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Pour 300 milliards t'as plus rien !


C'est certainement LA grande nouvelle économique de la semaine, voire de la fin d'année : l'Union européenne est prête à engager un plan de relance de l'investissement qui pourrait atteindre plus de 300 milliards d'euros (315 milliards précisément) ! Autrement dit : au diable la rigueur et vive la relance !



Marc Touati
Marc Touati
Seulement voilà, comme trop souvent avec les dirigeants politiques européens, les paroles sont fortes, mais les actes sont faibles. Ainsi, l'UE n'a aucunement l'intention d'injecter 315 milliards d'euros dans l'économie européenne, elle n'en a d'ailleurs pas les moyens. Non, le projet Juncker consiste simplement à engager 21 milliards d'euros (5 milliards via la Banque Européenne d'Investissement et 16 milliards via les Etats membres) d'investissements publics, en espérant que le secteur privé viendra compléter ce plan et en financer près de 95 %, soit 294 milliards. Oui, vous ne rêvez pas, il s'agit bien d'un effet de levier ou multiplicateur de 15, digne des plus grands spéculateurs de la planète. De quoi renommer le « plan Juncker » en « David Copperfield Show » ! Dans ce cadre, on aurait même pu monter le curseur à 1 000 milliards d'euros !

Blague à part, il faut bien comprendre que pour réussir à mobiliser les investisseurs privés, il est indispensable de leur donner ce qu'ils recherchent, en l'occurrence un retour sur investissement conséquent. Or, avec une croissance structurelle d'au mieux 0,8 %, la zone euro est loin de fournir le rendement marginal suffisant pour convaincre les investisseurs. Une fois encore, les dirigeants européens mettent donc la charrue avant les bœufs. Il faut effectivement d'abord renforcer la croissance structurelle de l'Union européenne et notamment de l'UEM pour permettre de relancer l'investissement privé.

En attendant, le projet Juncker a néanmoins un mérite : il rappelle qu'avec les dépenses publiques c'est comme avec le cholestérol, il y a les bonnes et les mauvaises. Les bonnes sont simplement celles qui génèrent de la croissance et de l'investissement via un effet multiplicateur, tout en réduisant les inégalités. Les mauvaises sont les dépenses organisationnelles stériles qui malheureusement sont devenues tellement importantes qu'elles ont annulé une grande partie des effets bénéfiques des premières.

C'est pourquoi, il ne faut surtout pas confondre rigueur et assainissement. À ce sujet, il faut rappeler que l'accroissement des dépenses publiques et de la dette peut être salutaire. Ainsi c'est notamment grâce à l'emprunt Pinay de 1952-58 que la France a pu s'engager dès les années 1960 dans des programmes à succès, tels que le nucléaire, le TGV, l'Airbus ou Ariane. Mieux, c'est justement dans les domaines des investissements d'avenir fortement coûteux et dont le retour sur investissement est à la fois très lointain et incertain que l'État doit jouer un rôle déterminant.

Néanmoins, il y a aujourd'hui des réalités concrètes et mathématiques très différentes de celles des années 1960 et début 1970. Pour commencer, l'Europe et la France évoluaient à l'époque dans une phase de croissance exceptionnellement forte : les Trente Glorieuses. Le taux de chômage n'était alors que de 2,5 %, si bien que les économistes d'alors estimaient que les chômeurs étaient presque exclusivement volontaires. La natalité était forte, la pyramide des âges extrêmement favorable et les systèmes de retraite par répartition largement financés. Enfin et surtout, la dette publique ne représentait que 15 à 18 % du PIB. Dans ces conditions, l'État pouvait se permettre d'engager de grands chantiers d'avenir.

Aujourd'hui, la situation est malheureusement bien différente. La croissance française et européenne est structurellement molle, le taux de chômage tout aussi structurellement élevé et les systèmes sociaux de santé et de retraite par répartition sont de plus en plus difficilement financés. Pis, la dette publique avoisine les 100 % du PIB et la charge annuelle des intérêts de la dette représente environ 3 % de ce dernier. En d'autres termes, les marges de manœuvre des Etats sont beaucoup plus minces que dans les années 1960.

Voilà pourquoi, un vrai plan de relance ne peut passer que par l'instauration d'un budget fédéral. Pour créer ce dernier, il faut bien sûr éviter de mettre en place de nouvelles dépenses et de nouveaux impôts. Dans la plupart des pays eurolandais, en particulier en France, ils sont déjà bien trop élevés, notamment lorsqu'on les rapporte au PIB. Non, un budget eurolandais efficace doit absolument passer par le transfert d'une partie des budgets des différents États membres vers un budget supranational qui serait d'ailleurs sous l'autorité d'un ministre de l'Économie de l'ensemble de la zone euro. Malheureusement, lorsqu'on connaît les difficultés de chaque pays eurolandais à réduire les déficits et créer un budget efficace (donc générateur de croissance et d'emplois, sans gaspillage), on se rend compte combien la tâche sera ardue. Pour convaincre les pays membres, il faudra que ce budget fédéral soit un modèle d'efficacité et consacré exclusivement aux grands investissements et à l'innovation. De plus, pour assurer son financement, il sera indispensable de créer des eurobonds, c'est-à-dire des obligations garanties par l'ensemble de la zone euro.

Mais attention, comme pour la planche à billets qui fait encore cruellement défaut dans l'UEM, il faudra là aussi convaincre les Allemands. Dans la mesure où ils seront de facto les plus gros contributeurs au budget fédéral (le PIB allemand représente effectivement un tiers de celui de la zone euro) et où ils ont déjà beaucoup donné pour la construction européenne, nos voisins d'outre-Rhin rechignent fortement à l'idée de mettre encore la main à la poche. De plus, ils ne veulent pas devoir être les garants d'euro-obligations qui profiteront principalement aux autres pays de l'UEM et notamment à la France qui, jusqu'à présent, a refusé de moderniser son économie…

En conclusion, si la démarche de M. Juncker est salutaire, nous restons encore loin du compte. Une brèche a néanmoins été ouverte. Il s'agit désormais de la développer dans le bon sens.

Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


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Lundi 1 Décembre 2014
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