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Les Fondements Éthiques et Philosophiques de la RSE


La RSE suscite de fortes interrogations tant au plan économique que politique et sociologique ; et l’on sait par ailleurs que l’engagement dit volontaire des organisations est, de manière récurrente, mis à la question critique sinon virulente de nombreux acteurs et experts, dont les ONG. Mais qu’en est-il de la recherche philosophique sur la RSE ?



Constant Calvo
Constant Calvo
Elle est largement méconnue des chefs et professionnels d’entreprise, de la plupart des acteurs experts, ainsi que de la grande majorité des citoyens. Elle existe pourtant bel et bien, et a une belle vitalité. On aurait tort de l’ignorer.

Les activités, rôles, et fonctions de la philosophie et de l’entreprise semblent aux antipodes les unes des autres. Philosophie et entreprise ne font pas bon ménage pense-t-on généralement. On assiste bien ici et là à quelques vaines tentatives pour les rapprocher voire les réconcilier.

Sans doute, les philosophes n’appréhendent-ils pas facilement les enjeux et objets propres à l’entreprise, et ont tendance à les considérer avec condescendance ; sans doute non plus, les chefs et professionnels d’entreprise ne cherchent-ils pas à saisir en quoi la réflexion philosophique, qu’ils jugent trop abstraite et déconnectée de la réalité, pourrait les aider dans leurs prises de décisions et risques.

Les temps ont changé. L’éthique qui a depuis ses origines été au cœur de la réflexion philosophique tend à devenir indissociable des obligations de l’entreprise. Il se pourrait après tout qu’entreprise et philosophie ne soient pas aussi antinomiques qu’on aimerait de part et d’autre le penser.

Du point de vue philosophique, l’éthique relève d’un comportement, d’une manière d’agir, et d’une réflexion, afin d’être en mesure de faire la distinction entre de ce qui est bien et ce qui est mauvais de faire ; rappelons que l’éthique constituait dans l’antiquité grecque le couronnement de tout système philosophique. Du point de vue de l’entreprise, l’éthique est aujourd’hui caractérisée par le concept et la démarche de responsabilité. Soit l’éthique de la responsabilité.

Or, bien avant l’entreprise, la philosophie s’est emparée du concept de responsabilité. Partant du constat que la promesse de la technique moderne s’est inversée en une menace de catastrophe – « la science confère à l’homme des forces jamais encore connues, l’économie pousse toujours en avant dans une impulsion effrénée » – et que les morales traditionnelles sont devenues caduques donc inopérantes, le philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) propose dans son ouvrage (« Principe de Responsabilité » 1979) une reformulation de l’éthique autour de l’idée de responsabilité.

La capacité destructive de l’Homme nécessite une transformation radicale de l’éthique vers une éthique moins anthropocentrique qui lui permettrait de retrouver ses racines biologiques et naturelles. Le concept de responsabilité de Hans Jonas s’exprime sous forme d’un impératif catégorique : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » et « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie. »

Écoutons le philosophe : « La promesse technique s’est inversée en menace. La nature, qui fut longtemps une figure de la toute puissance, est aujourd’hui vulnérable. La préservation de son être se trouve à la merci de nos pratiques. Par nature, nous devons entendre non seulement l’ensemble des choses hors de nous qui ne sont pas nos artéfacts mais aussi nous-mêmes comme partie intégrante de la nature. La menace que fait peser la technique est solidaire d’une instrumentalisation de la nature en nous et hors de nous. Ce qui est menacé c’est donc aussi bien l’humanité elle-même que l’environnement dans lequel elle s’inscrit. »

Un autre philosophe, français, et contemporain celui-là (François Vallaeys « Pour une vraie responsabilité sociale », Presse Universitaire de France, 2013) qui parle de « l’insoutenabilité » du monde et de l’humanité, fait écho aux propos de Hans Jonas :

« La responsabilité sociale des entreprises avance, mais elle piétine. Elle n’est pas transformatrice des pathologies sociales et environnementales de l’économie. Que la loi française oblige maintenant les entreprises, les universités et les établissements publics à en rendre compte annuellement n’y changera pas grand-chose, tant qu’on la comprendra comme une responsabilité morale limitée à chaque organisation, pour réduire son empreinte carbone et dialoguer seule avec ses parties prenantes.

Les responsabilités morales et juridiques singularisent toujours, alors que la responsabilité sociale est associative par essence elle est entre nous plutôt qu’en nous. Dès que l’on reconsidère philosophiquement son statut, on peut en faire la source éthique et politique d’innovations et d’apprentissages interorganisationnels pour des projets de territoire ambitieux, en transition vers une autre économie soutenable, non délocalisable et corégulée. Mais il faut pour cela que le management fasse sa révolution copernicienne, dépasse la gestion égocentrée et devienne vraiment responsable de ce qu’il impacte et de ce dont il doit lui aussi prendre soin : le monde. »

La philosophie n’ayant pas essentiellement pour mission d’apporter des réponses mais de poser des questions, dérangeantes et déstabilisantes de surcroît, comme le faisait Socrate en son temps (Maryvonne David-Jougneau « Socrate dissident : Aux sources d’une éthique pour l’individu-citoyen » Actes Sud, 2010), elle perturbe de manière évidente la vie de l’entreprise. Le « business as usual » n’est pas de mise dans la réflexion et pratique philosophique.

La philosophie appelle l’entreprise à repenser la responsabilité sociale et sociétale, laquelle ne saurait être conçue et mise en œuvre dans le strict cadre managérial. Bien au-delà de l’engagement volontaire et du dialogue avec les parties prenantes, la responsabilité sociale et sociétale de l’entreprise devrait élargir son champ d’application et d’influence, afin de se situer par rapport à l’agir collectif et non par rapport aux seuls marchés.

Constant Calvo, Directeur associé ADHERE RH
http://blog.adhere-rh.com

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Vendredi 5 Décembre 2014
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