Digital Finance, Cryptofinance Daily News | Innovation, Transformation


              



L’éthique oubliée et occultée du développement durable


Le concept est singulièrement absent des débats. Que ce soit à propos de la finance ou de l’économie.



Cyril Demaria
Cyril Demaria
«Wenn ich Kultur höre... entsichere ich meinen Browning». Les dérives sémantiques qui affectent le concept de développement durable participent de la même erreur intellectuelle. La Commission mondiale sur l’environnement et le développement l’a défini en 1987 comme un «développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs» (rapport Brundtland). Sa mise en oeuvre repose sur trois piliers d’égale importance: économique, social et écologique.

Le fait que le critère économique ait disparu au profit de critères «environnemental, social et de gouvernance» (ESG) a tout changé. En effet, en disparaissant officiellement des piliers, le primat de l’économie est de fait affirmé. Le raisonnement implicite est: c’est parce que l’économie prime qu’il faut la limiter par des critères ESG. Qui dit économie, dit finance et cette dernière n’a bien évidemment pas tardé à s’emparer du développement durable comme d’un concept marketing pour proposer des produits «best in class» ou thématiques.

un concept pourtant potentiellement disruptif pour elle. En posant l’égalité entre économie, social et écologie, le développement durable faisait implicitement primer le concept d’éthique. L’éthique, portée par Adam Smith, Max Weber, Amartya Sen, et bien d’autres grands penseurs des sciences politiques, garantit l’équilibre des pouvoirs dans les sociétés humaines. L’éthique est pourtant singulièrement absente des débats, que ce soit à propos de la finance ou de l’économie.

En acceptant le glissement sémantique vers les critères ESG, le concept de développement durable est mis en péril: il devient au mieux une source de critères technocratiques d’émissions de droit au carbone, au pire un cache- sexe marketing pour des produits financiers sans réelle valeur ajoutée. Tout comme la soft law risque de miner l’autorité de la vraie loi (L’Agefi du 6 décembre), les critères ESG font évoluer le développement durable vers l’impuissance.

Un exemple des sujets qui devraient porter à débat: l’avènement du tourisme de masse depuis les années 1970. Officiellement source de développement économique pour les pays accueillant les touristes, les conditions de ce tourisme de masse sont une source de questions majeures. Tout d’abord, le tourisme de masse dégrade l’environnement (transport aérien et comportements sur place). Ensuite, le tourisme de masse crée des chocs économiques et sociaux (différences de revenus, économie de la mendicité, de la copie ou de la prostitution…). Enfin, le tourisme de masse a des conséquences éthiques, à savoir: la dégradation des cultures locales face à l’afflux de touristesconsommateurs et peu respectueux des populations et sociétés humaines visitées.

Le bénéfice pour le touriste est en lui-même une question: hormis quelques photographies et objets-souvenirs, quel bénéfice individuel et collectif en retiret- on? Quels ont été les contacts et échanges mutuellement profitables au plan humain, social et culturel qui se sont noués? Que rapporte le touriste chez lui qui fasse progresser sa société d’origine? Tout comme l’automobile a été reconnue comme à la fois une catastrophe écologique (pollution), mais aussi sociale (hyperindividualisme et égocentrisme), le tourisme doit être réévalué dans sa dimension pathogène pour les sociétés humaines. La différence est que s’il n’existe pas de constructeurs automobiles suisses, le pouvoir économique des acteurs du tourisme implantés en Suisse rend ce débat politique bien malaisé.

Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Mercredi 12 Janvier 2011
Notez


DISCUSS / DISCUTER

1.Posté par Rémy Mahoudeaux le 14/01/2011 08:54 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Bonjour,
J'aime beaucoup l'exemple du tourisme cité qui met bien en évidence le primat de l'économique et le risque élevé de window dressing. Mais il n'est déjà pas possible d'objectiver de façon absolue une décision sur un macro critère (ex rentabilité A > B mais payback B avant A) et nous souhaitons maitriser une combinatoire de 3 macro-critères : économique, écologique et social : si quelqu'un a un moyen de sortir du subjectif, merci de se manifester ... nous sommes donc condamné à perpétuité à une dubitative paranoïa face aux affirmations de tous, et à l'humilité de reconnaitre que nos jugements sont subjectifs !


Les derniers articles publiés sur Finyear

Recevez notre newsletter quotidienne comme plus de 40.000 professionnels de la gestion et de l'innovation financières


LE TRESORIER


Cryptocurrencies


Finyear - Daily News