européennes est aujourd’hui réel, à l’heure où les capitaux de long terme se raréfient pour les entreprises.



Laurent Leloup
Laurent Leloup
S’appuyant sur une enquête menée auprès de nombreux dirigeants de grandes entreprises françaises et d’acteurs du monde économique, l’Institut de l’entreprise rend aujourd’hui un rapport intitulé « les entreprises face aux fonds souverains », dans lequel il propose de revenir sur les opportunités que représente l’arrivée des fonds souverains dans l’économie française, et s’attache à définir les conditions à mettre en place pour parvenir à un partenariat équilibré avec ces derniers. Jean-François Théodore, administrateur de NYSE-Euronext, qui a supervisé la réflexion conduite par l’Institut de l’entreprise, y plaide notamment pour l’affirmation d’une diplomatie politico-économique ciblée sur les fonds, dont la conduite serait confiée à un « haute personnalité » rattachée au Ministère de l’économie et des finances.

L’opportunité de se constituer un actionnariat de long terme, dans un contexte de raréfaction du capital

Au cours des prochaines années, les grandes entreprises françaises vont devoir faire face à des besoins en capitaux massifs, tant pour permettre la poursuite de leur développement dans les économies émergentes à forte croissance que pour faire face aux nouvelles règles prudentielles dans le secteur financier. Pour autant, le niveau et la structure de l’épargne nationale, l’absence de fonds de pension nationaux et la modestie des moyens des grands acteurs institutionnels pourraient priver les acteurs économiques d’investisseurs de long terme, stables et pourvoyeurs de capitaux à grande échelle.

Dans ce contexte, l’arrivée de capitaux de fonds souverains dans l’économie française, qui a pris un essor relatif dans les dernières années – bien qu’encore modeste au regard des participations prises dans les entreprises anglo-saxonnes ou allemandes – doit donc être considérée de façon globalement positive.

Ne pas se tromper de menace

Les craintes qui ont pu être émises sur les risques de délocalisation des emplois, des technologies ou des centres de décision des entreprises françaises doivent naturellement ne pas être ignorées, mais restent maîtrisables dans le cadre d’une stratégie de gestion active. A ce jour, en effet, aucune prise de participation hostile n’a été observée de la part de ces investisseurs, dont la participation dans le capital des grandes entreprises françaises reste au demeurant très minoritaire : entre 1% et 7% des entreprises considérées et, de manière agrégée, moins de la moitié de la valeur des participations de la Caisse des Dépôts et Consignations au capital du CAC 40 en décembre 2010. Par ailleurs, les entreprises interrogées se disent satisfaites de la règlementation française actuelle, qui concilie protection des intérêts stratégiques et ouverture aux investissements étrangers.


Sans se départir d’une vigilance raisonnée au regard de la nature de ces investisseurs, l’enjeu aujourd’hui pour les économies européennes est donc moins de se protéger contre l’afflux d’investissements de fonds souverains que de se prémunir contre le risque d’un relatif désintérêt de ces fonds originaires de pays émergents. Ceux-ci pourraient en effet avoir tendance à recentrer leurs investissements dans leur pays d’origine et, plus largement, dans l’ensemble des économies émergentes : les besoins en fonds propres y sont proportionnels à la vigueur de la croissance économique, les perspectives de gains y sont fortes et les risques non nécessairement supérieurs à ceux encourus dans les économies dites « matures ». Une enquête récemment rendue publique par le Sovereign Wealth Fund Institute et faisant part d’un désaveu des fonds souverains vis-à-vis des actions et de la dette souveraine européenne a montré que ce risque était réel.

Des atouts à valoriser, via l’affirmation d’une diplomatie politico-économique ciblée sur les fonds

Les grandes entreprises françaises ne manquent pourtant pas d’atouts pour attirer les fonds souverains et les associer à leur croissance : forte présence dans les zones géographiques les plus dynamiques et part croissante des marchés émergents dans la réalisation de leurs profits, existence ancienne de jointventures locales ou de projets cofinancés, prestige de leurs marques, fort degré d’ouverture de l’économie française aux investissements étrangers, en dépit d’une perception parfois contraire.
Toutefois, les démarches à l’endroit des fonds restent pour l’heure le plus souvent isolées, concentrées sur les fonds du Golfe, et les participations prises par les fonds dans les entreprises françaises l’ont davantage été à l’initiative de ceux-là que de celles-ci.

De plus, si les fonds souverains constituent des acteurs financiers, leur imbrication avec le pouvoir politique est très forte : dès lors, le dialogue avec les fonds souverains consiste bien en un dialogue indirect avec des autorités publiques auquel il est nécessaire que les gouvernements des Etat européens participent.

Dans ce cadre, il est nécessaire de mettre en place une stratégie d’attrait des fonds souverains qui associe de manière complémentaire les démarches individuelles des acteurs économiques et l’affirmation d’une diplomatie politico-économique ciblée sur les fonds. Celle-ci pourrait être confiée à une personnalité de haut niveau alliant compétence diplomatique et connaissance intime du monde économique, chargée de nouer les contacts nécessaires avec les dirigeants des principaux fonds souverains et d’entretenir un dialogue continu avec ces derniers. L’existence d’un tel « délégué général », doté d’un statut quasi ministériel, permettrait à la fois de mieux attirer les fonds souverains et de canaliser leurs investissements vers des secteurs ou des entreprises dans lesquels leur intervention est plus particulièrement souhaitée.

À propos de l’Institut de l’entreprise
Crée en 1975, l’Institut de l’entreprise est un cercle de réflexion qui regroupe plus de 120 adhérents - pour l’essentiel des grandes entreprises, auxquelles s’ajoutent quelques établissements d’enseignement supérieur et quelques fédérations professionnelles. À la fois centre de réflexion sur la relation entre l’entreprise et son environnement, lieu de rencontres et pôle de formation, l’Institut de l’entreprise s’appuie sur un vaste réseau d’experts et développe une vision de l’entreprise ouverte sur le monde et sur la société.

www.institut-entreprise.fr

Bonjour chez vous...

Laurent Leloup

Jeudi 10 Février 2011
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