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Le retour des mauvaises habitudes ou take the money and run...


Lors de la dernière Assemblée générale d’Alcatel-Lucent, le Président s’est fait attribuer 100 000 actions gratuites au titre de 2008 et le double pour 2009, sous réserve de « conditions de présence et performances ». Le Directeur Général, Ben Werwaagen, a également reçu des actions gratuites (pour 2008) et des stock-options (pour 2009), plus une retraite complémentaire, et tout cela, dans un contexte de forte baisse du cours de la société.



Bernard Marois
Bernard Marois
Aux Etats-Unis, JP Morgan souhaite lever rapidement 5 milliards de dollars de façon à pouvoir rembourser rapidement l’aide publique égale à 25 milliards de dollars. Plusieurs autres institutions financières, telle Américan Express, vont l’imiter, dés que possible. La version « officielle » insiste sur l’objectif de diminution des coûts liés à l’aide de l’Etat (les intérêts à verser au Trésor Public). L’explication « officieuse », insiste plutôt sur la liberté de manœuvre que regagneraient les banques à redevenir « privées », en particulier en matière de rémunération des dirigeants. Par ailleurs, le parcours médiocre de Merryil Lynch, repris par Bank of America, n’a pas empêché les dirigeants du célèbre courtier américain d’empocher des bonus substantiels. Et l’on pourrait multiplier les exemples.

Plus insidieusement, les banquiers de part le monde semblent faire preuve d’une grande confiance dans l’avenir, en déclarant que le plus dur de la crise financière est derrière nous, dans la mesure où les risques de défaut ont été « mutualisés » et disséminés ailleurs ( c'est-à-dire auprès d’institutions financières telles que les « hedge funds », les compagnies d’assurance, les SICAV « dynamiques », les collectivités locales, etc.). Ce qui nous amène à souligner deux conséquences « collatérales ». La première, c’est que les risques de défaut n’ont pas disparu par enchantement : « mutualisation » rime bien avec « contamination » et les banquiers auraient bien tort de se réjouir trop vite. D’autant plus que certaines de ces institutions «financières « gangrènées » par « les risques en voie de matérialisation » sont soit des filiales de groupes bancaires (SICAV par exemple), soit adossées à des banques, ou simplement clientes. Dans certains cas, les institutions bancaires ont donné leur garantie ou engagé leur réputation. Pour simplifier, on dira que les risques évacués à grands renforts de CDS ou de CDO peuvent revenir, tels des boomerangs, contaminer les bilans de celles-ci.

Plus globalement, beaucoup d’économistes voient dans la crise une rupture structurelle menant à une refondation du capitalisme, alors que les acteurs principaux (dirigeants de grandes entreprises, banquiers) l’analysent comme un incident conjoncturel, certes un peu plus corsé que les précédents, mais susceptible d’être traité comme par le passé : lorsque la croissance repartira (en 2010 ou 2011, peu importe) les affaires reprendront comme avant ( «business as usual ») et les rémunérations excessives refleuriront. Après tout, on avait déjà crû à une « remise en cause » du capitalisme en 2000, lors de la crise «des dotcoms » et puis le système s’est rapidement rétabli, grâce à des injections massives de liquidités, rendues possibles grâce au traitement du « bon docteur Greenspan » (baisse drastique des taux d’intérêt) et à l’endettement qui a suivi.

Par conséquent, le comportement apparemment suicidaire des dirigeants (dans leurs pratiques des rémunérations, au cœur même de la crise) montrent que l’enjeu final est loin d’être clair : sommes-nous déjà dans l’après-crise, anticipée par certains patrons ou, au contraire, ceux-ci s’efforcent-ils de « sauver les meubles » tant qu’ils le peuvent, dans une version soft du film « take the money and run » !

Bernard MAROIS
Président du Club Finance HEC


Vendredi 12 Juin 2009
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