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La nécessité d’un modèle philanthropique continental


Le retrait d’activité des baby boomers américains et britanniques coïncide avec un boom de l’activité philanthropique à l’anglo-saxonne.



Cyril Demaria
Cyril Demaria
Les fondements du mouvement philanthropique anglo-saxon sont liés à un héritage protestant, comme l’a décrit en son temps Max Weber. Il n’est donc pas inutile, étant donné la diversité culturelle et religieuse helvétique, de s’interroger sur les conséquences de ce mouvement en plein essor. D’après les Nations Unies, 10% de la population a aujourd’hui 60 ans et plus. D’ici 2050, ce sera 20% et en 2150 environ le tiers de la population.

Les jeunes pensionnés s’intéressent à la culture, aux divertissements et aux voyages, mais aussi à leurs legs aux descendants et plus généralement à la société. L’éducation, les oeuvres religieuses et la santé sont les premières préoccupations des individus fortunés philanthropes. 86% déclarent donner pour «répondre à un besoin critique», tandis que 83% veulent «rendre à la société» une part de ce qu’ils ont reçu.

Derrière cette bonne conscience, se profile aussi un intérêt bien compris: s’acheter une réputation et créer une dynastie. La crise financière a d’ailleurs laissé des traces: les théâtres et opéras new yorkais ont dû faire face à la débâcle de certains de leurs bailleurs de fonds. Le marché de l’art, faisant figure d’accessit au statut de nouveau riche éclairé et cultivé, a entamé une valse-hésitation entre la poursuite de la hausse et une correction attendue sur certains segments surévalués.

D’une certaine manière, la crise de la philanthropie anglosaxonne égocentrée est la bienvenue. En effet, la puissance financière que représentent les fortunes combinées de Bill Gates et de Warren Buffet au sein de la Bill and Melinda Gates Foundation (estimée à 39 milliards de francs) est sans précédent (voir tableau ci-dessous).

La nécessité d’un modèle philanthropique continental

Si les fondations anglo-saxonnes permettent de faire progresser certaines causes, telles que la recherche médicale, l’éducation ou la lutte contre la pauvreté, elles ont par ailleurs des effets pervers croissants. Les établissements de recherche se plaignent ainsi de l’assèchement du financement de la recherche des maladies orphelines ou la course aux «découvertes médiatiques» (vaccin anti-HIV par exemple). Des causes moins politiquement correctes (aide aux prostituées par exemple) peinent à trouver des relais, quand bien même elles contribuent à un objectif commun (lutte contre le sida).

La fuite des cerveaux face au manque de financement de la recherche fondamentale est un problème récurrent. L’absence de prise en compte des parties prenantes locales dans l’action des fondations, souvent perçues comme des tours d’ivoires néocolonialistes est par ailleurs décriée. Le manque de coordination avec les autres organisations non gouvernementales et la recherche de l’exposition médiatique est une autre critique récurrente.

La gouvernance d’entreprise philanthropique anglo-saxonne reste à inventer. Il est temps qu’un modèle européen émerge et la philanthropie helvétique est un exemple indéniable. La Croix Rouge fut établie par Henri Dunant sur les principes égalitaires de soins prodigués à tous les blessés de la bataille de Solferino, indépendamment de leur origine.

Les fondations suisses sont reconnues à l’étranger pour leur action sociale et culturelle à la fois efficace et de talent. Malheureusement, elles souffrent du tape-à -l’oeil de leurs consoeurs anglo-saxonnes. Non seulement, la philanthropie européenne doit être plus progressiste, mais elle doit s’inscrire dans un environnement riche d’initiatives. Sa visibilité sera moindre, et les montants en jeu sont plus faibles, mais la viabilité de son action et son efficacité globale seront renforcées.

La modestie pourrait bien être l’aune à laquelle évaluer l’action.


Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Lundi 25 Janvier 2010
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