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Les "trois péchés capitaux" du capitalisme occidental


D’expérience on sait que la gravité des « péchés capitaux », ne tient ni à leur nombre, ni à leur nature, mais au risque d’en entraîner de bien pires……



Jean-Louis Chambon
Jean-Louis Chambon
C’est donc aussi une forme de sagesse que de regarder en toute lucidité ceux qui paraissent émerger du capitalisme occidental dans les dérives liées aux crises économiques et financières de 2008 et 2011 :
L’arrogance, l’érosion du courage moral des dirigeants et la faiblesse du modèle face à la duplicité des « grandes firmes apatrides ».
- L’arrogance du modèle occidental tout d’abord. Cette fierté mêlée d’insolence méprisante a atteint son apogée avec la fin du rêve de l’alternative collectiviste à la fin des années 1990. La chute symbolique du mur de Berlin marque « la fin de l’histoire »(1). Mais le triomphalisme qui en a résulté a accéléré la fragilité de la puissance(2) et annoncé une forme de décadence intellectuelle et morale d’une large part des élites, des politiques comme des économistes, enracinées dans leur certitude de l’émergence d’un « âge d’or » illimité, fruit du modèle capitaliste occidental.
Ces nouvelles croyances et leurs représentations ont pensé pouvoir éliminer le risque et le facteur temps dans l’immédiateté et les modèles mathématiques ; elles ont en réalité ouvert la voie à « l’économie de la dette » et à l’ère de «la monnaie de singe »(3) ; cela dans le sillage de l’hégémonie américaine et de la financiarisation exubérante de l’économie alimentée par la confusion et la collusion des intérêts entre dirigeants et certaines parties prenantes des organisations.
En effet, si le modèle collectiviste s’est effondré en privilégiant le dogmatisme à l’économie et si le modèle japonais n’a pas mieux réussi, le « capitalisme totalitaire », lui, incarné par le modèle chinois a triomphé partout très au-delà des attentes, à l’exception certes notable de l’émergence anticipée d’une nouvelle forme de démocratie ; Sa stratégie mercantiliste alliée à une détermination et un cynisme remarquables a propulsé la Chine au premier rang commercial et financier de la planète, transformant ses « maîtres » d’hier en vasseaux…….
Tandis que le monde occidental continue de regarder « l’éléphant chinois » à travers des lunettes déformantes comme « la petite souris asiatique », la Chine poursuit sa visée hégémonique(4) et son impérialisme économique avec la complicité plus ou moins consciente d’une logique de « chinamérique »(5) et des « grandes firmes apatrides », ruinant l’industrie occidentale et engendrant des excédents gigantesques.
Comme le remarque l’Académicien, Jean d’Ormesson(6) « au combat entre marxisme et capitalisme qui s’est terminé par la défaite du marxisme et la victoire de l’économie de marché, a succédé l’effondrement suicidaire d’un capitalisme sans rival ».
Combien de temps faudra-t-il encore pour que les pays occidentaux comprennent que la croissance qu’ils appellent de leurs vœux est confisquée par l’hégémonie chinoise ?
Dans la guerre économique qui s’annonce le temps est maintenant compté
Il en faudra du courage pour regarder la réalité en face et agir.
- Or, c’est précisément dans l’érosion du courage moral des dirigeants et des élites que l’on trouve « le second péché » du capitalisme occidental. Le « courage moral », c’est ce devoir que les politiques devraient porter en eux en contre partie de leurs élections et s’exprimant dans la capacité à s’opposer à la pensée fusse-t-elle dominante de l’opinion lorsqu’elle paraît pouvoir nuire sur le long terme à l’intérêt général.
Or, dans le sillage de la « démocratie d’opinion » devenue « pharaon des temps modernes », les dirigeants occidentaux ont hérité d’un nouvel étage de démagogie et de populisme soutenu par la médiatisation de la société et la préférence à la communication plutôt qu’à l’action. A l’engagement personnel, et au sens de l’intérêt collectif, à la capacité à s’opposer à l’opinion dominante, (lorsqu’elle devient néfaste et aveugle) et à accepter les risques qui y sont attachés, les dirigeants se sont davantage intéressés aux sondages pseudo-scientifiques. C’est dans ces logiques de court terme liées à leurs intérêts propres et notamment électoraux que se situe l’absence de courage. Les dirigeants auraient dû expliquer à leurs concitoyens que l’on ne peut pas durablement « dépenser plus que l’on ne gagne »(7) sans hypothéquer l’avenir des générations futures. « L’économie de la dette » est la résultante de leur préférence pour la facilité plutôt que pour l’exigence morale.
L’esclavage qu’imposent les marchés au capitalisme occidental est avant tout la conséquence de cette lâcheté collective et d’une cécité aggravée sur les objectifs, les priorités et les intérêts de long terme des États que les dirigeants représentent.
Leur responsabilité s’étend aussi dans l’incapacité qu’ils ont montré à préserver les fondamentaux d’un État de droit, souverain, à savoir notamment le respect des contrats et l’équité.
C’est ainsi qu’en laissant entendre aux marchés que les États occidentaux pourraient ne pas honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs prêteurs (le secteur privé et les banques) ou bien en désignant des bouc émissaires, (les riches, l’Europe, les banques) et en flattant les haines populistes, ces dirigeants ont renié leur mission première et le statut d’un État souverain dont ils étaient les garants. Il n’est nul besoin de chercher ailleurs les raisons de cette profonde défiance qui s’est établie entre les prêteurs (les marchés) et les dirigeants et les États qu’ils représentent.
Quand les dirigeants français comprendront-ils qu’il n’y a pas de pays prospère sans banques prospères, qu’il n’y a pas de crédit sans actionnaires portant les fonds propres bancaires et qu’il n’y a pas d’actionnaire sans dividendes rémunérant les risques.
- Enfin la faiblesse congénitale du modèle capitaliste occidental face à la duplicité des « grandes firmes apatrides », a institué un système de dépendance tel un cheval de Troie installé au cœur même du système.
Sans doute avec une large part de contraintes, le « capitalisme totalitaire » est patriotique ; c’est l’une de ses grandes forces dans la compétition économique et son pouvoir lobbyiste : il suffit de constater les mesures de rétorsion contre les firmes, les personnes ou les États qui osent braver frontalement la politique chinoise.
A contrario les grandes firmes apatrides dans le monde occidental n’ont d’autres « règles d’or » que le profit à court terme, en dépit des discours de leur dirigeant ; elles ne combattent pour aucun modèle et leur stratégie consiste à utiliser tous les modèles pour obtenir un retour sur capital le plus fort, le plus rapide et le moins risqué possible.
Aussi comprend-on l’action potentiellement destructrice pour le capitalisme occidental de l’oligarchie industrielle et financière notamment anglo-saxonne qui prend systématiquement le parti du mieux offrant en termes de marge et de réduction de coût. Il s’en suit les externalisations et les utopies comme celles des « industries sans usine » plébiscitées en son temps y compris par de « grands patrons français ». Ces « grandes firmes apatrides » et leurs lobbies sont devenus, par leur vision court-termiste, les principaux alliés des stratégies hégémoniques des rivaux du modèle occidental, et donc leur « ennemi objectif » :
cancer, châtiments ou épreuves ? Ces trois péchés capitaux sont-ils annonciateurs d’un avenir encore plus sombre pour l’Occident ?
C’est aux dirigeants occidentaux de le dire dans l’action et non plus dans les postures, les recommandations ou les promesses.
Devant le gouffre de l’Histoire, le capitalisme occidental a le devoir de renouveler son système économique avec de profondes remises en cause, une nouvelle lucidité dans la solidarité pour défendre ses valeurs et l’avenir de ses enfants.
Il est temps de tempérer l’arrogance par l’humilité, de retrouver le courage moral en lieu et place de la démagogie et la lucidité sur les alliances et les risques liés à leurs rivaux : en opposant à la duplicité des « grandes firmes apatrides » des règles du jeu qui garantissent l’avenir du modèle occidental, et sans doute de l’Europe.

(1)Francis Fukuyama : le dernier homme ou la fin de l’histoire - 1992
(2)La fragilité de la puissance : Alain Gras - Fayard
(3)Dettes et monnaie de singe, un système économique à renouveler – Hubert Rodarie chez Salvator
(4)Selon l’ouvrage Antoine Brunet – Jean-Paul Guichard – chez l’Harmattan en 2011
(5)La chinamérique – Le Cercle Turgot – Eyrolles - 2010
(6)Le Figaro – Débats et opinions - 19/08/2011
(7)La distorsion structurelle entre les dépenses publiques (57% du PIB) et les prélèvements obligatoires (47% du PIB) engendrent chaque année un besoin de financement de l’ordre de 200 milliards d’euros……


Jean-Louis Chambon
Président du Prix et du Cercle TURGOT, et de la Fédération Nationale des Cadres Dirigeants


Retrouvez les chroniques de Jean-Louis Chambon sur www.canalacademie.com

Lundi 12 Septembre 2011
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1.Posté par Alain Guercio le 21/09/2011 21:12 | Alerter
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Si la lucidité est notre priorité, sachons que la morale sera insuffisante. Votre article montre que les « marchés » ne connaissent pas la signification de « totalitaire » et que les Etats ne savent pas ce que signifie « apatride ».

Comme les grandes firmes apatrides sont apatrides, seuls comptent les dividendes versés aux actionnaires, apatrides eux-mêmes. Vendre à une clientèle solvable (occidentale) des produits fabriqués par une main d’œuvre servile (chinoise) génère des profits. C’est de la bonne gestion, pas de la duplicité.

La clientèle (occidentale) s’appauvrie, s’endette lourdement et s’inquiète pour son niveau de vie ? Les ouvriers (chinois) ne sont pas traités dignement et leur sort s’améliore peu ? La responsabilité des grandes firmes apatrides n’est aucunement engagée : elles sont apatrides.

En cas de problème, leur seule responsabilité (future) face à leurs (futurs) actionnaires sera de trouver d’autres clients solvables, d’autres ouvriers dociles, et n’importe où car elles sont apatrides. La vérité est donc ailleurs, et surtout plus tard.

Et si en cas de difficulté, un pays veut sauver sans contrepartie une grande firme apatride, pourquoi le refuserait-elle ? Ce serait stupide de sa part, car néfaste pour ses actionnaires.

Nous sommes en train de découvrir que les grandes firmes apatrides sont apatrides : en dehors du « business », elles n’ont pas de responsabilité face à leur pays d’origine, les pays où elles opèrent, vendent, produisent. Les promesses sur la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) n’engagent que ceux qui y croient.

Les experts du « laissez faire » ont suffisamment expliqué que l’efficience des « marchés » dépend de la multiplicité des acteurs individuels motivés par leurs gains et de la transparence de l’information. Le capitalisme occidental s’aperçoit-il qu’il est incompatible avec un « capitalisme totalitaire » qui « ne laisse surtout pas faire » et qui contrôle tout ?

Le monde serait très différent si les actionnaires des firmes apatrides se rendaient compte que leur source de revenu est en train de disparaître et que la « destruction créatrice » ne se fera pas forcément à leur bénéfice. Ou si l’ouvrier (chinois) devenait moins docile avec les grandes firmes apatrides comme avec son gouvernement.

Il n’y a pas besoin de courage pour dire aux peuples qu’on ne peut pas « dépenser plus qu’on ne gagne ». C’est évident pour eux, tant que leurs élites ne leur disent pas le contraire. Par contre, il me semble encore très difficile de demander à un banquier d’assumer les risques qu’il a évalués et contractés, pour lequel il est rémunéré.

Si la solidarité fait partie de la solution, définissons d’abord ses limites : qui est solidaire de qui, et jusqu’où. Le pourquoi s’invitera à l’occasion.

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