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Non, la crise n'est pas finie !


Le Président Sarkozy a été formel : « la crise est derrière nous et la France va rapidement retrouver le chemin de la croissance forte », nous a-t-il dit en substance. Evidemment, nous aimerions le croire et retrouver enfin une bonne dose d'optimisme…



Marc Touati
Marc Touati
Il faut dire que pour étayer la prévision présidentielle, la semaine a été plutôt riche en bonnes nouvelles. Dès lundi, 25 des 27 pays de l'Union Européenne (c'est-à-dire hors Royaume-Uni et République Tchèque) ont décidé d'adopter un nouveau pacte de stabilité destiné à empêcher tout nouveau dérapage des déficits publics. Mieux encore, dès le lendemain, la commande par l'Inde de 126 Rafales pour un montant de 12 milliards de dollars a redonné du baume au cœur à Dassault et, certainement, à une grande partie de l'industrie française. Enfin, pour couronner le tout, des indicateurs des directeurs d'achat relativement favorables des deux côtés de l'Atlantique ont permis aux marchés boursiers de reprendre de belles couleurs. Bref, s'il ne faisait pas si froid dehors, on pourrait presque dire que c'est déjà l'été.

En d'autres termes, nous pourrions être tentés de remballer tous les scénarios de crise et de revoir en forte hausse nos prévisions de croissance pour l'ensemble de la planète et surtout pour la zone euro. Celle-ci sortirait alors rapidement de l'impasse de la dette publique et retrouverait par là même les faveurs des investisseurs. Dès lors, l'euro pourra enfin concurrencer le dollar en tant que monnaie de réserve et de transactions internationales, la France retrouvera rapidement son triple A et la Grèce redeviendra l'un des principaux champions de la croissance eurolandaise…

Eh oh ! Réveillons-nous ! Une hirondelle ne fait pas le printemps et encore moins l'été. Ce n'est pas parce que le Cac 40 a progressé de 3,1 % en trois jours que la chute de 25 % des six mois précédents doit être effacée. De même, ce n'est pas parce que les Européens ont affiché une union de façade que la crise de la dette publique est terminée. Et c'est encore moins parce que Dassault a annoncé la vente de 126 Rafales que l'industrie française est redevenue compétitive et capable de damer le pion à tous ses concurrents.

Malheureusement, si l'on doit toujours conserver une certaine dose d'optimisme, comme nous essayons de le faire régulièrement en dépit des crises et des catastrophes économico-financières, il est également de notre devoir de rester réalistes.

Or, à côté des trois bonnes nouvelles évoquées plus haut, les inquiétudes et les mauvaises statistiques sont pléthore. Ainsi, pendant que Dassault sabrait le champagne, nous apprenions que la consommation française avait baissé de 0,7 % en décembre, affichant un glissement annuel de - 3,1 %, un plus bas depuis septembre 1997. Dans la mesure où la consommation représente 56 % du PIB français, il est clair que la France est bien retombée en récession à partir du quatrième trimestre 2011 et devrait y rester au moins jusqu'à la fin du printemps. Validant cette évidence et bien loin de l'optimisme présidentiel, le Premier Ministre François Fillon a d'ailleurs annoncé que le gouvernement révisait à la baisse son objectif de croissance, à seulement 0,5 % en moyenne pour 2012, c'est-à-dire notre prévision depuis six mois. Et, il est probable que l'attentisme préélectoral et la forte augmentation des impôts prévue après les Présidentielles (quelle que soit leur issue) aggraveront encore la situation. Dans ce contexte, annoncer que la crise est finie paraît plutôt déplacé.

De même, pendant que les Européens se congratulaient d'avoir signé un accord qui ne sera peut-être jamais appliqué, le taux de chômage de la zone euro atteignait 10,4 %, un sommet depuis juin 1998. Pis, à l'exception notable de l'Allemagne, des Pays-Bas et du Luxembourg, les taux de chômage atteignent des niveaux dramatiques dans la quasi-totalité des pays de l'UEM : 22,9 % en Espagne, 19,2 % en Grèce, 13,6 % au Portugal et 9,9 % en France. Que dire alors des taux de chômage des moins de 25 ans qui culminent à respectivement 48,7 %, 47,2 %, 30,8 % et 23,8 %...

Dans ce cadre, les mesures de rigueur annoncées par la Grèce, le Portugal, l'Espagne ou encore l'Italie risquent d'être de plus en plus mal perçues et d'aviver les tensions sociales. Les difficultés rencontrées avec la Grèce pour valider un accord définitif avec ses créanciers confirment d'ailleurs que la crise de la dette publique est loin d'être terminée. En effet, le problème n'est pas tant la dette passée, mais surtout la dette à venir. Or, avec une récession et une flambée du chômage, les déficits publics ne pourront pas baisser, maintenant la dette des Etats sur des sommets.

La nouvelle augmentation des taux d'intérêt à dix ans des obligations de l'Etat portugais, à plus de 17 % le 30 janvier indique également que l'effet de contagion de la crise grecque est toujours d'actualité. Il est donc inévitable que, même si le focus des marchés délaisse temporairement la Grèce, il se repositionnera très vite sur le Portugal.

« Pourquoi un tel acharnement ? » pourrait-on s'insurger. Tout simplement parce que les accords européens n'ont absolument pas résolu le problème de fond de la zone euro, à savoir l'absence de croissance forte et de véritable politique fédérale au sein de l'UEM. Fort heureusement, la BCE a changé de Président et a commencé à devenir un peu moins dogmatique.

Cependant, si le travail de Mario Draghi doit être salué, il reste encore beaucoup à faire pour sortir la zone euro de la crise dans laquelle elle s'est enfermée. Il faudra notamment permettre à la BCE de financer directement les Etats en difficulté. En effet, si, à court terme, celle-ci a permis aux banques de se financer à faible coût et d'acheter par là même plus facilement des bons du Trésor, il est à craindre qu'à la moindre secousse, les banques reviendront sur leur position et délaisseront de nouveau les obligations d'Etat. Il faut donc absolument anticiper ce mouvement, et soutenir davantage la croissance, notamment en abaissant encore le taux refi, en favorisant un euro plus faible et en développant une politique d'investissement public à l'échelle de la zone euro financée par des Eurobonds. Tant que les dirigeants eurolandais ne s'engageront pas sur cette voie, la crise de la dette publique et, plus globalement, celle de la zone euro ne pourront être résorbées.

Marc Touati
Economiste.
Directeur Général de Global Equities.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


Monday, February 6th 2012
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