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L’investissement dans les petites et moyennes capitalisations : une solution aux obstacles à l’ISR ?


Mercredi 14 avril 2010, Europlace a tenu un colloque sur les attentes des épargnants en matière de produits financiers durables, auquel IRSE management a pu assister. En effet, avec le développement des fonds ISR il semble en effet déterminant de reconnecter l’offre et la demande en matière de produits financiers durables et de surmonter les obstacles à l’ISR. La difficulté n’est pas mince, et le récent retrait de « l’étiquette développement durable » des Caisses d’Épargne le prouve. Pourtant, l’initiative avait été saluée de tout bord lors de sa création en 2008.



Patrick d’Humières
Patrick d’Humières
Les limites au développement de l’ISR restent fortes

De nombreux acteurs participants au colloque ont déjà présenté les limites dont pâtit le marché de l’ISR aujourd’hui, et le manque de lisibilité des produits ISR pour les épargnants n’est qu’un symptôme parmi d’autres du flou qui règne sur ce marché. On peut rappeler ces barrières très brièvement : la complexité et la disparité de l’offre ISR (« best in class », offre éthique ainsi que les nombreuses variantes), le manque de matérialité financière du reporting ESG aux yeux des investisseurs, le faible poids par rapport aux encours totaux (2,4% fin 2009 d’après Novethic), les différentes appellations (ISR, IRD, IR, etc…), les préjugés quant à la sousperformance de l’ISR, le fait que les lignes des fonds ISR et des fonds traditionnels soient grosso modo les mêmes etc...

Les acteurs de la finance connaissent bien ces obstacles au développement de l’ISR, c’est pourquoi ils renouvellent leurs efforts collectifs pour dynamiser l’ISR, à travers la charte de l’ISR notamment.

Comment surmonter ces obstacles à l’ISR ? Les 4 axes de développement proposés par Europlace

Bien que les obstacles soient connus, les solutions pour les surmonter mettent du temps à émerger et à être mises en oeuvre. Le colloque a ainsi été l’occasion de rappeler les 4 axes de développement de l’ISR qu’Europlace a initié en France avec le soutien des fédérations. Le premier, les efforts de recherche sur la performance financière des stratégies ISR via la FDIR, est déjà en cours.

Le second levier pour porter l’ISR français consiste à faire reconnaître les engagements français et internationaliser les démarches ISR vers l’UE mais aussi dans le monde. A cet égard le groupe de travail de la Commission Européenne sur le sujet annonce les prémisses de l’européanisation de la démarche.

Un troisième point a été soulevé, et il s’inscrit en plein dans le débat sur le reporting des entreprises de l’article 83 de la loi Grenelle 2. Il s’agit d’inciter les entreprises à améliorer leurs pratiques de reporting développement durable vers plus de matérialité financière pour les investisseurs.

La quatrième idée est tout à fait fondamentale. Il faut redonner à la finance sa place de « facilitateur », de levier pour la croissance durable et la création de valeur durable. De fait c’est le rôle sociétal de la finance.

Un axe de développement à renforcer : L’ISR à destination des small & mid caps

Ces 4 leviers de développement sont importants, mais L’ISR prendrait tout son sens s’il se portait en priorité vers des petites & moyennes capitalisations, par exemple des entreprises innovantes et dynamiques sur les marchés « green tech » qui ont besoin de capitaux. Or d’après Novethic, l’ISR se tourne à 86 % vers les grandes capitalisations fin 2008 (alors que le CAC 40 représente environ 70% de la capitalisation boursière totale de la place de Paris). D’où les critiques régulières contre l’ISR sur le fait que l’on retrouverait gross modo les mêmes lignes dans les portefeuilles entre les fonds ISR et les fonds traditionnels actions.

C’est aussi source de confusion et de frustration pour l’épargnant, notamment pour les plus engagés qui se refusent à investir dans un fonds ISR s’il intègre des sociétés stigmatisées comme étant très polluante. C’est un vrai problème, car l’investisseur qui choisit des fonds ISR s’attend à ce que son épargne soit placée dans les « meilleurs de la classe », dans les entreprises les plus exemplaires. Sauf qu’aucune grande société du CAC 40 n’échappe aux critiques et aux controverses, que ce soit à l’annonce d’excellents résultats, de plans de licenciement, de projets de délocalisations, de bonus versés aux dirigeants…et cela peut freiner les épargnants qui veulent investir dans l’ISR. Peut-être qu’investir dans des entreprises de taille plus réduite, moins exposées aux médias, permettrait de limiter le flou autour de l’ISR.

L’efficience des actifs ISR

Pour ce qui est de l’efficience de l’ISR per se l’investissement dans les petites & moyennes capitalisations prend également tout son sens. La contribution de l’ISR au développement durable est de limiter l’accès au capital des entreprises qui négligent leurs impacts ESG, augmentant ainsi leur coût du capital. L’ISR serait donc susceptible d’avoir plus de poids pour des sociétés à faible capitalisation boursière, alors que le poids de l’ISR (2,4% fin 2009, d’après Novethic) reste marginal pour les grandes capitalisations.

L’orientation vers les petites & moyennes capitalisations aurait aussi le mérite de faciliter l’analyse ESG (Environnement, Social, Gouvernance). En effet, difficile de saisir la performance ESG de grandes multinationales, dont les activités sont multiples, dont le périmètre de reporting reste restreint, etc… Dans l’optique de l’engagement actionnarial les dirigeants de PME sont aussi plus à même de pouvoir rencontrer les analystes, qui pourraient du coup proposer des idées au management plus facilement. En ce sens, la création de l’indice Gaia fin 2009 par l’agence de notation extra-financière Ethifinance, en collaboration avec IDMidCaps, va dans le bon sens.

On l’oublie souvent, mais ISR rime aussi beaucoup avec finance à long terme. Dans la mesure où les mouvements dans le capital des small & mid caps sont moindres, l’ISR peut contribuer à financer des entreprises qui voient à long terme. Or beaucoup d’observateurs s’accordent à dire que la valeur financière de la performance développement durable s’apprécie d’abord et avant tout à long terme.

Au final, l’ISR est une pièce fondamentale du puzzle pour composer une économie durable. Alors que les grandes capitalisations concentrent l’attention de l’ISR pour l’instant, c’est pourtant vers les petites & moyennes capitalisations que l’effet de levier peut jouer le plus.

Patrick d’Humières
www.company21.fr

Dimanche 26 Septembre 2010
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1.Posté par SABARDINE Denis le 27/09/2010 19:45 | Alerter
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Excellent article! J'ajouterais aussi le fait que les grands réseaux bancaires ne font pas grand chose pour promouvoir l'ISR. En outre, si l'Etat encourageait fiscalement l'investissement ISR dans les small & mid caps, cela faciliterait les choses. Et les investisseurs pourraient plus suivre leurs investissements (connaître les entreprises du fonds dans lesquels ils investissent et leurs performances) et donc aider ainsi, via contrôle, à améliorer la performance globale des entreprises. Enfin, le fait que pour bénéficier de divers avantages fiscaux, il faut que...les projets ou entreprises financées soient en France! La semaine de l'ISR du 4 au 10 octobre ne sera pas de trop pour aider à faire la promotion de l'ISR (critiqué récemment par les Amis de la terre) et pour faire prendre conscience aux gens que leur épargne "peut faire la différence" et peut servir à construire un nouveau modèle économique plus durable.

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