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Les banques américaines : le pire reste à venir


On a largement expliqué les origines de la crise bancaire actuelle, liée aux « crédits subprime » : abondance de liquidités provoquées par une baisse inconsidérée des taux d’intérêt (entre 2001 et 2005), sous la houlette d’Alan Greenspan ; transfert au secteur privé de la responsabilité en matière de financement du logement « social » (les fameux « subprime ») ; pratiques inadaptées des courtiers en crédits immobiliers, rémunérés essentiellement en fonction des volumes des ventes réalisées ; méthodes de « crédit scoring » aberrantes, selon lesquelles ce n’est pas la situation financière de l’emprunteur (et sa capacité de remboursement) qui sert de filtre en matière d’affectation des crédits, mais la valeur probable (censée augmenter) du bien financier , lors d’une future revente.



Bernard Marois
Bernard Marois
Cependant, les observateurs ont eu tendance à occulter une autre raison (beaucoup plus lourde de conséquences) de ce désastre : la structure financière des banques américaines. Alors qu’en 2000, le ratio de solvabilité du système bancaire américain s’élevait à environ 9%, il était passé à moins de 6 %, en 2008 (chiffres de la FDIC).

Il faut se souvenir qu’en 2004, la Securities and Exchange Commission (SEC) décida d’abolir la règle du « maximum d’effet de levier de 15 » pour les banques d’affaires, telles que Goldman Sachs. En conséquence, ces banques accrurent leur effet de levier financier, dans de proportions excessives (rappelons que, lors de sa mise en faillite, Lehman Brothers souffrait d’un effort de levier à 40 !).

En outre, lorsque « les banques commerciales », telles que Bank of America ou Citibank, ont transféré des activités de crédit vers leurs départements de banque d’investissement, elles ont également élargi leur effet de levier potentiel (et donc diminué leur ratio de solvabilité).
Ces initiatives ont encore été renforcées par deux stratégies malheureuses : d’une part, le rachat d’actions et leur annulation, qui a diminué mécaniquement leurs fonds propres (ainsi la Bank of America a dépensé plus de 60 milliards de dollars, depuis 1998 en rachat d’actions !) ; d’autre part, l’acquisition de banques d’affaires sous-capitalisées par les banques commerciales (Bear Stearns repris par JP Morgan, par exemple).

En conséquence, les fonds apportés aux banques par le gouvernement américain (165 milliards de dollars en faveur de 8 banques) n’ont pas été suffisants pour rassurer les marchés : celles-ci valent aujourd’hui 380 milliards de moins, en valeur agrégée qu’il y a 5 mois!

Le problème actuel découle de cette observation : les capitaux propres des banques américaines continuent à diminuer, au fur et à mesure où de nouvelles dépréciations d’actifs apparaissent, provoquées par la montée continue des défauts de paiement sur les crédits déjà octroyés. Par ailleurs, la baisse du ratio de solvabilité qui en résulte, restreint le développement de nouveaux crédits aux entreprises, à un moment où celles-ci en auraient le plus besoin.

Quelles solutions peut-on envisager ? La première consisterait à isoler les actifs à risque (les « bad loans »), en les cantonnant dans des entités ad hoc, filiales bénéficiant d’une garantie du gouvernement fédéral ou « bad banks » (structures de défaisance, comparables au système utilisé en France pour sauver le Crédit Lyonnais). Dans les deux cas de figure, le système de comptabilité actuel (fondé sur le principe de la « fair value » ou valeur en temps réel) obligerait les banques à déprécier les actifs vendus, donc à faire baisser leurs capitaux propres d’autant, alors que ceux-ci sont déjà insuffisants.

Reste la solution de la nationalisation, partielle ou totale, à titre provisoire, du système bancaire américain. Cela implique, selon les experts, de mobiliser plus de 1.600 milliards de dollars dans un premier temps, pour garder les banques à flot : c’est un montant bien supérieur à celui déjà versé aux banques lors de la première opération de sauvetage et qui vraisemblablement, devra être complèté, lorsqu’il faudra consolider et restructurer les crédits subprime toujours présents dans les livres des banques (sans compter les autres crédits à la consommation et les cartes de crédits).
Comment le gouvernement américain pourra-t-il financer cet effort de sauvetage colossal ?
En s’endettant encore plus (ce qui correspond à un transfert d’endettement du secteur privé au secteur public) et en espérant que la Chine, le Japon et les « Petro-Etats » continueront à acheter les bons du Trésor américains. Vaste Programme !

Bernard MAROIS
Président du Club Finance HEC

Vendredi 27 Février 2009
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