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Petit texte sur l’Avoir et l’Être… ou les deux faciès de la « richesse » …


Nous avons écrit de nombreux articles qui prônent la nécessité de partager équitablement la « richesse » produite par l’activité économique (1)… Et nous avons décliné d’emblée le terme comme étant - au sein de l’entreprise par exemple - la valeur ajoutée générée…



Rémi Guillet
Rémi Guillet
… Mais s’il est largement utilisé et dans différents contextes, ce vocabulaire a vite fait de recouvrir une chose et son contraire !

Alors, en cette période de Noël… devenu hommage à l’AVOIR (société mercantile, société de consommation obligent !) mais néanmoins fête de la naissance du Christ, incarnation de l’ÊTRE Suprême… (du moins pour les Chrétiens !), nous trouvons là un temps opportun pour écrire (après bien d’autres !) sur un sujet qui relève d’abord du débat philosophique !

Qu’on nous pardonne donc cette folle outrecuidance !


Dans son sens le plus commun, la « richesse » a pour contraire la « pauvreté ». Aussi nous devons d’abord nous tourner vers les plus pauvres… nous excuser auprès de tous ceux qui, confrontés à la pauvreté ordinaire, matérielle, quotidienne, à la précarité, trouveront ce texte bien saugrenu !…

Dans son acception la plus usuelle, le terme a donc une forte connotation économique…

Mais si l’économie est souvent définie comme la science qui vise à produire un maximum de « richesse » en utilisant un minimum de ressources rares, donc très exactement le contraire du gaspillage, nous sommes en droit d’être bien dubitatif et à de nombreux égards… quand on fait « l’état des lieux » !

En effet, que penser de la réussite d’une économie qui a oublié de prendre en considération la « valeur » des richesses naturelles nécessaires à son « commerce », qui a donc accepté durant plus d’un siècle, et particulièrement durant les cinquante dernières années, de dilapider sans compter tant de ressources rares et non renouvelables… cela au seul bénéfice de quelques heureux élus appartenant à deux ou trois générations rendues euphoriques par la production d’un « toujours plus » de biens matériels… dont l’utilité n’est souvent qu’illusion. Donc une « science » économique qui a engendré et entretenu un véritable hiatus entre sa finalité initiale et des prescriptions qui ont débouché sur la société de « consommation » (à crédit !), de production, ne pouvant tenir debout qu’au prix de ce toujours plus appelé « croissance »… une économie qui n’a pas voulu voir que l’iniquité du partage s’amplifiait avec ladite croissance !

Aujourd’hui, un bilan global social et écologique affligeant a même réussi à rassembler les représentants de la plupart des pays du monde pour un débat devenu essentiel pour la suite des « évènements »… Les plus sensibilisés exigeant un changement radical pour un nouveau paradigme économique, d’abord soucieux d’enjeux sociétaux…

Alors, si les sciences économiques traquent les comportements d’individus supposés rationnels pour élaborer les « règles du jeu » plus efficaces de leur point de vue, elles ne doivent pas oublier qu’elles sont tributaires de « croyances » fondatrices dudit « rationnel ». En d’autres termes, un modèle mathématique fondé sur des analyses statistiques de comportements a peu de chance de les modifier… mais au contraire de les exacerber ! Une façon aussi de dire que les sciences économiques doivent maintenant transcender leurs préoccupations « ordinaires » pour aborder des défis plus humanistes, plus écologiques, plus soucieux de retombées sociétales… quitte à déranger des routines et autres habitudes bien ancrées!


Alors venons-en aux deux principaux faciès de la richesse tels que présentés dans notre titre…

Il est sans doute impossible de faire plus laconique que de dire « richesse extérieure » pour évoquer l’Avoir ou possession de biens (matériels)… et « richesse intérieure » pour évoquer l’Être (l’immanent), signifier l’acquis et l’inné intellectualisés, voire le projet culturel, spirituel, de chacun.

Essayons d’être un peu plus prolixe…

L’Avoir…

L’Avoir est d’abord une aspiration relevant de l’instinct, de l’inné (qui ne semble pas concerner uniquement le genre humain : en effet, le marquage du territoire, le désir d’avoir une descendance, engendrent des combats souvent féroces entre prétendants… qui relèvent de l’Avoir).

Pour le genre humain, l’Avoir a souvent pris la forme de « droits de propriété » droits reconnus par la société… sur des biens fonciers, sur des valeurs fiduciaires, sur des objets rares et très divers pouvant susciter la convoitise, donc susceptibles d’être échangés contre des biens vitaux.

Ainsi cette forme matérielle de la richesse est sensée mettre à l’abri du besoin. Elle peut même être encensée par des humbles enclins à honorer les possédants (ce qui, bien sûr, n’exclut pas l’envie de posséder chez les premiers !)… Des possédants qui, de leur côté, entretiennent le mythe de la richesse en investissant souvent dans la « Beauté » exhibée ! Pensons par exemple à Venise et à la stratégie ostentatoire voulue par ses richissimes marchands au XVième siècle !

Plus trivialement, l’avenir et ses incertitudes, l’angoisse de la mort, ne justifient-elles pas, pour toutes les espèces, l’inclination à posséder ?

Les civilisations modernes occidentales ont des rituels pour entretenir « plus ou moins » cet atavisme (un plus ou moins qu’on pourrait corréler avec les religions !). Par exemple, la mamie qui ouvre un livret d’épargne à l’occasion d’une naissance qui lui est proche ou donne une pièce à son petit fils… pour sa tirelire… en lui recommandant de ne la casser que lorsqu’il sera grand, n’est-elle pas une éducation précoce au désir d’accumuler l’Avoir ?

Mais s’il répond au souci de survie, à l’angoisse du lendemain pour soi-même ou ses descendants, l’Avoir a vite fait de ne pas connaître de limite pour devenir une véritable addiction… La cupidité n’est-elle pas insatiable ? Cela, seul, suffit à comprendre les « fondamentaux » de l’économie occidentale contemporaine et les paradigmes qui vont avec… D’abord au service de l’accroissement du capital et autre patrimoine… Considérant que la rémunération du travail est une « charge » !


Gardons-nous cependant de penser que les « canons » de la science économique moderne sont immuables…

Contrairement aux sciences dites physiques et à leurs observations répétitives, intangibles, qui permettent des énoncés qui ont force de « lois », les sciences économiques, sciences de l’Avoir avant tout, débouchent sur des règles (du jeu), pouvant (devant !) évoluer autant que nécessaire…

L’Être

Aspiration de l’esprit à « Être », à « exister », valorisant l’Homme dans son for intérieur, témoignant à ses yeux de capacités intellectuelles qui lui sont propres, pouvant devenir un défi spirituel en harmonie avec une croyance, se traduisant par un désir de rapprochement avec un « Référent » (un, ou des, Dieu(x), la Nature…), cette aspiration peut aussi s’ériger en quête « existentielle » (au sens de la philosophie existentialiste) - refusant tout déterminisme - pour se concentrer sur l’émergence des caractères irréductibles que posséderait chaque individu…

Quête de l’immatériel, désir d’éternité, désir d’absolu, le désir « d’Être » peut engendrer le retrait du monde chez les plus enclins à la vie spirituelle, au mysticisme… à la communion avec le « Tout ».


Mais, à l’opposé, le désir d’Être a vite fait d’être « pollué » par celui de laisser à jamais des traces de ce que fût l’individu… via l’écriture, les arts … par son aspiration à pénétrer le domaine « culturel » et même le secret espoir, chez les plus ambitieux, de s’immiscer dans le patrimoine artistique, richesse universelle et intemporelle. Et, ne relevant plus d’une démarche « gratuite », le désir d’Être va s’inscrire dans une démarche plus intéressée, allant du désir de valorisation de soi (voire d’en faire commerce via l’activité professionnelle)… à celui d’exercer un ascendant intellectuel reconnu…

Ainsi Avoir et Être peuvent communément s’entremêler, se confondent, ne faire plus qu’un !


Au bout du compte, seul l’ascète, création de Dieu et à Son image, le contemplatif retiré, oublieux du monde, en quête d’immatérialité et de dénuement, donc aspirant à « l’anti- richesse », représenterait l’Être dans sa pureté, son intégralité …


Mais cette dichotomie afférente à la richesse est-t-elle déterminante des comportements dans tous les cas, a-t-elle un caractère universel ?

Prenons en exemple la croyance qui, selon le Bouddhisme, ne voit dans l’apparence individuelle que des éléments appartenant au « Tout »…

Dans ce cas, la problématique de l’Avoir individuel… autant que celle de l’Être dans sa singularité sont d’emblée éludées par une appartenance exclusive au (inséparable du) Tout … pour laisser la place à la quête de « l’Eveil » - seule quête qui vaille - recherchant la suppression de la souffrance (via celle du « désir » qui est ici reconnu comme étant la cause de la souffrance) et à la compassion universelle…


Puisque ce « petit texte » s’inscrit dans une problématique économique, nous avons pensé utile de préciser que la croyance bouddhique n'est pas opposée à la création de richesse, à la propriété privée, à la liberté du commerce (2)… Tout étant affaire de mesure…


Ainsi, en conclusion, nous en reviendrons à notre leitmotiv (1)… celui du partage des richesses matérielles (Avoir ordinaire), en l’accompagnant ici du souhait que le défi de ce nouveau siècle soit aussi celui du partage de la connaissance (développement de l’Être)… deux projets d’égale noblesse qui devraient concerner la « gouvernance » de tous projets… à tous niveaux.

Alors, évoquons le débat en cours sur le contenu de l’offre éducationnelle pour s’interroger si le plus souhaitable ne serait pas de rechercher et maintenir tout au long de la « formation » des adolescents et des jeunes adultes - et même si cela implique un enseignement scientifique plus « resserré » - une « juste balance » entre les sciences « dures » (avec leurs visées technologiques et le business qu’elles engendrent) et les sciences humaines, les sciences naturelles, la réflexion philosophique…

En effet, qu’attendre de générations à venir ignorant tout du passé, de leur « monde » (dont ils auront de plus en plus perdu la capacité à discerner le réel du virtuel !), avec une élite incapable d’autocritique pertinente (car non instruite de la sagesse ancestrale: nous faisons ici référence à Confucius et son enseignement), incapable de « remise en cause » !

Plutôt que controverser sur la suppression de l’enseignement des sciences humaines aux « scientifiques » de dix huit ans, il eût été plus opportun d’ouvrir le débat sur l’utilité à prolonger l’enseignement desdites sciences humaines et autres philosophies aux premières années universitaires des filières scientifiques… cela afin de poursuivre dans les meilleures conditions une réflexion essentielle sur le sens à donner au développement ou à la croissance… de ce qui est appelé aujourd’hui, et de façon bien confuse, « la richesse ».


Le défi de ce siècle doit oublier ce qu’a été le défi capitaliste et consumériste de la fin du XXième siècle avec des corollaires comme la « productivité du travail » (dont le sens profond et les conséquences sociales mériteraient à eux seuls un débat d’envergure !) pour envisager une sortie de crise (d’impasse !) fondée sur un projet moins matérialiste, moins exclusivement technologique, mieux équilibré entre l’Avoir et l’Être…

Avec celui d’assouvir les besoins vitaux pour une population en croissance exponentielle (la hantise de Lévi - Srauss… partagée par le Dalaï Lama), éduquer, transmettre le savoir est un projet essentiel pour l’Humanité et la paix dans le monde. Et le développement pour tous de l’immatériel est d’autant plus excitant que son « potentiel emploi » est infini… trouvant seulement ses limites dans l’importance relative (et les subsides) que voudront bien lui accorder… les gouvernants et autres gouvernances !

(1) Voir l’ouvrage de R. Guillet « Pour plus de solidarité entre le capital et le travail… » ainsi que les articles complémentaires chez l’Harmattan ed. ou les articles de R. Guillet sur ce site.
(2) Cf le Dalaï Lama dans la préface du livre « Leçon de Bouddhisme pour l’entreprise » de Lloyd Field…


Rémi Guillet, expert-partenaire CFO-news
guilletremi@yahoo.fr

Jeudi 17 Décembre 2009
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1.Posté par Dufresne le 17/12/2009 19:28 | Alerter
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Pour faire écho à cette réflexion, je serai tenté de dire que le moyen de développer l'être serait de régler le problème de l'avoir, comment ? par une plus juste redistribution des revenus du travail de façon dramatiquement évidente. L'argent qui quantifie la notion de résultat du travail (dont l'utilité est définie en fonction de la demande), devrait être imposé selon des régles plus équitable, non plus en taxant "bêtement" un revenu annuel qui aditionne des choux et des navets, mais en ramenant ces revenus à un 'taux horaire" du travail. Ainsi une personne travaillant 1000 heures pour par exemple 60000€ TAUX HORAIRE 600 € serait moins taxée qu'une autre touchant cette même somme en jetons de présence pour quelques heures de travail (?) ou en boursicotant et plus taxée qu'une autre travaillant 2000 heures pour un même revenu ! ainsi le travail serait valorisé, car il scandaleusement amoral que le travail soit dévalorisé et ses fruits capturés par des minorités qui onnt perdu tout sens de la mesure. Compliqué à mettre en oeuvre ? pas plus que l'usine à gaz que constitue le code des impots.


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