Le timing est parfait pour faire émerger le prochain Facebook !

« Comment rouvrir un web qui s’est fermé en dix ans ? » L’impulsion viendra de nouveaux « géniaux galopins » qui avec un temps d’avance saisiront les mouvements profonds qui nous animent pour remettre en cause ces « vieilles » institutions, Google et Facebook, qui progressivement mais inexorablement se coupent de la réalité du monde. Le monde bouge encore…


François Némo
« La France doit accélérer sa révolution numérique ». C’est le titre de mon article publié dans ces colonnes le 7 mars dernier et qui a suscité de nombreux commentaires, révélant un profond malaise qui mérite qu’on s’y attarde.

Sans aucun doute nous sommes absents de la guerre des plates-formes, ces modèles de business qui « mangent le monde » et que se livrent entre eux les leaders américains. Notre intelligence aussi brillante que pessimiste nous pousserait-elle à une forme de renoncement ? Serions-nous condamnés à dépendre des modèles américains, sinon à les alimenter avec la multitude des start-up technologiques qui font la fierté de la France mais qui naissent avec l’espoir (secret) d’une transaction à prix d’or pour terminer dans le giron d’un géant de la Silicon Valley. Allons donc ! Si nous avons raté la première marche et laissé de « géniaux galopins » créer des empires en connectant la planète, la deuxième est à portée de main. Le monde bouge encore…

Comme toutes les révolutions technologiques précédentes, la révolution numérique est porteuse du meilleur comme du pire. Force est de constater que la première phase de cette « révolution » nous a enfermés dans une logique du pire. Le constat est violent, surtout pour ceux d’entre nous qui défendent depuis plus de dix ans la capacité d’Internet et des nouvelles technologies à créer un monde meilleur. Mais il faut se rendre à l’évidence, malgré les possibilités de partage d’expériences et de connaissances qui ont atteint des capacités inédites, jamais l’avenir n’a été aussi anxiogène ni incertain. Ubérisation, Big Data, robotisation, précarisation, le numérique fait peur. Quel paradoxe ! Une crise qui nous ramène au début du début. Tout est à faire !

Qui décide en dernier ressort des de la pertinence d’un nouveau modèle d’affaire ? Malgré les pressions politiques et financières immenses pour préserver les situations de rente, ce sera toujours le public qui aura le dernier mot. « Je prends ou je ne prends pas ! » Et si l’on sait entendre les signaux profonds que notre environnement diffuse, aujourd’hui le public attend qu’on lui propose (plus ou moins consciemment) une alternative au monde prédictif des algorithmes que les grands leaders nous imposent ou à celui d’une économie on-demand qui a besoin de passer à l’âge adulte. Si Facebook nous fait plaisir et nous maintient dans l’addiction (au nom de son modèle d’affaire), la qualité de notre présence à l’autre est dans la tête de chacun d’entre nous. Si nous l’utilisons, c’est parce c’est facile et qu’il n’y a pas d’autre alternative.

Trouver les clés d’une véritable économie du partage et de la connaissance, c’est reléguer aux oubliettes les Google et les Facebook qui n’ont compris qu’une moitié de l’histoire. C’est ce que rapporte également Stéphane Schultz en citant Bruce Gibney dans l’Usine Digitale : « L’essentiel de la “loi Moore” (augmentation exponentielle des capacités de traitement de l’information) est aujourd’hui utilisée pour des objectifs non essentiels » ; ou encore Eric Scherer lorsqu’il explique que « l’intelligence artificielle est devenue une commodité qu’on achètera à la pièce à une poignée de firmes géantes qui auront accumulé des années d’apprentissage et des trillons de données ».

La question pourrait se résumer ainsi comme le dit encore Eric Scherer dans Méta Média : « Comment rouvrir un web qui s’est fermé en dix ans. » « Nous cherchons tous un modèle gagnant/gagnant, mais nous ne l’avons pas encore trouvé, il faudrait passer d'un état d'esprit de concurrence destructrice de valeur à une collaboration qui additionne la valeur », note le patron d’Etisalat, ou encore : « Se servir des algorithmes et de l’intelligence artificielle pour créer une intelligence augmentée et résoudre les problèmes complexes que l’urgence écologique et sociale nous pose », nous dit Yann Moulier Boutang. « Que se passerait-il si la machine et l’homme coopéraient ? Serait-il possible de combiner la capacité stratégique humaine avec la force analytique des ordinateurs ? » commente Kasparov après son échec contre Deep Blue. S’attaquer à la question de l’avenir du travail, de sa rémunération, de la santé, du libre-arbitre, de l’éducation. C’est autour de ces questions que nous devons construire nos futurs modèles d’affaires en leur donnant une vraie « raison d’être ». Le public attend de nouvelles pistes pour l’avenir et il place la barre très haut. C’est à ces interrogations que nous devons répondre pour sortir du serpent de mer que l’on nomme la crise économique et reprendre la main sur les leaders américains qui se fragilisent en s'institutionnalisant (Google qui devient Alphabet). « Quel avenir voulons-nous ? Faire le hamster dans la roue ou jouir d’une pleine conscience. C’est le moment de s’assurer que nous allons construire l’avenir que nous voulons », note avec humour John Rousseau, président de l’agence artefact.

Comme l’histoire nous le montre, l’impulsion ne viendra pas du politique ni des institutions qui arrivent (ou pas) en deuxième ligne pour consolider les ruptures. C’est l’exemple de l’Etat américain qui à travers la NASA et l’armée a permis le développement de Google et d’Apple. L’impulsion viendra de nouveaux « géniaux galopins » qui avec un temps d’avance saisiront au vol les mouvements profonds qui nous animent pour remettre en cause ces « vieilles » institutions, Google et Facebook, qui progressivement mais inexorablement vont se couper de la réalité du monde.

Personne n’est en retard ! C’est aujourd’hui le timing parfait pour abandonner nos petits arrangements complaisants et « changer de braquet », monter d’un cran, nous projeter dans le futur avec une nouvelle vision du monde et de vraies stratégies pour se positionner (sans revenir en arrière) dans ce débat sans âge que rapporte Guillaume Renouard dans les colonnes de l’Atelier : « Dans un célèbre dialogue de Platon, le Gorgias, Socrate est opposé au cyrénaïque Calliclès. Ce dernier défend une conception hédoniste de l’existence selon laquelle la vie bonne consiste à satisfaire tous ses désirs, ne pas réprimer ses passions, et au contraire s’efforcer de les combler le plus vite possible. Socrate lui rétorque que son idéal revient à poser en modèle le pluvier, oiseau qui évacue sa nourriture aussi rapidement qu’il l’ingurgite. Si Socrate remporte haut la main la joute verbale, il semble que le temps ait donné raison à Calliclès : l’économie semble plus que jamais tournée vers la satisfaction immédiate des moindres désirs du consommateur. Socrate ou Calliclès ? A nous de choisir…

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Mercredi 6 Avril 2016


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