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Notations: vestiges du XXe siècle


L’émergence d’une agence de notation chinoise est intéressante mais paradoxalement le signe d’une transition vers un autre modèle d’évaluation et de notation.



Cyril Demaria
Cyril Demaria
La notation et l’audit financiers partagent plusieurs points communs: tout d’abord un marché oligopolistique où le payeur est aussi celui qui est évalué et noté. Ensuite, des conflits d’intérêts liés au fait que l’évaluation sert de plateforme pour vendre des services complémentaires au client. Enfin, le fait que le client ne peut raisonnablement s’abstraire du service de notation et d’évaluation pour des raisons réglementaires. Des crises et scandales (Enron pour l’audit) ont démontré les limites des modèles centralisés où des tiers de confiance certifient les informations. Ces tiers se trouvent titulaires d’une rente de situation qu’ils n’ont que peu d’intérêt à faire évoluer. Ils sont aussi prisonniers des évolutions réglementaires qui n’ont souvent que peu de rapport avec les intérêts économiques en présence.

Les leçons de la réforme des métiers de l’audit devraient servir de garde-fou pour celle de la notation financière. L’interdiction pour les Big Four de conseiller les entreprises qu’elles auditent a rapidement été contournée: après avoir vendu leurs branches de conseil, certains d’entre eux proposent désormais des services complémentaires comme les transaction services ou forensic. Vouloir interdire aux agences de notations de conseiller les clients ne fera que repousser la question centrale: changer le business model de notation et d’audit des entreprises.

Or, les conditions de marché ont changé. L’audit et de la notation financière ont émergé avec la révolution industrielle. D’un modèle dominé par les relations locales de gré à gré, les affaires sont internationales et dominées par les transactions formelles intermédiées. Le modèle intermédié fonctionne lorsque les différentes parties s’inscrivent dans une chaîne de valeur clairement identifiée, avec des rapports de force établis et l’intervention de tiers de confiance.

Le passage d’un modèle intermédié à un modèle désintermédié, notamment du fait de la multiplication des intervenants et de l’avènement des technologies de l’information, a changé la donne. Les conséquences sont drastiques: du fait de la séparation des fonctions et services financiers, certains modèles économiques restent à trouver. Ainsi, l’equity research est financée par le courtage. Cette recherche est devenue un bien collectif, mais le courtage lui-même subit les assauts de la désintermédiation des échanges.

La désintermédiation financière aurait dû s’accompagner de changements en matière de contrôles de la chaîne de valeur financière. Tout d’abord, parce que désormais chaque acteur a les moyens de participer à ce contrôle. Ensuite, parce que les intérêts en présence militent pour une systématisation du whistle blowing à toutes les étapes de la chaîne de valeur. Enfin, parce que la décentralisation et le contrôle par chaque acteur de la chaîne de valeur financière est la seule option viable pour compléter l’action des contrôles centralisés. En ce sens, l’option chinoise d’une entité centralisée ne répond pas aux nouveaux enjeux - tout comme le projet d’agence de notation européenne.

Les autorités de réglementation sont les seules à pouvoir agir en imposant une obligation à chaque acteur économique et financier de participer activement. Les fonds Madoff avaient suscité des interrogations, rapportées à la SEC. Si les autorités ne peuvent éliminer tous les risques, elles peuvent en revanche réduire le risque systémique en maintenant des fichiers et faisant la police parmi les acteurs afin qu’il participent loyalement au système. Les agents auraient pu prendre collectivement la mesure du risque et peut-être réduire l’ampleur des conséquences. C’est à chacun d’assumer sa part du fardeau et de contribuer au bon fonctionnement du système. Les autorités doivent leur en donner les moyens.


Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Mercredi 15 Septembre 2010
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