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La responsabilité fiduciaire commande de dire la vérité


Aujourd’hui il est nécessaire de dire la vérité et de reconnaître publiquement la présence d’actifs toxiques et d’actifs spéculatifs dans les bilans des banques et des sociétés d’assurance. Ils sont susceptibles d’alimenter un effet systémique potentiel ; ils constituent une menace permanente pour les économies perméables aux effets de la globalisation.



Jean-Aymon Massié
Jean-Aymon Massié
En effet les économies des pays industrialisés sont toutes potentiellement vulnérables, car elles sont exposées maintenant aux effets déstabilisateurs du surendettement public (émission massive de produits obligataires et d’emprunts d’Etat), après avoir subi en 2007, 2008 et 2009 les conséquences désastreuses du surendettement privé (émission de subprimes et titrisation des créances douteuses des ménages).

Il est du devoir des gouvernants de dire la vérité aux citoyens épargnants, actionnaires, assurés et retraités sur l’étendue des sinistres et les incertitudes pesant sur l’avenir des retraites ; sinon on pourrait redouter que les démocraties ne soient ébranlées par les conséquences de la crise économique et sociale ; cette crise pourrait se transformer en crise institutionnelle ; en effet les résultats des élections régionales en France sont significatives d’une tendance lourde d’érosion du pouvoir centralisateur jacobin au profit d’une part des institutions (exécutives et législatives) européennes et d’autre part des présidences de région.

Il est de l’intérêt non seulement des dirigeants politiques, mais aussi des acteurs des marchés financiers de faire toute la lumière sur les pratiques des « hors bilan » trop longtemps tolérées sans contrôle, ces « zones de non droit » associées à des paradis fiscaux créées pour assurer la compétitivité des établissements financiers.
En fait l’endettement du secteur banque assurance serait abyssal et toutes les aides publiques ne suffiraient pas à le résorber. Les remarquables résultats financiers 2009 de la profession ne seraient qu’un artifice pour détourner l’attention, masquer les lézardes de l’édifice et distribuer des bonus record, engager rapidement des opérations de fusion acquisition pour « effacer les traces ». Les enquêtes diligentées sur les comportements hasardeux de Goldman Sachs, la ferrari de la finance, sont un signal fort pour qui veut l’entendre.

En fait, la responsabilité fiduciaire de ces acteurs des marchés financiers est en jeu ; elle commande de dire la vérité, toute la vérité. La conséquence immédiate de cette opération vérité serait soit le retour de la confiance, soit la perte durable de la confiance des épargnants, des actionnaires, des assurés, des retraités et de toutes les parties prenantes de l’entreprise ou des organisations, faisant appel public à l’épargne.

Il est imprudent de prétendre qu’il faut préparer la sortie de crise. Au fait de quelle crise parle-t-on ? De la crise financière et du «credit crunch » résultant de la crise des « subprimes », dont les effets devraient s’atténuer ou se résorber à la fin du premier semestre 2010 ? De la crise des produits dérivés CDS (révélée par Dubaï World, la dette publique Grecque) ? En effet les effets destabilisateurs du surendettement public et du recours aux produits dérivés sont préoccupants. Il est prématuré de parler de sortie de crise, car la menace systémique restera latente tant que le marché des OTC ne sera pas régulé, que des chambres de compensation ne seront pas créées.

La crise de la dette publique associée à la dette privée (entreprises et ménages) constituerait une nouvelle phase, dans laquelle nous venons d’entrer, semble-t-il. Sans régulation, sans supervision des institutions financières et sans un programme austère de réduction des déficits publics, un nouvel effet systémique est à redouter.
La crise économique et sociale serait-elle maîtrisée? Les économies occidentales sortiraient-elles de la crise en 2010 ? Rien n’est moins sur. Quels économistes peuvent encore prétendre que l’économique et le social sont dissociés, sauf s’ils sont mus par l’esprit de cour ?

La responsabilité fiduciaire des acteurs des marchés financiers commande leur collaboration à la mise en œuvre rapide d’une efficace régulation, afin que ne se poursuivent la récession, les destruction d’emplois, la hausse du chômage structurel réduisant le potentiel de production, la réduction croissante des investissements en R&D, moteur de la croissance future.

La responsabilité fiduciaire et la responsabilité sociétale commandent aux institutions financières de mettre un terme aux errements actuels, qui ont repris de plus belle, au gonflement des « hors bilan », aux rémunérations et aux bonus injustifiés au titre de l’exercice 2009, à cette déconnexion de l’économie réelle.

Reconnaissons que deux mondes parallèles se forgent en ce moment :
-le monde réel des citoyens menacés par « l’épée de Damoclès » du chômage structurel et la précarité des retraites ; des jeunes diplômés désespérés à la recherche du 1er emploi et des quinquagénaires frappés par un licenciement économique ; des épargnants ruinés par des placements en actions ; enfin des gouvernants incapables de maîtriser ce processus insaisissable, logique et dévastateur pour les économies réelles.
-et un autre monde, le monde virtuel de la finance hautement spéculative et fortement lucrative, comportant un part de risque croissant, et une part de chance aléatoire comme à la roulette russe !

Ces responsabilités fiduciaire et sociétale incombent principalement aux administrateurs, qui doivent remplir leur mission avec rigueur et « affectio societatis », renforcer leur contrôle sur les cadres opérationnels et améliorer le dialogue avec les actionnaires qui les ont élus. Elles incombent ensuite aux actionnaires institutionnels, trop confiants ou négligents, qui doivent exercer leur légitime droit de contrôle de la gouvernance des entreprises dont ils sont les copropriétaires ; ils doivent sans tarder réviser les principes de gouvernement d’entreprise afin de tenir compte des leçons de la crise et éradiquer les dysfonctionnements constatés.

Il est important de se mobiliser, de positiver et de faire confiance aux hommes de bonne volonté, qui ont su résister au culte du veau d’or, pour préparer ce monde meilleur auquel nous aspirons tous.

Jean-Aymon MASSIE
Président de l'AFGE
Association Française de Gouvernement d'Entreprise
8 rue Henri Regnault - La Défense 6
92400 COURBEVOIE
www.afge-asso.org

Mardi 11 Mai 2010
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1.Posté par Rémy Mahoudeaux le 17/05/2010 10:16 | Alerter
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Bonjour,
Le mot responsabilité sonne trop juridique à mon goût ...
Avant une responsabilité fiduciaire, je dirai que c'est d'abord une éthique fiduciaire qui devrait guider les acteurs du marché. Mais dire la vérité n'est pas à la portée de tous. Dans son fonctionnement quotidien, la finance s'est trop souvent contenté d'une forme satisfaisante sans trop se soucier du fonds qui s'est révélé parfois nauséabond ...
Comme nous savons depuis bien longtemps que les acteurs économiques sont mus par leurs égoïsme, il est évident qu'une éthique n'est pas suffisante. Alors, la responsabilité, oui, mais à 2 niveaux : la conformité de façade vs. des règlements rendus obsolètes dès leur application par une sophistication grandissante, et un corpus de règles éthiques à respecter strictement : gestion transparente des conflits d'intérêt, loyauté envers ses clients, etc ... et malheur aux vaincus s'ils se font prendre avec la main dans le pot de confiture.
Cordialement.

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