La fin d'un monde, et après ?

Qu'est-il arrivé à notre planète ? L'économie mondiale est dominée par la Chine et l'Inde, presque sans foi ni loi. Les États-Unis se contentent de jouer les seconds rôles, dilapidant des trilliards de dollars au travers de relances budgétaires pharaoniques et de « planches à billets » pléthoriques pour récupérer à peine quelques dixièmes de point de croissance.


Marc Touati
Encore plus bas sur l'échelle de l'efficacité économique et sociale, l'Europe a déclaré forfait depuis une quinzaine d'années. Créée pour relancer la construction européenne et devenir la locomotive de l'économie mondiale, la zone euro a été incapable de remplir ses missions. Elle s'est condamnée à la croissance molle et au chômage élevé, tout en affaiblissant l'Union européenne, au bord de l'implosion depuis le Brexit. Là aussi, des milliards, voire des trilliards d'euros ont été (et sont encore) dépensés, avec pour seul résultat la montée des inégalités et des tensions sociales.

Il y a pire : au sein de cette même Europe, il existe un pays qui refuse de regarder la réalité en face et de moderniser son économie. Depuis vingt ans, ses dirigeants préfèrent gagner du temps, augmenter les dépenses et la dette publique, tout en mentant à leurs concitoyens dans le but affiché d'être réélus. Depuis une dizaine d'années et a fortiori depuis cinq ans, cette stratégie du déni de réalité qui fait passer le marketing devant le bien-être économique a atteint son paroxysme.

Dernièrement, prétendant lutter contre le chômage, le gouvernement de ce pays a ainsi décidé de créer 500 000 postes de formation, principalement afin de déplacer les chômeurs concernés de la catégorie A (celle dont parlent les médias) à la catégorie D. Le chômage pourra donc officiellement baisser, permettant au Président en place de tenir sa promesse de début de mandat et de pouvoir se représenter… Vous l'aurez certainement compris, ce pays formidable c'est notre « douce France ».

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 1995, la France était au douzième rang mondial en matière de richesse par habitant. Elle était encore dix-septième en 2005. Elle est aujourd'hui vingt-deuxième (selon les chiffres officiels et harmonisés du FMI). À titre de comparaison, l'Allemagne était vingt-et-unième en 2005, elle est aujourd'hui dix-neuvième. Parallèlement, depuis 2008, la croissance annuelle de la France n'a été que de 0,4 %, contre 0,9 % en Allemagne et au Royaume-Uni, ou encore 1,2 % aux États-Unis.

Enfin, selon les statistiques harmonisées d'Eurostat, le taux de chômage oscille autour des 10,3 % en France, contre 4,2 % en Allemagne. Quant au taux de chômage des moins de vingt-cinq ans, il avoisine les 25 % dans l'Hexagone, contre 7 % outre-Rhin. Face à ces contre-performances, mais aussi aux nombreuses et récurrentes erreurs de politique économique, de plus en plus de citoyens français se laissent tenter par des discours extrémistes et rétrogrades.

Certes, l'économie de marché et le système capitaliste sont loin d'être parfaits. Pourtant, plutôt que de les détruire et d'engendrer un chaos dévastateur, ne serait-il pas plus opportun de les améliorer, de tendre vers une plus grande justice sociale ? La réponse nous semble forcément positive. Mais attention cependant à ne pas tomber dans le piège du « c'était mieux avant… » Cette stratégie du rétroviseur serait effectivement vouée à l'échec.

Cessons donc de nous rattacher à un monde qui n'existe plus. Oui, le monde qui nous a vu naître a bien disparu. Finie l'hégémonie des pays « riches », finie l'Europe unie, finie la finance reine et les profits faciles, finies les dépenses publiques à tout va, fini le règne du politiquement correct et des hauts fonctionnaires « à la française » qui ont toujours raison, finis les faux-semblants et les mensonges d'Etat qui ne trompent d'ailleurs plus grand monde.

Aujourd'hui, la donne a définitivement changé et il serait vain de laisser croire qu'un retour en arrière serait possible et a fortiori favorable. Ne nous voilons pas la face ! Désormais, ce sont bien les pays « émergents », Chine en tête, qui donnent le « la ». Non, la décroissance n'est pas une solution viable. Non l'immigration n'est pas un gage de dynamisme économique.

A force de refuser le bon sens économique, l'Europe est au bord de l'implosion, tant d'un point de vue politique que sociétale. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont tentés par l'isolement. Les pays qui n'ont pas su optimiser leurs dépenses publiques et moderniser leur marché du travail sont condamnés à la croissance molle, au chômage élevé et à la déflation. A commencer par la France, qui est de plus en plus habitée par le doute.

Si nous continuons de tourner le dos à ces réalités, alors la stabilité économique et sociale volera en éclat. Pour éviter le pire, il est donc urgent de réformer en profondeur l'Europe, la zone euro et la France pour en faire des machines à croissance et à emplois. C'est seulement à ce moment-là qu'elles pourront chasser les peurs et redevenir des terres d'immigration fertile. Comme dit le proverbe chinois : « Lorsque souffle le vent du changement, certains construisent des murs, d'autres des moulins. ».

Comme je le défends dans mon nouveau livre « La fin d'un monde » (qui est déjà en tête des ventes des essais économiques un jour après sa sortie, j'en profite d'ailleurs pour vous remercier pour votre fidélité), employons-nous à faire les bons choix, à devenir des bâtisseurs qui ont compris que la fin d'un monde est avant tout le début de toutes les opportunités.


Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


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Mardi 27 Septembre 2016


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