Maladies silencieuses

Lettre du vendredi 29 octobre 2021 rédigée par Eric Galiègue - VALQUANT.


Eric Galiègue
Certaines maladies sont silencieuses, comme le diabète, ou l’hypercholestérolémie. Elles n’ont aucun symptôme perceptible directement par le patient, et pourtant elles se développent sournoisement, avant d’apparaitre au grand jour. Et, souvent, il est trop tard pour pouvoir la soigner et éviter l’issue fatale. Il en est de même pour les risques dans un scénario de marché. Les risques sont invisibles, et pourtant ils sont bien réels. Ils sont souvent dissimulés par la réalité bien visible d’un marché haussier.

La tendance sur le prix des actions demeure très favorable. On le voit sur les actions américaines, qui ont de nouveau battu des records historiques. C’est le cas aussi du CAC 40, qui a clôturé hier soir au-delà de 6 800 points, ce qui nous incite à recommander la sous-pondération maximale sur les actions. Nous voilà donc à nouveau contre la tendance, alors que nous avons diagnostiqué depuis plusieurs années l’hyperliquidité, qui immunise contre le risque et fait monter les ratios d’évaluation. Nous continuons à penser que cet état est constitutif d’un contexte totalement nouveau. Nous l’avons écrit dans notre point de milieu d’année en considérant que « cette fois ci, c’est différent », pour reprendre le titre du livre de Reinhardt et Rogoff. Et pourtant, nous proposons à nouveau de ne pas investir aujourd’hui sur les actions. Pourquoi ? Parce que nous considérons que le niveau de risque est devenu trop élevé, ce qui nous incite à augmenter la probabilité du scénario adverse présenté fin 2020 (« la grande stagnation », que nous rebaptiserions bien volontiers en « La stagnation inflationniste ») dans notre méthodologie de l’allocation par scénario. Ce contexte d’hyperliquidité, de surabondance de monnaie est lui-même justifié par l’importance des risques. Ce paradoxe est terriblement d’actualité : plus le risque augmente, plus la liquidité augmente …et plus les cours montent ! Il nous semble pourtant indispensable, et c’est notre rôle, de rappeler le risque peut être le plus important pour cette fin d’année et l’année prochaine : la Chine. Ce pays est tellement lointain, tellement différent, et pourtant c’est le miroir du monde occidental. En rythme trimestriel, la croissance de la Chine est proche de zéro. L’effet de rebond post Covid a été relativement faible dans l’Empire du Milieu, puisque la crise sanitaire a été bien mieux contrôlée et ses effets économiques relativement faibles. Rappelons que la Chine a connu en 2020 un seul trimestre à croissance négative, le premier. En Chine comme ici, on retrouve le vrai problème d’avant la crise sanitaire : une croissance en berne. Le second point commun avec l’Empire du Milieu, est l’inflation immobilière. On cite souvent l’inflation financière (la hausse des prix des actions et des obligations), mais la hausse des prix de l’immobilier et les spéculations immobilières sont bien plus importantes en valeur. La bulle immobilière est considérable en Chine, comme chez nous. Les prix des logements ont augmenté de 19% en un an aux USA. Il y a en Chine 350 millions de logements neufs vides. Leurs propriétaires, des épargnants de la classe moyenne, attendent que les prix montent avant de les revendre. Leur objectif n’est pas de les louer. L’explosion de la bulle chinoise a d’une certaine façon déjà commencé, puisque le cours des actions a baissé de 28% depuis les plus hauts de février. Ce dégonflement est voulu par le PCC et son chef, Xi Jinping. Le PCC reprend la main et impose de nouveau sa vision marxiste-léniniste d’origine. Les mesures qui ont été prises en début d’année pour limiter le levier financier des acteurs du marché de l’immobilier expliquent ce tout début de crise financière et immobilière. La quasi-faillite de Evergrande atteste de la gravité de la situation, qui manifestement ne gène pas les marchés financiers occidentaux. Les mesures prises contre les grands acteurs de l’internet et de la technologie découlent aussi de cette reprise en main de l’économie. Ces mesures, d’une certaine façon, devraient être prises chez nous aussi. La position dominante de quelques mastodontes américains de l’Internet constitue une réelle menace. L’inflation immobilière a des limites ; elle peut, comme en Chine, devenir un frein au logement. Les problèmes de la Chine sont les nôtres. Comme en 2018, elle pourrait se communiquer au reste du monde et susciter une baisse des prix des actions.


Investisseurs : Nous sommes sous pondérés au maximum pour un CAC 40 supérieur à 6 678.

Tendance sur les marchés de taux et de devises : Les taux des obligations se sont stabilisés cette semaine, à 0,18% pour l’OAT 10 ans et à 1,55% pour le dix ans américain.

Tendances récentes sur les matières premières : Le cours du pétrole se stabilise autour de 85$ le baril pour le Brent et 80$ pour le WTI. Le prix du cuivre est repassé en dessous de 10 000$ la tonne.

Eric GALIEGUE
Analyste financier indépendant,

Président de VALQUANT EXPERTYSE SAS
Membre de l'AFITE
Enregistré à l' ORIAS sous le N° 11059738

7 rue Greffulhe
75 008 PARIS
01 42 93 23 68
06 82 84 78 61
eric.galiegue@valquant.fr


www.valquant.fr




Vendredi 29 Octobre 2021


Articles similaires