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Potentiel intact du private equity


La capacité du secteur non coté à absorber les changements réglementaires en cours est souvent sous-estimée dans de nombreuses stratégies



Cyril Demaria
Cyril Demaria
A écouter les gérants, les multiples projets de réglementation (Bâle III, Solvabilité II, Volcker Rule, projet de Directive AIFM) vont assécher le financement des fonds de private equity et donc des entreprises non cotées. Sachant que les banques ont sévèrement restreint leurs crédits aux plus petites sociétés, tout changement dans l’apport en fonds propres pourrait effectivement avoir des conséquences considérables sur une croissance déjà anémique.

Pourtant, la situation n’est pas aussi évidente que les gérants l’annoncent. Tout d’abord, les fonds sont la partie émergée de l’iceberg en matière d’investissement non coté: assurances, family offices, grands groupes (cotés ou non), fonds souverains, individus... beaucoup d’acteurs économiques pratiquent l’investissement non coté. Or, cela ne fait pas nécessairement l’objet d’une comptabilisation par les associations professionnelles (SECA, EVCA et autres). En effet, cellesci ne recueillent que les statistiques auprès de leurs membres, qui sont des gérants de fonds de private equity.

Ceci signifie tout d’abord qu’elles ne capturent pas l’ensemble des transactions: le petit LBO est notoirement sous-évalué, et les opérations de secondaire largement ignorées. Ensuite, les statistiques n’agrègent que ce qui est communiqué par les membres : les membres récalcitrants et les non membres ne communiquent donc aucun chiffre, ce qui signifie qu’il n’existe aucun moyen de connaître précisément la taille du secteur du private equity.

Néanmoins, un petit calcul permet de mettre en perspective le rôle des gérants de fonds. Selon les dernières statistiques de l’EVCA, les family offices européens ont fourni 4,2% des 16,1 milliards d’euros collectés en 2009 (contre 4 % des 81,4 milliards collectés en 2008). Cela signifie que les family offices ont contribué à hauteur de 0,6 et 3,2 milliards d’euros.

La Suisse a collecté 907 millions en 2009 contre 3,2 milliards en 2008. En supposant que les family offices en Suisse contribuent à la même échelle qu’en Europe aux fonds de private equity, cela signifie qu’ils ont contribué entre 36.3 et 128 millions d’euros. Selon- Highworth Research, il y avait 355 family offices en Suisse. En considérant qu’en moyenne ils géraient un patrimoine de 50 millions d’euros (au bas mot), cela représente une masse agrégée sous gestion de 17,8 milliards d’euros. S’ils maintiennent une allocation de 4% de cette somme au private equity, cela représente 710 millions d’euros alloués. Cette somme est renouvelée tous les cinq ans (durée de la période d’investissement d’un fonds), ce qui représente 130 millions d’euros investis tous les ans en private equity (soit la somme calculée pour les family offices suisses en 2008). Or, les family offices européens investissent entre 25 et 35% des montants sous gestion au private equity (soit entre 0,88 1,24 milliard d’euros par an) d’après Corinna Traumueller de Family Office Management Consulting.

Certes, les family offices basés en Suisse exportent du capital dans le reste du monde, mais cela représente une partie substantielle des montants collectés en Europe. Cela signifie que les montants investis dans les fonds ne représentent qu’une petite partie des montants totaux investis en private equity en Suisse. Un calcul identique pourrait être opéré avec les fonds souverains.

Quelles seront les conséquences de cela? La réglementation va faire augmenter les coûts des gérants, alors que les souscripteurs (limited partners) font pression sur les frais de gestion. Les marges vont donc décroître et les équipes vont se restructurer. L’expertise va se concentrer. Comme l’explique Christopher Hunter, Associé chez Cambridge Associates, rien ne remplace leur expertise: «les non spécialistes pensent qu’ils peuvent investir en private equity eux-même, ce qui serait moins cher. C’est faux et tout au plus un effet de mode».

En particulier, les gérants ont accès à un flux d’affaires de meilleure qualité et ont peaufiné des capacités d’analyse qui font défaut aux non spécialistes. A cet égard, «les fonds de co-investissement sont encore petits mais en croissance, même si les performances historiques ont ne sont pas aussi bonnes que celles des fonds directs eux-mêmes», explique Christopher Hunter. L’expertise et le savoir-faire vont donc être les facteurs différenciant les équipes appelées à survivre ou disparaître au cours du cycle du private equity qui s’ouvre aujourd’hui.


Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Mercredi 1 Septembre 2010
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