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“La France n’est pas attractive, elle est répulsive”


ll est de bon ton, en France, de dénigrer les grandes entreprises. Pourtant, leur contribution au tissu économique est essentielle. L’appauvrissement des écosystèmes consécutif à leur départ en atteste. Si ce glissement vers l’international paraît inéluctable, son accélération et l’indifférence dans lesquelles il se produit sont très préoccupantes.



L’Institut de l’entreprise donne la parole à vingt dirigeants de grandes entreprises qui décryptent ce phénomène. Leurs propos – rares, et par définition subjectifs – mettent au jour la fragilité du lien qui unit les grandes entreprises au territoire national si rien n’est fait pour freiner cette tendance.

Les grandes entreprises en France : je t’aime moi non plus. Propos recueillis par Frédéric Monlouis-Félicité. Note de l’Institut de l’entreprise, octobre 2015.

Selon vous, les assertions suivantes sont-elles VRAIES ou FAUSSES ?
Les grandes entreprises sont à l’origine de la création de richesses en France.
Les grandes entreprises échappent à l’impôt.
Les grandes entreprises ne créent pas d’emplois en France.

Réponses :

1) VRAI. Les grandes entreprises contribuent à plus d’un tiers de l’économie nationale et cette part se renforce depuis vingt ans. Elle est notamment significative sur l’investissement, le chiffre d’affaires à l’export et les dépenses de R&D.

2) FAUX. Les grandes entreprises contribuent à hauteur de 40 % aux impôts et taxes totaux et à près d’un quart des charges sociales.

3) FAUX. Les grandes entreprises emploient plus d’un tiers des effectifs des entreprises en France. De plus, elles offrent des emplois mieux rémunérés, plus qualifiés et plus stables.
Les réponses pourront surprendre tant les grandes entreprises ont, en France, mauvaise presse – sauf auprès de leurs salariés. Cette note de l’Institut de l’entreprise – fondée sur une étude du cabinet McKinsey & Company (1) – vient objectiver la contribution, hautement significative, des grandes entreprises à l’économie française, contredisant nombre d’idées reçues.

UNE CONTRIBUTION ESSENTIELLE AU TISSU ÉCONOMIQUE

Parce que les grandes entreprises occupent une place prépondérante dans l’économie du pays, le déplacement du centre de gravité de l’une d’elles vers l’étranger génère souvent des conséquences dramatiques pour son écosystème. Celui-ci s’appauvrit dans son ensemble : les arbitrages se font moins en faveur de la France lorsque celle-ci n’est plus que le pays d’une filiale, d’une filière ou d’une direction ; l’attractivité du pays baisse aux yeux des jeunes diplômés ; la qualité des emplois et le potentiel d’innovation sont menacés.

UN INÉLUCTABLE GLISSEMENT VERS L’INTERNATIONAL

Ce glissement vers l’international n’est pas contestable en tant que tel. Il est même inéluctable. Il est d’abord la manifestation de la mondialisation réussie d’entreprises « nées » en France. À cet égard, l’esprit d’entreprise et d’initiative qui caractérise les cadres français, entre autres qualités, rend les grandes entreprises particulièrement performantes pour évoluer au sein de cultures non françaises.

Il est également la conséquence de l’internationalisation des entreprises, voire aujourd’hui de leur globalisation. Contrairement à l’entreprise internationale, qui a classiquement son siège dans un pays et des filiales dans un certain nombre d’autres, l’entreprise globale ne s’identifie plus par son centre. Elle est plane, éclatée sur l’ensemble du globe : la direction générale dans tel pays, la direction financière dans tel autre, le conseil d’administration dans l’avion. Les grandes entreprises doivent impérativement être présentes et compétitives partout, au plus près des marchés. Cette agilité est essentielle pour faire face aux soubresauts des marchés.

Le mouvement ainsi entendu est inéluctable. En revanche, ce qui suscite une vive inquiétude et appelle à un sursaut, c’est sa récente accélération, d’une part, et le fait que le déplacement des centres de gravité ne soit pas compensé par l’émergence d’autres entreprises de taille significative ou l’accroissement d’investissements sur le territoire national, d’autre part.

« LA FRANCE N’EST PAS ATTRACTIVE, ELLE EST RÉPULSIVE »

Pour comprendre les ressorts de cet éloignement des grandes entreprises – pesant 585 milliards d’euros de chiffre d’affaires et employant 2,1 millions de salariés dans le monde – du territoire national, l’étude donne la parole à un panel de leurs dirigeants.

Ces dirigeants soulignent, sans grande surprise, les causes des départs : coût du travail élevé, environnement juridique et administratif complexe, relations entre le monde politique et l’entreprise dégradées, rareté des capitaux.

Ce dernier point est fondamental et caractérise malheureusement notre pays : « La France est un pays qui se dit capitaliste mais qui n’a pas de capital. » Comment s’étonner dès lors que les capitaux soient d’origine étrangère, au détriment des liens avec le territoire national. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’étude parle des grandes entreprises sans les qualifier de « françaises ». Une entreprise n’a plus de français que le nom lorsque, devenue globale, son actionnariat est étranger, son management international, son organisation en réseau pour couvrir l’ensemble des territoires. L’absence de fonds de pension et de fonds souverains forts pèse dans les déséquilibres constatés.

Dans ce contexte, la question est bien celle de l’attractivité de notre pays, attractivité qui s’exprime dans la capacité d’un territoire à conserver et attirer des investissements productifs (centres de recherche, usines).

Or, qui mieux que des dirigeants – qui par ailleurs ne cachent pas leur attachement à la France – peut témoigner de la fragilisation des liens entre grandes entreprises et territoire national ?

L’intérêt de cette parole – rare – ne réside pas seulement dans,le décryptage de ces tendances, mais aussi dans sa teneur : celle-ci est amère. Les propos recueillis mettent au jour les efforts déployés par ces dirigeants pour conserver les centres de décision sur le territoire national et pour continuer à y investir. Ces verbatim font apparaître également les dilemmes auxquels les dirigeants sont confrontés, pris entre le marteau de leur attachement profond et indiscutable à la France et l’enclume des impératifs de la gestion d’une entreprise globale.

Cette parole est ainsi et surtout un cri d’alarme, car c’est celle d’une génération de dirigeants qui qualifie elle-même ce lien d’irrationnel. Le fil qui retient les grandes entreprises à la France est ténu et sa rupture imminente. « […] à titre personnel, l’affectio territorialis reste très fort » ; « Le risque pourra advenir d’une prochaine génération de dirigeants qui n’auront pas les mêmes sentiments à l’égard d’un pays qui ne les aime pas. »

La France n’aime pas ses grandes entreprises. Ces patrons expriment, exemples à l’appui, leur profond regret de voir la France incapable d’exploiter et même gâcher les réels atouts dont elle dispose pour conserver et attirer des grandes entreprises – pour son plus grand profit.
Le propos est cependant teinté d’espoir : celui de voir la France sortir de sa torpeur ; celui de voir le monde politique valoriser enfin l’entreprise – qu’elle soit petite, moyenne ou grande – pour ce qu’elle est : le mode
d’organisation naturel et efficace de l’économie.

Quand un nombre aussi réduit d’entreprises contribue aussi massivement à la création de richesses et de valeur sociale dans un pays, le sujet devrait être d’intérêt national et de long terme.

Outre les mesures structurelles visant à créer un cadre compétitif pour que la France ait les moyens de lutter dans la concurrence internationale – et qui ne sont pas détaillées dans le cadre de cette étude dont l’approche est résolument subjective –, un changement d’attitude pourrait d’ores et déjà être adopté. Celui-ci pourrait prendre les formes suivantes :
- Accorder davantage de reconnaissance aux chefs d’entreprise.
- Stabiliser les cadres fiscal et social.
- Favoriser le dialogue entre le gouvernement et les grandes entreprises, via un Conseil pour la compétitivité et l’emploi, à l’instar de ce qui existe au Royaume-Uni et aux États-Unis.
- Inciter les dirigeants d’entreprise à prendre la parole plus souvent et plus fortement dans le débat public.
- Centrer les efforts sur les opportunités qui permettront à la France de produire services et produits à haute valeur ajoutée.
- Renforcer l’accompagnement des PME par les grandes entreprises au moyen d’une intégration plus systématique dans les projets stratégiques ou les processus d’innovation lancés par les grandes entreprises.
- Faire émerger des champions européens.

Pour aller plus loin

(1) Étude réalisée par McKinsey & Company, portant sur deux cent vingt-neuf grandes entreprises que comptait la France en 2010, au sens de l’Insee, à partir de données publiques disponibles (données 2013 qui seront actualisées fin 2015).


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Vendredi 23 Octobre 2015
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