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La gouvernance coopérative n’est-elle pas plus efficiente que le marché dans l’allocation des ressources?


Entreprise versus marché



Nacer Eddine SADI
Nacer Eddine SADI
La coopérative, structure d’économe sociale, s’impose de plus en plus comme une alternative crédible à l’entreprise capitaliste classique, particulièrement dans le contexte actuel de crise caractérisé par la panne de croissance que connaissent de nombreux pays dans le monde, le recul de l’emploi pérenne, l’aggravation du chômage et l’instabilité devenue récursive des marchés financiers. Ce contexte n’a pas altéré la solidité et l’efficacité économique et sociale de cet acteur global qui est en plein essor, grâce notamment aux valeurs et aux principes d’économie sociale et solidaire qui le façonnent et qui l’animent. Malgré la crise en effet, le taux de survie des coopératives est plus élevé à celui des firmes capitalistes classiques1.

Dans le monde, on estime à près de 2 millions, le nombre de coopératives2 employant prés de 100 millions de personnes. Elles sont présentes dans 65 pays avec une tendance forte en Asie et en Afrique et elles sont présentent dans tous les secteurs de l’activité économique3.


Le SIC (2014)4 révèle pour sa part que le nombre de coopératives dans le monde serait de 2,6 millions avec 1 milliard de membres et 250 millions d'emplois. Elles représentent 12 % de l'emploi total dans l'ensemble des pays du G20 et 3 000 Mds$ de revenus annuels. Les 300 plus grandes coopératives au niveau mondial totalisent à elles seules un revenu de 2 200 Mds$, soit l’équivalent du PIB du Brésil5. La France, l’un pays leader en Europe, compte 23 000 coopératives employant plus d’un million de personnes, soit 4,5 % de l’emploi salarié total, avec un chiffre d’affaires cumulé de 298,7 Mds€ en 2012 et 24,4 millions de membres6.

Au regard de ces chiffres, leur rôle économique et social est aujourd’hui indéniable. Elles présentent en outre l’avantage de placer l’homme au cœur de leurs activités en lui offrant des valeurs d’entraide, de responsabilité personnelle, de démocratie, d’égalité, d’équité et de solidarité et de propriété collective. Elles amortissent enfin les chocs des crises des marchés financiers en offrant une sortie salutaire aux salariés des entreprises classiques en difficultés par la possibilité concrète de rachat de leur entreprise sous un statut coopératif. En somme, le but des coopératives est pluriel. Il vise non seulement la satisfaction des aspirations économiques des coopérateurs, mais aussi leurs attentes culturelles et sociales, voire humaines.

En interne, les coopératives proposent un mode de gouvernance générant des coûts de transaction inferieurs à ceux induits par le recours au marché pour innover, fabriquer, et distribuer ses produits. L’internalisation des activités dans une coopérative n’est pas problématique comme dans les entreprises classiques. Ces dernières ont tendance aujourd’hui, au nom de stratégies d’agilité et de maitrise des coûts, à prioriser le recours aux marchés en se délester par des mesures d’externalisation de pans entiers de leurs activités de R&D, de production, de logistique, de marketing, de recrutement, de gestion comptable, … . De tels arbitrages de nombreuses entreprises classiques sont en opposition à la théorie sur la nature de la firme de Coase (1937)7. Selon Coase, en effet, l’entreprise est un mode alternatif aux marchés dans l’allocation des ressources. Elle se distingue des marchés par sa capacité intrinsèque à réaliser des transactions en internes (R&D, production, logistique, marketing, …) à un coût (d’organisation) moindre que celui supporté sur les marchés (coût de transaction). Cet avantage comparatif trouve son origine dans la réduction en interne du nombre de contrats nécessaires à l’exécution de l’acte de création de richesse et dans un mode de coordination et de contrôle de l’allocation des ressources plus efficient. La coordination et le contrôle sont assurés par l’entrepreneur au sens du « propriétaire proudhonien »8 de l’entreprise. L’efficience dans l’allocation des ressources est donc tributaire du choix d’un mode et de mécanismes de gouvernance de l’entreprise favorisant l’efficience9.

La gouvernance coopérative, en départageant l’exercice et le contrôle du pouvoir10 et en cherchant en permanence les meilleurs équilibres entre les différents pouvoirs composants une démocratie élective11, n’offre-t-elle pas cet avantage d’efficience dans l’allocation des ressources. Les principes coopératifs, particulièrement le principe de la « double qualité » (les acteurs internes sont à la fois salariés et coopérateurs)12, constituent en effet des mécanismes dotant la coopérative d’un avantage comparatif générateur de transactions en interne à un coût inférieur à celui induit par le recours aux marchés ou à celui supporté par une firme classique.

Ces mécanismes, notamment le double statut et la régulation des comportements par des normes relationnelles, telles que la proximité, la responsabilité personnelle, l’implication économique, l’équité, le support, l’égalité, …, en atténuant sensiblement l’asymétrie d’information et les divergences d’intérêts, et donc en atténuant le besoin accru de contrôle et de suivi d’exécution des taches allouées13, améliorent sans nul doute l’efficience dans l’allocation des ressources, amoindrissent les coûts d’organisation de la coopérative et conforte, in fine, son efficacité opérationnelle14.

La gouvernance coopérative explique la solidité des coopératives face aux chocs des crises dans lesquelles se débat l’économie mondiale et leur pérennité plus élevée que celle de l’entreprise capitaliste classique. Une étude réalisée au Québec en 2008 a révélé en effet que les coopératives affichent un taux de survie largement supérieur à celui des entreprises classiques. 62 % des coopératives existent toujours cinq ans après leur création et 44 % après 10 ans. Ces proportions sont pour les entreprises classiques de 35% et 20 %15. C’est le en France où on note l’existence de coopératives centenaires, c’est le cas en Bretagne des coopératives Scael, Chartres ou Triskalia.

Références
1 JECOOP, 2012
2 Moniteur coopératif global, 2014
3 Green P., L’Humanité, Octobre, 2014
4 Sommet international des cooperatives, Groupe CNW Ltée 2015, octobre 2014
5 Moniteur mondial des coopératives, 2014/www.monitor.coop
6 Coop Fr, panorama Edition 2014
7 Coase R. H., 1937, «La nature de la firme», Traduit en francais dans le n° 1 du Volume 2 de la Revue francaise d économie, 1987
8 Bonet L., 2010, « Proudhon Coase : La propriété de la firme », Recma n° 317
9 Sadi N-E & Moulin F., Gouvernance coopérative : un éclairage théorique, RECMA, 07/2014, n° 333
10 Schwab, 2007
11 IFA, 2006, «Coopératives et Mutuelles : un gouvernement d entreprise original
12 Hiez D., 2006, « Le coopérateur ouvrier ou la signification du principe de double qualité dans les
Scoop ». Recma, n°209
13 Cartier J-P., Naszalyi P. & Pigé B., 2012, « Organisation de l économie sociale et solidaire : quelle
théorie de la gouvernance ? », MEESS, Identités plurielles et spécificités, 47-69
14 Sadi N-E & Moulin F., op. Cit.
15 JECOOP, 2012, op. Cit.

Nacer Eddine SADI
nacer-eddine.sadi@grenoble-em.com

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Mardi 14 Avril 2015
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