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Les modèles de paiement mobile à travers le monde


Le secteur bancaire et celui des télécommunications partagent de nombreux points communs. Les entreprises de ces secteurs exercent, dans chaque cas, un métier d’opérateur (de marché financier ou de réseaux de télécommunication), ils sont amenés à gérer des flux dématérialisés et à valoriser des transactions, entre particuliers ou entre entreprises.



Jean-Michel Huet
Jean-Michel Huet
Les paiements mobiles ont créé une zone de convergence entre les deux secteurs. Un paiement mobile peut être réalisé à distance ou à proximité (technologie sans contact). Il requiert, au cours de la transaction, l’utilisation d’un équipement mobile (téléphone, smartphone, etc.) connecté ou non au réseau d’un opérateur. Or, le paiement est l’acte bancaire le plus courant, l’un des plus rémunérateurs et aussi l’un des plus fidélisant.

Plusieurs modèles de relation, non exclusifs, entre banques et télécoms sont observés sur les marchés locaux et semblent être favorables au développement des paiements mobiles :
- Modèle de complémentarité : proposition d’un mode de paiement mobile sur des cibles différentes
- Modèle de substitution : mise en place d’une solution de paiement mobile si l’une des industries a peu de latitude localement
- Modèle de concurrence : compétitivité des deux d’acteurs adressant les mêmes segments clients
- Modèle de coopération : réalisation de partenariats entre les banques et les opérateurs télécoms où chacun préserve son rôle initial sur la chaîne de valeur
- Modèle de fusion : fusion ou acquisition d’un opérateur par une banque ou vice versa

Le « modèle de complémentarité » est le modèle historique en Europe. Les opérateurs télécoms, comme Orange, SFR ou Bouygues Télécom, proposent en effet des paiements mobiles pour de petits achats (jeux, sonneries, votes,…) directement facturés sur le forfait téléphonique du client, plutôt à destination des jeunes faiblement bancarisés. Ils sont complémentaires avec les banques qui accompagnent les adultes sur les moments clés de leurs vies (déménagement, mariage, retraite…). Le « paiement » par l’opérateur présente de nombreux avantages dont la fluidité et la simplicité des transactions pour le client final (inutile de renseigner un numéro de carte bancaire au moment de l’achat sur son mobile). Les opérateurs ont eu l’intelligence de se coordonner pour standardiser les offres, simplifier l’expérience client et maximiser les canaux de distribution : ces offres « multi opérateurs » bénéficient d’une distribution simultanée par les opérateurs historiques français ainsi que les opérateurs virtuels. Cet écosystème est un signe de maturité qui trouve peu d’équivalent dans d’autres secteurs. Il s’intègre aussi dans un environnement spécifique où les actions bancaires sont codifiées et où le périmètre du GIE Carte Bancaire est un élément à prendre en compte.


Si en Europe les « modèles de substitution » ou de « concurrence » sont rares, en Afrique, la situation est différente. En général, les acteurs du marché des télécoms se substituent au secteur bancaire en particulier dans le cas où des solutions « orientées mobile » sont développées (l’opérateur est sur toute la chaîne de valeur : de la création et gestion du compte au paiement). La téléphonie mobile est devenue un moyen d’initiation et d’exécution de transactions financières en ligne étant donné l’explosion du nombre d’abonnés en mobiles dans la majorité des pays africains. Cette solution cible essentiellement une population non bancarisée importante en Afrique (le taux de bancarisation en moyenne est de 11% en Afrique Sub-Saharienne et en Afrique du Sud). Au Kenya, record du monde, près de la moitié des échanges financiers en 2013 sont passés ainsi par téléphone mobile avec notamment la fameuse offre « mpesa ». Parmi les premiers opérateurs à lancer ces offres de paiement mobile, Orange, qui a déployé la solution « Orange Money ». Les souscripteurs au système peuvent déposer ou retirer de l’argent auprès d’agents Orange. Le transfert d’argent de personne à personne se fait simplement par SMS. Aussi, le paiement mobile permet de payer le salaire journalier des travailleurs, le paiement de la course des taxis, le transfert d’argent aux proches en cas d’urgence, ….

Certains « modèles de coopération » existent également sur le continent africain. Les opérateurs télécoms peuvent mettre en place des partenariats avec les acteurs du secteur bancaire. Tel est le cas des pays où le taux de bancarisation est relativement élevé. Ces offres « orientées banque » (où la banque se charge de la création et de la gestion du compte et l’opérateur télécom du transport des données) proposent aux souscripteurs la consultation des comptes, le transfert local d’argent d’un compte bancaire à un autre, le paiement de factures, etc. Tous ces services nécessitent l’ouverture d’un compte bancaire auprès de la banque partenaire. La solution « MTN Money services » a été, il y a plus de 5 ans, la première offre développée par MTN Banking. Cette solution « orientée banque » est née du partenariat de MTN avec une division de la Standard Bank en Afrique du sud.

En Asie, la situation diffère encore de celle d’Europe ou d’Afrique. Le modèle japonais se base sur un modèle de « fusion » entre le secteur financier et le secteur télécom. L’opérateur télécom, NTT DoCoMo, a été le premier à proposer des services de paiement sans contact sur mobile qui transforment les téléphones portables en porte monnaie électronique. Pour ce faire, la compagnie a racheté une banque pour la création des comptes bancaires et la gestion des problématiques de crédit. Ces offres de paiement mobile, ont permis d’augmenter fortement le taux de fidélisation des clients puisque l’opérateur endosse à la fois le rôle d’acteur télécom et de banque. Ce porte-monnaie électronique, pratique car sans code, est utilisé pour le paiement des journaux, des boissons, des cigarettes, etc. Le prélèvement de ces montants payés est effectué soit directement sur le compte bancaire soit sur le compte virtuel qui sera par la suite débité du compte bancaire à la fin du mois. Ce leader sur le marché des télécoms a été, par la suite, très vite suivi par ses concurrents qui ont utilisé la même appellation commerciale pour favoriser l’adoption de l’usage de ces services. Dès 2007, le marché comptait plus de 40 millions de terminaux de paiement sans contact sur un total de 105 millions de clients mobiles. Des chiffres éloignés du cas français même en 2014 !

Le challenge pour les opérateurs réside dans la création d’un écosystème stable : un savant équilibre entre les offres commerciales, la simplicité d’usage, le besoin client et le réseau de partenaires (dont les fabricants de terminaux mobiles et les commerçants). Si aujourd’hui, le paiement mobile apparaît comme une question de spécialiste, demain il concernera tout un chacun, de Paris à Bornéo en passant par Brazzaville !


Jean-Michel Huet | Directeur Associé | BearingPoint
jean-michel.huet(at)bearingpoint.com |
www.bearingpoint.com

Vendredi 11 Avril 2014
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