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Mutation des entreprises et des Etats dans l'espace EUROMED


La profonde mutation des entreprises et des Etats dans l’espace économique Euro Méditerranéen sera l’une des conséquences de la crise bancaire et financière rapidement transformée en crise économique, sociale, culturelle et institutionnelle.



Jean-Aymon Massié
Jean-Aymon Massié
Les entreprises comme les Etats de la rive nord de la Méditerranée ont du s’adapter à un nouvel environnement et s’organiser pour affronter ces risques multiples. La Commission Européenne et les institutions se sont renforcées. Elles ont produit en 3 ans des dispositifs novateurs pour améliorer la régulation des marchés et la supervision des institutions financières.

Les citoyens de la rive sud à leur tour ont innové en initiant le «réveil du monde arabe», illustré par la «révolutions du jasmin» et par l’occupation de la place TAHRIR. La mutation des Etats et, par voie de conséquence, des entreprises est engagée depuis début décembre 2010 dans des pays qui nous sont familiers. Cette mutation repose sur l’expression audacieuse des aspirations à plus de liberté, à plus de démocratie de la part de peuples trop longtemps opprimés, qui manifestèrent avec courage, dignité et non-violence. Cette expression pacifique a mobilisé toute les catégories sociales, elle a réuni toutes les générations et transcendé toutes les religions.

Après la chute du mur de Berlin et la conquête de la démocratie par les Etats de l’Europe de l’est, les observateurs attendaient ce «réveil du monde arabe», je dirai plutôt ce «réveil de la nation arabe». Cela a tardé un peu ; le temps qu’une classe moyenne se constitue et qu’elle ose revendiquer son droit légitime de participer à la gestion de la politique nationale. Le temps que les effets de la démographie (les 15-25 ans représentent 15 % de la population), et du taux exceptionnel des jeunes diplômés, majoritairement chômeurs, bousculent la stabilité des institutions contrôlées par une oligarchie corrompue. Le réveil de la nation arabe est engagée d’une façon irréversible avec le soutien du Président OBAMA et de son administration convertie à la «soft-strategy», malgré les forces contraires et les résistances des tyrans trop longtemps ménagés, malgré l’expression précipitée d’intérêts énergétiques à la suite de la remise en cause du tout nucléaire, et l’attrait d’importants marchés d’armement et de BTP. C’est sans compter avec le retour de l’Histoire.

Le retour de l’Histoire est en effet surprenant : la mer méditerranée et les Etats riverains sont un enjeu géostratégique capital aujourd’hui. D’une part, les anciennes puissances coloniales (Royaume Uni, France, Italie, Espagne) réaffirment avec fermeté leurs intérêts sur le Maghreb et le Machrek. D’autre part, la Turquie retrouve son prestige et réactive ses liens tissés lors de l’Empire Ottoman ; elle est devenue un modèle de démocratie laïque où la séparation de la religion et de l’Etat fonctionne sans heurts ; elle a bâti une économie qui a su résister à la crise. La Turquie exerce une véritable fascination sur les démocraties arabo-berbères qui cherchent leur voie. Nous l’avons constaté sur place ces derniers mois.

Le poids de l’Histoire doit être pris en compte pour bâtir un monde meilleur, auquel nous aspirons tous. En effet, l’importance stratégique de la mer méditerranée retrouve la place occupée avant la 2ème guerre mondiale. La coopération économique entre les pays de la rive sud (de la Mauritanie à l’Egypte) et les pays de l’Union Européenne devient une nécessité vitale pour tous. Il faudrait créer à court terme une zone de libre-échange Euro-Méditerranée. Au-delà de la gestion des flux migratoires en provenance du Maghreb, la priorité est dorénavant à la coopération Euromed, aux actes concrets ; fini les discours sans lendemain et les ballets diplomatiques. Prenant le relais des Etats, empêtrés dans les échéances électorales à répétition, les dettes souveraines mal maîtrisées et la reconstitution d’alliances diplomatiques contestées, les entreprises doivent prendre l’initiative, car aujourd’hui elles sont plus puissantes que les Etats, et obtenir des résultats rapidement.
Une course contre la montre a commencé pour les entreprises des pays des deux rives de la Méditerranée avec un objectif commun : nouer des partenariats pour favoriser les transferts de technologie, partager la R&D, créer dans les zones franches des entreprises innovantes et des emplois qualifiés, afin de conquérir de nouveaux marchés dans les secteurs des NTIC, avant les industriels chinois ou indiens.

Comment ? Tout d’abord les entreprises du grand Maghreb et de l’Egypte, quelque soit leur statut juridique, doivent effectuer une profonde mutation ; elles sont en majorité des entreprises familiales gérées avec fermeté par leur fondateur. Ces entreprises devraient suivre le même processus de transformation adopté par les entreprises de l’Union Européenne, pour réagir à la crise, pour s’adapter à ce nouvel environnement et pour maîtriser les risques multiples. Cette mutation des entreprises de la rive sud de la Méditerranée découlera d’une réorganisation des pouvoirs dans la société, de l’adoption progressive des principes de bonne gouvernance définis par l’OCDE , mais aussi de l’établissement d’une relation de confiance avec les actionnaires et les parties prenantes. Ces entreprises devront intégrer par étape et dans la durée les recommandations de la Commission Européenne ; car ces réformes ont pour but de rendre les entreprises européennes plus performantes sur le long terme, de mieux maîtriser les risques, de conquérir leur part de ce vaste marché unique de 550 millions d’européens disposant d’un PIB moyen de 34 000 $ par habitant. Ces réformes sont aussi bénéfiques pour les entreprises de la rive sud de la Méditerranée qui devraient à leur tour, adopter « les acquis communautaires » sans tarder, afin de parler le même langage, de coopérer efficacement avec les entreprises européennes et également avec les autres entreprises de l’UMA.

Ces « acquis communautaires » dans le domaine économique, auquel nous souhaitons nous cantonner, couvrent le droit des sociétés récemment harmonisé au niveau européen, les normes comptables IFRS favorisant une efficace comparabilité entre bilans des sociétés des 27 pays, les principes de gouvernement d’entreprise, les recommandations européennes en matière de régulation des marchés et de supervision des institutions financières ; viendront plus tard les aspects d’harmonisation fiscale, les acquis sociaux, le respect des contraintes budgétaires et de déficit public (plafond de 3 %) imposées par la Commission Européenne.

Cette étape franchie, les entreprises de l’UMA, pourront attaquer des cibles spécifiques du vaste marché européen si proche, à leur portée ; elles produiront des services et des biens industriels incorporant plus de valeur ajoutée, innovants et compétitifs avec l’aide d’entreprises européennes partenaires. La compétitivité de ces productions sera apportée par les incitations fiscales attachées à la création d’entreprises innovantes dans les zones franches ou zones de développement prioritaire. Ces produits seraient compétitifs par rapport à ceux proposés sur le marché européen par certains pays d’Europe de l’Est ou par des pays asiatiques très agressifs en cette période de ralentissement de la croissance. En 2011, les zones franches existent ; des cadres bien formés par des universités ou des écoles d’ingénieurs exigeantes attendent leur premier emploi, ou bien de créer leur propre entreprise ; le dispositif administratif « de guichet unique » fonctionne, au ralenti peut-être ; mais ce qui manque, c’est le financement d’une part, et l’accès à la technologie d’autre part.

Le financement de ces entreprises dépend de l’existence de sociétés de capital-risque. Hors, en dehors de quelques initiatives timides de banques nationales, les « capitaux-risqueurs » ne peuvent être que des familles fortunées ou des individus, déterminés à changer les comportements et les organisations. Bien entendu, les gouvernements doivent mettre en place, au préalable, des incitations fiscales adaptées à l’activité de capital-risque. Les risques sont contrôlables et moins élevés que les placements effectués dans un passé récent dans les sociétés de Madoff ou dans certaines banques d’affaires américaines, par des grandes fortunes du Monde Arabe et par des fonds souverains du Golfe !

L’accès à la technologie devrait s’effectuer dans le cadre de partenariats inscrits dans la durée avec des entreprises de l’UE, handicapées dans leur développement ou dans la maîtrise de leurs coûts par les conséquences de la crise actuelle. Pour préserver leur compétitivité, ces entreprises pourraient par exemple transférer une partie de leur budget de R&D dans le cadre d’un partenariat avec une société du Maghreb installée dans une zone franche. Ce serait « gagnant gagnant » pour les deux parties : l’entreprise européenne pourrait faire plus de R&D avec moins d’argent ; l’entreprise du Maghreb aurait ainsi accès aux produits de cette R&D, elle disposerait de la technologie dans des conditions acceptables, et à moindre risque grâce à ce partenariat noué dans la durée.

Ainsi le développement de ces zones franches sur la rive sud de la Méditerranée (Casablanca, Tanger, Alger, Tunis, Sfax…) permettrait à des entreprises innovantes d’incorporer plus de VA dans leur fabrication et d’investir avec succès des domaines industriels d’avenir comme : les biotechnologies, les médicaments génériques, les nanotechnologies, les NTIC (facilitées par l’accès aux autoroutes de l’information), l’exploitation des e-business, e-learning, e-reputation…la création marketing et le design, enfin les énergies renouvelables, solaire et autres technologies du futur. Ces produits et services novateurs devraient conquérir des marchés rentables dans l’espace économique européen sur la durée avant la main mise des technologies asiatiques.

En conclusion, la mise en œuvre de cette mutation des entreprises et des Etats dans l’espace Euro-Med est l’une des solutions pour sortir rapidement de la crise, que nous subissons tous sans distinction. Cette crise devrait renforcer les solidarités et forger progressivement un destin commun de part et d’autre de la Méditerranée. Mais, il faut admettre aujourd’hui que la relance et l’accélération de la convergence Euro-Méditerranée, que la création d’une vaste zone de libre-échange autour de la « mare nostrum » chère aux Romains et aux Ottomans, et enfin que le développement de ces partenariats créateurs d’entreprises performantes relèvent dorénavant de la responsabilité de l’Exécutif et du Législatif européen ainsi que de la BEI. Ces institutions doivent prendre le relais les Etats initiateurs du projet Euro-Med, durablement affaiblis par les dettes souveraines, paralysés par des échéances électorales incertaines et confrontés aux influences protectionnistes ou souverainistes.

La crise va probablement, en Europe, précipiter le déclin des Etats Nations ; par contre, elle va accélérer la constitution d’un vaste espace économique unifié EUROMED, havre de paix et de prospérité pour les générations futures. A nous de le construire.

Jean-Aymon MASSIE
Président de l'AFGE
Association Française de Gouvernement d'Entreprise
8 rue Henri Regnault - La Défense 6
92400 COURBEVOIE
www.afge-asso.org

Vendredi 20 Janvier 2012
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