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Les crises qui dérangent maintenant le Brésil


Depuis l’élection présidentielle de 2014, celle qui a permis la reconduction du gouvernement Dilma Rousseff, deux graves crises se sont installées au Brésil. La première tient son origine de l’économie tandis que la seconde vient de la politique. Ce sont des crises qui s’imbriquent et le pays a du mal à s’en sortir. Du coup, il se trouve plongé dans une conjoncture assez sévère pour les entreprises et pour les ménages où l’incertitude règne.



Antonio Dias Pereira Filho
Antonio Dias Pereira Filho
Un trait prégnant de ces crises c’est qu’elles sont plutôt liées à des éléments internes, de gestion même, ce qui fait du gouvernement, avec toutes ses limitations et faiblesses, le principal responsable pour les bouleversements actuels qui détraquent le pays.

Du côté économique, les problèmes découlent surtout du ralentissement de l’économie brésilienne. À l’origine de celui-ci se trouve notamment l’épuisement d’un modèle économique essentiellement fondé sur trois piliers, c’est-à-dire l’expansion du crédit bancaire, le gonflement des dépenses publiques et les allégements fiscaux accordés à certains secteurs d’activité. Il faut souligner que ce modèle a joué quand même un rôle important à la suite de la crise financière de 2008. Cependant, face au manque de révision, de recalibrage et d’ajustement à cause de ses implications et des nouvelles conditions d’évolution, le modèle tenu par le gouvernement jusqu’à récemment a fortement contribué au déséquilibre des finances du pays.

Malgré les évidences et les avertissements des spécialistes et des membres de l’opposition, tout au long de la campagne électorale le gouvernement prônait partout que l’économie nationale était suffisamment robuste et qu’il n'avait rien à craindre. Le discours a toutefois été complètement changé juste quelques jours après la victoire. En outre, des mesures pour freiner les dépenses et faire augmenter les rentrées fiscales ont été proposées au Parlement par le ministre de l’Économie dans le but de rééquilibrer les comptes publics. En dépit des résistances, quelques-unes ont déjà été approuvées. L’augmentation de la charge fiscale s’avère être leur conséquence la plus évidente. Alors, le peuple doit rester attentif car le gouvernement est toujours vorace.

Du côté politique, la crise évolue notamment autour du Parlement. Nourrit aussi cette crise la possibilité d’impeachment du président de la République, soit en raison de présumées infractions au code électoral, soit par éventuel crime perpétré dans le cadre de la gestion des comptes publics (« crime de responsabilité »). Donc, confronté à des troubles d’une telle envergure et à une contestation grandissante, le gouvernement devient manifestement de plus en plus fragile, erratique et exposé à toute sorte d’opportunisme. On voit, de plus, que la crise politique approfondit davantage les ennuis d’ordre économique. Techniquement, la récession est déjà sur place et, d’après les prévisions, elle devra y rester pendant longtemps.

En ce qui concerne plus précisément les origines de la crise politique, on peut mettre en relief deux événements majeurs. Le premier concerne l’étranglement de la base de soutien parlementaire du gouvernement depuis la fin de son premier mandat en décembre 2014. Aujourd’hui cette base est quasiment hors du contrôle. À son tour, le second est lié aux découvertes de l’opération « Lava Jato » (dénomination qui fait référence au système de lavage automatique de voitures) dans le cadre des enquêtes sur l’affaire « Petrobras ». D’après les estimatives, il y aurait un nombre considérable de parlementaires impliqués dans ce scandale, y compris des membres du propre parti du chef d’État.

L'affaire « Petrobras » comprend un odieux schèma de corruption et de blanchiment d'argent établit au sein de l’une des plus importantes entreprises brésiliennes, soit l’une des références nationales. Le pays n’avait peut-être jamais éprouvé une chose semblable. Les prochains déploiements de cette affaire pourront éventuellement impliquer les comptes de la campagne pour la réélection en 2014 et, par conséquent, ruiner irrémédiablement le gouvernement. Particulièrement à ce sujet, au moins deux enquêtes sont déjà en cours. Donc, face à un gouvernement affaibli (faible même) et perdu, ainsi qu’à un Parlement effrayé, acculé et hors du contrôle, l’épilogue des crises qui châtient le Brésil n’est pas du tout proche.

La capacité de réaction du gouvernement s’avère être effectivement très réduite. Dépourvu d'un vrai projet pour rééquilibrer les finances de l’État et relancer l’économie, les mesures jusqu’à maintenant mises sur la table ne cherchent qu’à sanctionner encore plus la population, soit en réduisant ou limitant les droits et les protections sociales, soit en augmentant les impôts. À vrai dire, elles ne représentent que de bricolages.

Le chemin choisi par le gouvernement, toujours le plus facile pour lui, montre que c’est la population, surtout la plus démunie, qui doit régler la facture des crises, notamment lorsque celles-ci découlent des mauvaises administrations, comme c’est le cas présent. On constate que les mesures ne visent jamais à réduire les inefficacités et le gaspillage de l’argent public. Bien au contraire, le gouvernement préfère simplement augmenter, créer ou recréer des impôts.

Un bel exemple de cette pratique habituelle correspond à la tentative de recréer, le 31 août dernier, l’impôt sur les opérations financières, celui qui est vulgairement appelé « l’impôt du chèque ». Grâce aux plusieures et implacables manifestations contraires à cette prétention, le gouvernement a abandonné, au moins à court terme, l’ídée de recréer ledit impôt, avant même de formaliser la demande auprès du Parlement. Maintenant il devra se pencher sur les comptes publics afin d’y trouver d’autres solutions pour combler le déficit budgétaire prévu pour l’année 2016.

Avant qu’un vrai plan d’assainissement des finances publiques soit effectivement bâtit et mis en route pour ranger la maison et, de ce fait, transmettre au peuple et aux marchés un signe positif et croyable, des événements négatifs comme l’inflation, la montée du taux d’intérêt, le chômage et le nombre d’entreprises qui ferment les portes progresseront de plus en plus à chaque jour dans le paysage économique brésilien. Cette réalité montre clairement que le pays doit bouger vite afin d’éviter le pire.

Comme l’on a vu dans les paragraphes précédents, les crises qui dérangent maintenant le Brésil sont graves et requièrent de l’ensemble des acteurs nationaux, nottamment des Institutions de la République, une prise de position ferme en faveur des intérêts les plus élevés de cette grande et admirable nation.

Antonio DIAS PEREIRA FILHO

Professeur de comptabilité et finance d'entreprise à l'UFMG
Mèl : antoniodias [at] face.ufmg.br
Twitter : @profantoniodias
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Jeudi 10 Septembre 2015
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