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Le Japon doit faire faillite !


Le Japon ne s’est jamais vraiment attelé à résorber et à combattre ses endettements colossaux après l’implosion de ses multiples bulles dès 1989. Les dirigeants économiques et politiques de ce pays n’ont effectivement procédé qu’à des restructurations cosmétiques et à des liquidations de dettes en douceur, aux conséquences désastreuses pour leur système bancaire qui ne put survivre qu’à la faveur d’incessantes perfusions. L’Etat fut donc contraint de prendre à son compte à la fois les dettes de banques désormais qualifiées à juste titre de « zombies », mais également celles de l’ensemble du secteur privé japonais sinistré pour avoir fait trop d’excès. A mesure que le secteur privé se mettait en mode épargne afin de soulager sa gueule de bois, les gouvernements successifs faisaient preuve d’un cruel manque de volonté politique et tentaient de compenser à la faveur d’une création monétaire hyper laxiste. Ce qui maintenait tant bien que mal leur économie tout en remettant à plus tard les décisions pénibles.



Michel Santi
Michel Santi
Les fonds publics continuellement injectés dans l’économie permettaient certes d’éviter la dépression, dans un pays qui dut néanmoins subir une série de récessions. Pour autant, cette générosité – ou ce manque de cran ? – de la part des politiciens eut une contrepartie catastrophique puisqu’elle se traduisit en un gonflement quasi morbide de l’épargne des privés. Comment ce pays parviendrait-il dès lors à casser cette spirale infernale et, ce, en l’absence de toute pression inflationniste et sans nulle autre croissance que celle insufflée par les fonds publics ? En toute logique, la déflation fut au rendez-vous qui, combinée à un déclin démographique majeur, devaient contribuer à voir s’affaisser la position naguère dominante du Japon qui subit une longue agonie économique et qui se fit assez facilement distancer par la Chine.

Aujourd’hui, la conjugaison de facteurs comme la masse colossale de la dette publique japonaise, dans un contexte démographique catastrophique, au vu de la situation géopolitique du pays, et eu égard aux défauts structurels de son économie, empêchera le redémarrage au Japon d’une croissance authentique, saine, et qui pourra enfin voler de ses propres ailes sans l’assistance de l’Etat. Des études ont effectivement révélé que même un P.I.B. de 5% (ou de 3% nets en déduisant une inflation à 2%) n’autoriserait pas l’instauration d’une croissance qui serait entièrement redevable au secteur privé. Les réformes structurelles sont pourtant d’une urgence vitale dans un Japon qui n’en finit plus de stagner sous le poids des intérêts particuliers et du fait d’un système politique faible. En effet, si les deux premières « flèches » du gouvernement Abe furent relativement aisées à mettre en place. Si l’augmentation massive des dépenses publiques (flèche no. 1) et l’intense création monétaire ayant pour objectif de promouvoir l’inflation (flèche no. 2) purent être décrétées quasiment du jour au lendemain.

On ne voit pas comment Abe sera en mesure d’améliorer la productivité japonaise et de stimuler les investissements privés si ce n’est en imposant des mesures impopulaires qui ne manqueront pas de déranger les « intérêts spéciaux ». A cet égard, les détails de cette « troisième flèche » – censée réformer son économie en profondeur – manquent cruellement de consistance et ne semblent absolument pas de taille à lutter contre les entreprises mort-vivantes qui jouissent de fonds publics prêtés à des taux défiant toute concurrence. Heureuses de vivre sous perfusion depuis des décennies au crochet de l’Etat et sans nulle remise en question, ces entreprises opèrent toutefois une concurrence déloyale vis-à-vis de celles qui tentent de faire des efforts en termes de productivité. L’activité anémique chronique au Japon est donc tout autant due à des déficiences de gouvernance qu’à une incapacité de l’Etat à trancher dans le vif, c’est-à-dire à interrompre la respiration artificielle en faveur d’entreprises qui nuisent à l’émergence d’authentiques faiseurs de croissance.

Le Japon a donc impérativement besoin d’une destruction qui ne pourrait s’avérer que créatrice, et qui consistera à laisser mourir l’ensemble de ses entreprises (et de ses banques) à l’agonie, pour enfin permettre l’émergence d’affaires neuves et en pleine santé. Ses dirigeants doivent donc avoir le courage politique de forcer au défaut, qui autorisera la liquidation en masse des dettes, et qui se révèlera au final nettement plus efficace qu’une longue austérité inévitablement accompagnée d’encore et de toujours plus de stagnation économique. En outre, un défaut de paiement opèrerait une redistribution depuis les riches en faveur des jeunes, tandis que l’austérité induit comme on le sait un mouvement inverse. L’Histoire du Japon étant à cet égard riche en enseignements : l’effondrement de l’ordre actuel, incontestablement en bout de course, y autoriserait une explosion de dynamisme et d’entreprenariat, et présiderait à un nouveau miracle économique. Un peu comme l’émergence de Sony ou de Honda après le cataclysme de la Seconde guerre mondiale, ou comme la Restauration Meiji.

Les japonais ont aujourd’hui toutes les raisons pour opter en faveur d’un défaut de paiement sélectif, voire généralisé.

Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com

Jeudi 4 Juillet 2013
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