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La revanche de la sphère réelle

Lettre du vendredi 13 mai 2022 rédigée par Eric Galiègue - VALQUANT.


Eric Galiègue
Eric Galiègue
Les événements des 3 dernières années, la crise sanitaire et la crise géopolitique, ont catalysé un nouveau cycle qui va marquer les prochaines années, et pas seulement 2022. La sphère réelle est en train de prendre le dessus sur la sphère financière : les motivations réelles vont désormais compter plus que les motivations financières. Elles suscitent des besoins de financement considérables et durables. Elles vont siphonner la liquidité qui ne pourra plus contribuer au gonflement excessif des prix des actions.

Première motivation : la transition environnementale. Elle est antérieure aux crises des années 20, et elle devient une évidence factuelle. L’Europe est à la pointe des engagements pris pour limiter les émissions des gaz à effet de serre qui accélèrent le réchauffement climatique : l’objectif de réduction de 55% de ces émissions à l’horizon 2030 par rapport à 1990, est très ambitieux. Il induit des investissements considérables publics comme privés. La Cour des comptes européenne table sur un budget de 11.200 milliards d'euros entre 2021 et 2030 pour la transition écologique en Europe. Le passage aux énergies renouvelables, au véhicule électrique, mais aussi la rénovation des bâtiments, et la traque aux « passoires thermiques », induisent des investissements gigantesques. Les constructeurs automobiles ont à ce titre annoncé des enveloppes financières géantes pour relever le défi de la voiture électrique et connectée. Les compagnies pétrolières se transforment en énergéticiens indépendants de énergies fossiles. Les couts associés pour les entreprises sont considérables. Une étude récente publiée par le cabinet indépendant Alpha Value estimait que la transition environnementale devait réduire de 33% la capacité bénéficiaire des entreprises.

Deuxième motivation : la réindustrialisation. La crise sanitaire a révélé des dépendances inacceptables. Notamment, l’incapacité de notre pays à produire le paracétamol et différentes médicament considérés comme basiques, a renforcé les tendances à la réindustrialisation. France Industrie réclame la création d’un ministère de la réindustrialisation. Le budget public associé est de l’ordre de 30Mds€, dans le cadre du projet « France 2030 ». A n’en pas douter, les investissements associés à la reconstruction d’une industrie nationale sont considérables, avec à la clé une hausse du poids de l’industrie dans le PIB français.

Troisième motivation : l’augmentation des budgets militaires. Évidemment, l’agression de l’Ukraine par le Russie crée un nouveau contexte, et révèle les carences européennes e matière de défense. L’Allemagne a ainsi annoncé un investissement de 100Mds€ pour mettre à niveau son dispositif de défense. Les budgets de la défense vont quasiment tous être fortement augmenté, ce qui induit, évidemment, des besoins de financement importants, représentant 1 à 2% de PIB. Pour mémoire, les Etas membres de l’Union Européenne ont dépensé 232 Mds€ à leur défense nationale, soit 1,6% de leur PIB, alors que la Russie y consacre 4,3% de son PIB.

Quatrième motivation : l’inflation. La hausse des prix constatée depuis une année environ se traduit aussi par une ponction sur la liquidité disponible. Tout simplement, à croissance en volume identique, une inflation qui passe de 1% à 3 ou 5%, va pomper la liquidité à hauteur de 2 à 4% du PIB. Cette évidence élémentaire doit être néanmoins rappelée.

A ces quatre mutations correspondent quatre besoins de financement qui ont tous la caractéristique d’être durable. A l’évidence, la monnaie va trouver au sein de la sphère réelle de nombreux besoins, qui correspondent souvent à des investissements publics. Or, face à ces besoins, les banques centrales coupent actuellement les robinets de la liquidité. La FED devient vendeuse nette d’obligations sur le marché, et la BCE s’apprête à cesser ses propres rachats d’actifs financiers. Elle envisage même une première hausse de taux au cours sa réunion du 21 juillet. Alors que l’hyperliquidité caractérisait le système il y a quelques mois, il faut se rendre à l’évidence que nous nous dirigeons vers un « squeeze » de la liquidité, qui va être totalement absorbée par la sphère réelle. Il n’en restera plus pour la sphère financière, pour gonfler le cours de actions et des obligations. Les taux n’ont pas fini de monter. Et s’ils baissent temporairement, ce sera pour de mauvaises raisons : la perspective d’une récession. Nous avons vécu un rebond économique sans hausse de taux, nous allons vivre une récession avec hausse des taux.

Recommandation investisseurs : nous sommes toujours en forte sous-pondération des actions pour un CAC 40 supérieur à 5 629 points.

Tendance sur les marchés de taux et de devises : Les taux des obligations d’Etat sont revenus à 1,31% pour le 10 ans français et sous la barre des 3% aux USA. L’€ poursuit sa chute, sous 1,04$.

Tendances récentes sur les matières premières : Le cours du pétrole est stable autour de 108$ sur le Brent. Le cours du cuivre a baissé sensiblement an raison des inquiétudes sur l’économie chinoise et mondiale.


Eric GALIEGUE
Analyste financier indépendant,

Président de VALQUANT EXPERTYSE SAS
Membre de l'AFITE
Enregistré à l' ORIAS sous le N° 11059738

7 rue Greffulhe
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