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Le private equity suisse en apesanteur


Les acteurs suisses du private equity ont malheureusement démontré qu’ils n’ont pas encore intégré certaines réalités économiques.



Cyril Demaria
Cyril Demaria
Le monde du private equity suisse romand était rassemblé à Lausanne la semaine dernière par la SECA pour un «Outlook 2011», suivi d’une table ronde animée par Marie-Claude Chapatte du Temps. L’impression générale était celle d’une énième complainte face aux levées de fonds difficiles, face à la difficulté de trouver des cibles d’investissement et une critique du manque d’attractivité de la Suisse pour les gérants et investisseurs en private equity. Rien que de déjà vu, malgré la mise en place par le législateur d’une structure équivalente au limited partnership anglosaxon, malgré aussi la vivacité du tissu économique suisse qui a bien traversé la crise et l’abondance de capitaux levés par les fonds de fonds basés en Suisse, les banques privées et les investisseurs institutionnels.

Les acteurs du private equity suisse vivent, à l’image de la haute société sur le Titanic, dans un monde révolu. Aucun d’entre eux n’a intégré les changements majeurs que la crise de 2007-2009 a mis à jour: le private equity est désormais une classe d’actifs comme les autres. Ses rendements décroissent tendanciellement, du fait de l’attraction de capitaux, de la réduction des effets de levier et de l’absence de performance récurrente du capital-risque mondial. Les gérants doivent se faire à l’idée qu’ils ne sont plus les enfants terribles et choyés de la finance, où les investisseurs font la queue pour leur confier leur argent sur un appel téléphonique. Les changements sont radicaux: les investisseurs en private equity (limited partners) ne veulent plus payer des frais qui, selon les études académiques produites notamment par HEC Paris, capturent la totalité (voire plus) de la valeur ajoutée créée par le LBO. La tendance, clairement visible aux Etats-Unis est aux mandats, avec budgets définis en valeur absolue et non en pourcentages de fonds gérés. Les fonds de fonds pourraient en témoigner: grands absents de la réunion, malgré le fait que «la Suisse accueille entre 20 et 30% des montants mondiaux collectés» selon les dires de Christophe Borer, membre du comité de direction de la SECA. L’attractivité de la place suisse n’est donc pas grevée par les structures juridiques inadaptées, car elle en dispose d’une aussi compétitive que celle de la France (FCPR), citée en exemple hier. Elle est liée au rapport coût/performance du service rendu aux investisseurs. Si les gérants suisses s’alignent sur les meilleurs pratiques mondiales, avec un budget défini à l’avance et une commission de performance (carried interest) progressive avec les résultats obtenus, nul doute qu’ils attireront les capitaux internationaux pour investir en Suisse et chez ses voisins.

Quant à la tentation d’aller investir en Asie, l’expérience des diversifications hasardeuses des gérants lors de la bulle Internet devrait sonner comme un avertissement très clair: le private equity est un métier de proximité, ce qui a été rappelé à juste titre hier. Nul doute que pour des investisseurs investissant à long terme, ce souvenir datant d’à peine dix ans sonne comme une évidence: il est temps de balayer devant sa porte et faire les efforts nécessaires ici et maintenant.


Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Lundi 14 Mars 2011
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