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La compétitivité et Dr. Faust


Pourquoi l’ensemble des leaders européens évoquent-ils – et invoquent-ils – incessamment la « compétitivité »?



Michel Santi
Michel Santi
Jugez-en plutôt à travers un florilège sommaire de certaines de leurs déclarations issues de communiqués communs: « Nous réaffirmons notre détermination à renforcer la convergence, la compétitivité et la gouvernance de la zone Euro » ou « nous allons mettre en place une commission qui travaillera avec les autorités grecques afin d’améliorer la compétitivité, la croissance et la création d’emplois » ou encore « tous les membres de la zone Euro doivent adhérer strictement aux objectifs budgétaires, améliorer leur compétitivité et redresser leurs déséquilibres »… Que signifie donc ce terme de « compétitivité » aux yeux de notre élite européenne – sachant que l’OCDE, elle, le définit en tant que mesure des atouts et désavantages à l’international d’un pays dans le cadre de ses exportations ?

Ainsi, il semblerait – du point de vue européen – que la compétitivité embrasse néanmoins un champ plus vaste que la définition fournie par l’OCDE bien que leurs nombreuses déclarations officielles fassent toutefois la distinction entre compétitivité et déséquilibres macro économiques (voir en effet ci-haut comment les deux notions sont clairement énoncées chacune à son tour). Toujours est-il que la « compétitivité » est présentée par nos responsables européens comme un terme générique incluant pêle mêle l’ouverture au commerce international et à la globalisation doublée d’une grande flexibilité du marché du travail et d’une tolérance à toute épreuve aux aléas des marchés financiers. En y regardant d’un peu plus près – en micro analysant les discours de certains responsables charismatiques dépourvus de « langue de bois » -, il est possible de préciser davantage la signification de cette compétitivité qui, dès lors, reflète l’ensemble des mesures –vitales pour un assainissement économique selon les adeptes de cette version – inhérentes à l’Etat et, au passage, remettant profondément en question les acquis sociaux.

C’est ainsi que pour, Wolfgang Schäuble, Ministre allemand des Finances, en traduction libre : “ tous les gouvernements de la zone Euro doivent non seulement démontrer de leur volonté de consolidation fiscale mais également augmenter leur compétitivité afin de regagner la confiance des marchés et de leurs citoyens. De plus, on ne résoud pas ses propres problèmes de compétitivité en demandant aux autres d’être moins compétitifs tout comme il est impossible de remplir ses engagements en exigeant toujours l’aide extérieure. La zone Euro doit insister particulièrement sur le renforcement de la compétitivité de tous ses membres … Les solutions doivent se concentrer sur les causes macro économiques des déficits en contraignant les états membres à rétablir un haut niveau de compétitivité ». Autrement dit, pour le politicien Schäuble, compétitivité rime avec efficience de l’économie, renforcement des revenus des entreprises, amélioration des infrastructures et grande sobriété fiscale.

En fait, la compétitivité – et tout ce qu’elle englobe – est à l’épicentre du projet allemand pour l’Union Européenne : elle est l’âme et l’essence de la prospérité de cette nation. Nous y voilà donc : la compétitivité ne reflète donc pas les points forts d’une nation vis-à-vis de ses exportations et de sa facilité à »commercer », elle est la jauge suprême de l’ »efficience » d’un pays. Les études très poussées et fort intéressantes conduites à cet égard par le World Economic Forum vont encore plus loin puisqu’elles étoffent cette compétitivité qui, dès lors, étend ses tentacules jusqu’aux institutions de l’Etat, à la santé, à l’éducation, à l’enseignement supérieur, aux progrès technologiques et bien-sûr à l’innovation au sein même des entreprises… Ainsi, le classement 2011-2012 du World Economic Forum dévoile-t-il que l’Allemagne est le sixième pays le plus compétitif au monde et le second dans l’Union derrière la Finlande. Autrement dit, ces exhortations répétitives émanant des autorités allemandes visant à renforcer de manière décisive la compétitivité dans l’Union reviennent à exiger des autres nations qu’elles se calquent fidèlement sur son propre modèle ! Pour les autorités allemandes au plus haut niveau, tout serait en effet à jeter aux oubliettes dans les nations de l’Europe périphérique qui se doivent de révolutionner leurs marchés financiers, leur appétence à l’innovation et à la sophistication et ce afin de ressembler à la grande sœur allemande…

Le but ultime est donc cette quête obsessionnelle de compétitivité au risque pour la Grèce, pour le Portugal ou pour l’Espagne d’y perdre leur âme.

Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com

Vendredi 14 Octobre 2011
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