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Les enjeux formidables des transferts internationaux de fonds


Le marché des transferts internationaux de fonds promet d’être un des principaux terrains de manœuvres pour les nouveaux acteurs et les services de paiement. Dans son numéro 29, du 18 mai 2009, Echos de Canton s’était penché sur ce sujet pour annoncer « un segment majeur et convoité » et « de vraies transformations ».



Les enjeux formidables des transferts internationaux de fonds
Depuis, le SEPA a progressé et la DSP est entrée en vigueur. Ces changements ont servi de catalyseurs pour que s’ouvre un marché, qui intéresse grands et petits. Les technologies étaient disponibles depuis longtemps pour répondre autrement à de forts anciens besoins. La concurrence a changé la donne.

Un nouveau rapport du Fonds international pour le développement agricole (FIDA) révèle que le montant total des transferts d'argent à destination des pays en développement s'élève à plus de 300 milliards de dollars par an, dépassant ainsi les Investissements directs étrangers (IDE) et l’aide publique au développement réunis. Cette estimation pourrait même être sous-estimée, car elle ne prend pas en compte les flux qui circulent par les canaux informels et les officines de transferts de fonds qui ne sont pas enregistrées. Ces énormes flux sont produits par un ensemble de 200 millions de travailleurs migrants dans le monde qui transfèrent de l’argent à leurs familles et proches dans leurs pays d’origine, en moyenne dix fois par an. Ce qui signifie que le montant moyen d'un transfert est de l'ordre de 150 € et que 2 milliards d'opérations de transfert sont effectuées chaque année. Dans 85% des cas, ces fonds émanent d’une population au niveau de revenu proche voire inférieur aux revenus minima du pays d’accueil.

Objet de toutes les attentions
C’est dans ce contexte qu’un forum international sur les transferts de fonds de la diaspora africaine a été organisé les 22 et 23 octobre 2009 à Tunis par la Banque africaine de développement et le Fonds international pour le développement agricole. Ce forum est le troisième d’une série de « congrès novateurs mettant en relief l’importance de la migration internationale et le caractère vital du flux des envois de fonds ». Il prend une importance toute particulière pour la région lorsqu’on sait que les travailleurs africains envoient à eux seuls chaque année plus de 40 milliards de dollars américains vers leurs pays d’origine. C’est en tout cas ce que révèle ce même rapport de l’agence onusienne. Cette somme n’arrive cependant pas entière aux destinataires en raison, d’une part, des restrictions réglementaires locales et, d’autre part, du coût « prohibitif » des transactions de transfert.

De nouvelles facilités réglementaires
Cependant, dans un contexte de chute vertigineuse des investissements directs étrangers dans les pays du sud allant, comme en Jordanie, jusqu’à moins 60% par rapport au niveau habituel de ces dernières années en raison de la crise financière globale, les gouvernements de ces Pays n’ont d’autres choix que de faciliter le transfert d’argent de leurs ressortissants travaillant à l’étranger pour faire entrer des devises, ce qui se traduit par un assouplissement réglementaire. En effet, malgré une baisse prévue de 5% en volume de transfert de fonds en raison de la crise financière, cette rentrée de devises reste cependant contracyclique et stable par rapport à d'autres mécanismes de financement qui sont les investissements directs étrangers ou l'aide internationale au développement qui fluctuent selon les circonstances.

Par ailleurs, longtemps dominé par les deux géants internationaux que sont Western Union et Money Gram (à eux seuls plus de 65% du marché des transferts de fonds et prélevant une commission pouvant aller pour les petites sommes jusqu’à 25% du montant transféré), le potentiel de ce marché attise aujourd’hui toutes les convoitises.

L’évolution technologique favorise redistribution des cartes et changement des règles du jeu.
C’est surtout la banalisation de l’utilisation du téléphone mobile et son taux de pénétration dans toutes les populations du globe qui déstabilisent l’ordre établi. Cet appareil devenu quasi universel devrait devenir le meilleur support pour les transferts internationaux de fonds. C’est en tout cas le pari de tous les nouveaux entrants qui rêvent de prendre des positions sur ce marché prometteur.

Ce mode de transfert de fonds dispose désormais de son propre écosystème et tient des salons qui attirent exposants, conférenciers et visiteurs. Le dernier, le Mobile Money Transfer - Global Sommit (MMT09), s’est déroulé à Dubaï les 26 et 27 octobre dernier. Malgré la crise mondiale, les retours de ce salon sont très positifs avec la participation de toute la chaîne d’acteurs potentiels : réseaux télécoms mobiles, constructeurs d’appareils téléphoniques, banques, institutions financières et de micro finance, réseaux de transfert de fonds, opérateurs de solutions m-paiement, consultants, pouvoirs publics et régulateurs. Le sentiment général est que les choses bougent réellement et qu’il y a d’ores et déjà des solutions sérieuses, prometteuses et réussies. Toute sorte de solutions techniques ont été présentées : du simple transfert par SMS aux plates-formes multiacteurs. Mais une chose était sûre : la simplicité de la mise en œuvre, l’évolutivité dans un contexte changeant rapidement et l’agilité à s’adapter aux différents contextes locaux constituent une base consensuelle pour les participants.

L’étape suivante, MMT APAC, consacrée à l’Asie et au Pacifique s’est tenue à Manille aux Philippines les 8 et 9 décembre 2009. L'Est asiatique et le Pacifique constituent l'une des premières destinations de l'argent transféré car près de 120 milliards de dollars ont été envoyés en 2008 dans cette région par les travailleurs originaires des pays de la zone.

Qui seront les gagnants ?
Le foisonnement de l'offre de solution indique, certes, qu'il n'y a plus d'obstacles technologiques au déploiement du transfert de fonds par mobile, mais il ne protège pas du risque d’être en présence d’une nouvelle ruée vers l’or avec son cortège de vendeurs de pelles, rêvant chacun de faire rapidement fortune.

Dans ce climat, les opérateurs historiques comme Western Union et Money Gram se retrouvent sous pression. Leur modèle économique basé sur l'échange d'argent physique auprès d'agents commissionnés s’avère très couteux. Ainsi, Western Union qui jouit d'une expérience de plus de 150 ans en matière de transfert d'argent, doit entretenir un réseau de 345 000 agences dans plus de 200 pays, ce qui explique le niveau très élevé de la commission perçue et qui est incompatible avec la volonté publique internationale ; le G20 s’est par exemple, engagé à réduire les coûts de transfert de moitié dans les cinq ans.

Les pays développés ont compris qu'offrir un accès abordable aux institutions financières contribue à lutter contre les systèmes de transfert informels, comme les hawalas, soupçonnés d'être des canaux pour l'argent du terrorisme ou le blanchiment d'argent.

Le mouvement a été amorcé dès 2004 en Amérique du nord et en Asie grâce à des réseaux financiers comme le World Council of Credit Unions qui permettaient déjà de transférer des montants de 1 000 dollars entre les Etats-Unis et le Mexique avec des frais ne dépassant pas les 15 dollars contre 76 dollars appliqués par les grandes banques commerciales. A Hong Kong, certaines agences spécialisées ont même ramené les frais fixes à 2,50 dollars par transfert vers les Philippines.

Les opérateurs historiques n'entendent pas pour autant se laisser distancer sans réaction. Parallèlement aux réseaux physiques qu'ils continuent de développer notamment avec la transposition de la Directive communautaire sur les services de paiement en Europe, ces « majors » du transfert de fonds multiplient les partenariats avec les opérateurs télécoms afin de commercialiser une offre de transfert par mobile. C'est le cas de Western Union qui a bâti une alliance avec Orascom Telecom, opérateur de téléphonie mobile influent dans la zone Moyen-Orient, Afrique et Asie. Money Gram de son côté a choisi Affinity Global Services et sa plateforme multicanel Mozido pour effectuer des opérations de transfert de fonds cash-mobile, mobile-mobile et mobile-cash.

Une longue chaîne de confiance à bâtir
Comme tout marché qui subit une déréglementation, le transfert international de fonds verra son paysage rapidement transformé avec l'inévitable transformation des opérateurs historiques et l'arrivée de nouveaux entrants poussés par une technologie évoluée et une vision nouvelle du modèle économique. Dans le match qui oppose les deux modèles : tout physique d'un côté et tout mobile de l'autre, il y a une place pour un modèle hybride qui allie les deux. La transformation actuelle des agents de transfert de fonds informel type Hawala en agents déclarés des établissements de paiement issus de la DSP pourra contribuer à toucher par un modèle innovant mobile2cash les 30 à 40% des destinataires de l'ensemble du transfert de fonds résidant dans les zones rurales et dont la particularité est d'être quasiment « inbancarisables ».

Séduction et confiance seront des facteurs essentiels de succès pour tout nouvel entrant. Et le maillage territorial par des agents capables de transformer la somme reçue en monnaie sonnante et trébuchante reste stratégique dans un contexte de sous bancarisation.

CANTON y réfléchit …
Le marché du transfert de fonds se confirme, comme prévisible, un des premiers champs d’expansion des nouveaux services de paiement. Géographiquement, deux priorités apparaissent: les transferts Nord-Sud liés au travailleurs migrants et les transferts Est-Ouest au sein de l’Union Européenne, là où développement du commerce et croissance sont sources de flux. Ce marché considérable favorise l’entrée de jeunes pousses et la réingénierie de leur chaîne de valeur par les leaders existants. Le contexte réglementaire nouveau appelle des mutations profondes notamment sur la question de la conformité (protection du consommateur et lutte anti-blanchiment) et les offres commerciales devront innover sous forte contrainte concurrentiel. Bref, un beau champ de manœuvre!

Cet article est extrait du dossier «Les grandes manœuvres sont lancées dans les transferts de fonds » du numéro 39 de la revue « Échos de Canton – Les nouvelles dynamiques du paiement ».
http://www.cantonconsulting.fr/telechargements/EchosdeCANTON039P1.pdf



CANTON y réfléchit

Experts Services de Paiement : experts du cabinet Canton Consulting, le think tank des nouvelles dynamiques du paiement

Canton Consulting

9-11, Av FD Roosevelt,
75008 Paris
www.cantonconsulting.eu


Jeudi 4 Février 2010
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