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Les acteurs publics ont aussi besoin d’entreprises qui se donnent du sens


Dans un schéma idéal, l’entreprise est reliée à l’intérêt public par une corde de rappel qui s’appelle la régulation. Elle ne se confond pas avec le bien commun, tel que la nation peut l’exprimer dans son système de valeurs, en disant le droit et en bornant l’action privée.



Patrick d’Humières
Patrick d’Humières
Mais elle ne peut s’en éloigner beaucoup, sinon elle est rattrapée par l’opprobre ou la sanction. Contrairement à la thèse d’André Comte-Sponville qui nie toute fonction morale de la part de l’entreprise, celle-ci est attendue à l’intérieur d’un périmètre de valeurs partagées, que les lois et règlements n’expriment pas et n’imposent pas forcément clairement ou complètement. Les tenants d’un capitalisme amoral – et non immoral – font semblant de considérer que le monde économique subit passivement la réglementation. Rien n’est plus faux. La façon dont l’entreprise favorise ou défavorise les règles sociales la concernant, constitue un engagement moral et politique . « L’immoralité donne des munitions aux détracteurs du capitalisme et détruit la confiance dans l’économie de marché », a raison de lui répondre Henri de Bodinat. La régulation a en effet une dimension explicite qui est le cadre légal à un moment donné ; mais elle a aussi une dimension implicite qui est le cadre légal en cours de formation, celui auquel la Société aspire et qui n’a pas trouvé encore sa traduction institutionnelle, comme on l’a vu ces dernières années avec les questions de la diversité, de la protection de la biodiversité ou du marketing responsable etc… La question des droits humains, si sensible en occident, si insuffisamment prise en compte dans les pays émergents, reflète cette attente morale à l’égard de nos entreprises, dont le public s’estime solidaire en tant que consommateur ou employé et pas seulement en tant que citoyen. Et dont de nombreux chefs d’entreprise disent souvent qu’elle « n’est pas leur affaire ». C’est la même chose concernant les droits sociaux, la santé au travail ou le respect de l’environnemental. En s’institutionnalisant pour croître, la firme porte une exigence morale et politique de premier rang aux yeux de ses parties prenantes. La Société a tôt fait de la mettre en cause lorsqu’il y a conflits de valeurs. Elle réclame des entreprises engagées, alors que forts d’une indépendance acquise au sein d’un marché sans frontières, les chefs d’entreprise ne désirent que s’alléger de la contrainte externe ; ils n’ont pas vu venir l’extraordinaire boomerang que la société civile allait leur renvoyer, en voulant éviter de partager la gouvernance.

Certes, ce fossé a commencé à se combler quand on dénombre les milliers d’entreprises adhérentes au Global Compact des Nations Unies, quand on regarde les rapports de responsabilité très empathiques qui se multiplient et les partenariats de toutes sortes qui se nouent entre les entreprises et les acteurs sociétaux, quand on lit les déclarations des chefs d’entreprises les plus engagés : le manifeste du WBCSD* – cercle d’entreprises engagées dans le développement durable – déclare que « la mission des entreprises est de permettre à tous l’accès aux biens nouveaux, à des prix abordables, en participant à la résolution des enjeux du développement global, mis au cœur du projet de l’entreprise, de façon durable, sur le long terme, dans une logique de diversité reconnue et de bonne gouvernance, ouverte, suscitant la confiance… ».

Toutefois, cette vision de l’entreprise, devant s’assumer comme « une institution sociale privée », reste très minoritaire. Rares sont les dirigeants à considérer que le projet d’une entreprise ne peut plus se limiter à mettre des biens et des services sur le marché à des conditions aussi bonnes que celles de son concurrent et à maximiser le capital investi, comme on l’a enseigné de façon répétitive pendant trente ans et que s’y ajoutent désormais la compatibilité et la solidarité avec « l’optimum collectif » de l’éco-système dans lequel ils interviennent.

Patrick d’Humières
www.company21.fr

Dimanche 28 Février 2010
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1.Posté par SABARDINE Denis le 01/03/2010 19:14 | Alerter
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Merci Mr. D'Humières; encore une fois un point de vue très juste. Je viens d'avoir un exemple de ce que vous décrivez après un échange que j'ai eu avec un cadre de chez Deloitte : la "vieille" génération aux commandes ne pense que "client, client", et la RSE "on verra : c'est pas la priorité! nous on audite et on satisfait nos clients point c'est tout".
Les sociétés de service vont en effet devoir comprendre que la qualité de leurs services passera in fine par une politique "DD" interne développée et que grâce à ça, leur valeur ajoutée "clients" augmentera, d'où un cercle vertueux client-fournisseur-salariés-Société.

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