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L’écologie et la politique : une affaire de stratégie ?


Suite à notre précédent titre « SVP : une croissance partagée…. Sinon rien ! (1) » et compte tenu de ses « réserves » quant à l’utilité de la croissance, nous nous interrogerons ici sur les « chances » qu’a le mouvement écologiste d’accéder aux « manettes » … sur la meilleure stratégie qu’il lui faut adopter entre une stratégie franchouillarde d’un rapprochement fusionnel avec la Gauche (socialiste), le « marcher seul » ou celle, plus ambitieuse encore, qui jouerait d’emblée la carte européenne…



Rémi Guillet
Rémi Guillet
La pratique de l’écologie est aussi vieille que l’humanité, le respect de la nature et de l’environnement ayant été la condition sine qua non de la survie de notre espèce pendant de nombreux millénaires… une pratique qui s’est renforcée avec une croyance judéo chrétienne voulant que Dieu ait confié à l’homme la garde de cette part de Sa création….

Ainsi l’écologie a été, comme la prose de Monsieur Jourdain (2), pratiquée sans le savoir…. jusqu’à ce que les grandes découvertes scientifiques et les avancées technologiques des XIX et plus encore celles du XX siècles viennent perturber les esprits (3) …

Fort de ses découvertes et inventions, l’homme a cru pendant quelques décennies qu’il pourrait ou même devait dominer la nature… Aujourd’hui, le doute s’est installé et de plus en plus souvent la conscience collective interpelle… Cependant il est difficile de renoncer au défi de domination qu’offre la perspective scientifique, de désavouer ce qui a été adulé et été à la base de la quête existentielle de nombreuses générations…

Alors quelles chances a l’écologie de devenir une force de proposition politique dominante dans les démocraties modernes, et plus encore d’accéder au « pouvoir » décisionnel ? Par exemple, en France, le mouvement écologique a-t-il sa place à côté de la Gauche ou de la Droite ? Doit-il être plus humble et se contenter d’être un « supplément d’âme » (4) ici ou là ? Au contraire doit-il avoir de plus grandes ambitions ?


L’écologie politique et le clivage français Gauche / Droite


L’écologie et la Gauche

Ecologie et Gauche ont en commun leur « humanisme » avec sa part d’idéal et d’utopie…
Mouvement enclin à s’unifier sur des bases contestataires, voire à s’unir avec d’autres mouvements d’opposition, le rapprochement de l’écologie avec la Gauche est facilité quand cette dernière n’est pas aux « commandes »…

Dans le même temps, la Gauche reste divisée quant au niveau de priorité à accorder aux exigences écologiques (penser à la taxe carbone)… La Gauche peut aussi être rassemblée mais rétive aux propositions écologiques (penser au dossier nucléaire)…

L’écologie et la Droite

Avoir un engagement à Droite et une sensibilité écologique est aussi possible… Des personnalités politiques sincères et de premier plan peuvent en témoigner aujourd’hui en France.

Foncièrement, le clivage Gauche / Droite et l’écologie n’appartiennent pas au même plan, ne se situent au même niveau ! On a plus ou moins consciemment la sensibilité écologique (ou on ne l’a pas !) bien avant d’être de Gauche ou de Droite…

Le clivage Gauche / Droite tel que nous le connaissons aujourd’hui est né avec l’ère industrielle, puis s’est radicalisé avec le productivisme qui en a découlé. Il est l’image de la lutte entre le travail et le capital pour l’octroi des richesses produites (et le pouvoir qui l’accompagne), lutte exacerbée par les analyses de Marx… Ce clivage est donc né à une époque faisant l’impasse sur les problèmes écologiques (qu’il s’agisse de la ressource minière, énergétique, de la problématique sanitaire et environnementale) générés par une « production » de plus en plus industrialisée et intensive.

L’écologique politique transcende les luttes du siècle passé, transcende le choix prioritaire entre l’intérêt collectif et l’intérêt privé, l’écologique politique donne la priorité au respect de l’environnement, de la nature, au maintient des équilibres vitaux… En cela elle renie le productivisme, dénie le tapis de jeu des forces politiques traditionnelles. Ceci explique aussi que l’écologie politique a longtemps fait figure de mouvement décalé, marginal.

L’écologie et la croissance …

A Gauche comme à Droite, le modèle économique est resté productiviste, basé sur une nécessaire croissance économique (fût - elle à crédit !) clé de voûte des gouvernances de tous bords, de tous niveaux… Comme corollaire, il est donc présupposé aussi bien par la Gauche que par la Droite que l’énergie et plus généralement les matières premières seront indéfiniment disponibles (« gracieusement » offertes par Dame Nature, en réalité seule à payer la facture !) et en quantité toujours plus grande !

Acceptant la prise de conscience et les priorités écologiques, Gauche et Droite perdent donc leurs repères, leur assise économique et… politique.

Dans le même temps, si l’écologie politique a pris conscience de la fragilité des bases de l’économie moderne, elle ne dispose pas aujourd’hui de modèle alternatif probant, capable de relayer en pratique le « modèle » économique en cours.


Par ailleurs, l’écologie politique, comme les autres forces politiques, ne peut ignorer l’inéluctable croissance des besoins d’une population mondiale en croissance démographique exponentielle !


Alors concrètement, tout en acceptant le principe d’une croissance minimale, l’écologie politique doit être capable d’expliciter des innovations en rupture, doit être capable d’assurer la « sélectivité » de projets pour une croissance (minimale) incontournable et compatible avec ses « fondamentaux »…


Porteuse d’un nouveau modèle, l’écologie politique doit tout réinventer !

Si, comparée aux forces politiques traditionnelles, l’écologie politique est indéniablement un mouvement à part entière, totalement démarqué dans ses aspirations les plus profondes du clivage politique Gauche / Droite, il lui faut désormais passer du discours et autres incantations aux actes, il lui faut écrire son programme de « pratiques gouvernementales »…

Alors, le mouvement qui n’a pas de raison d’emboîter le pas aux partisans de la croissance zéro, aux « décroissants », peut tirer le meilleur parti d’un futur qui lui sera favorable (on en est quasiment certain !) : moins d’énergie fossile disponible, des énergies de substitution (renouvelables ou non) toujours très coûteuses à produire, réduiront naturellement les productivisme et consumérisme déjantés de la deuxième moitié du XXième siècle.

Ce futur sera donc nécessairement plus respectueux d’environnement, ouvert à une économie radicalement nouvelle, valorisant les vertus de proximité entre production et consommation, entre habitat et travail, inventant des loisirs de proximité venus d’un nouveau regard sur notre proche cadre de vie… Une vraie opportunité pour que l’écologie politique parte sur un projet qui repositionne l’homme au centre de son biotope !…

Mais l’écologie politique - et ce n’est pas la moindre des difficultés !- doit aussi inventer un modèle capable de répondre à la quête existentielle exigée par une humanité « cervelée » qui ne peut se contenter de faire du « sur place ». C’est alors l’occasion de défis de « progrès » basés davantage sur le développement de l’Etre… et moins sur celui de l’Avoir (5)…

A elle aussi d’inventer les mécanismes indispensables au partage équitable de la richesse produite (6) (Qu’elle soit réelle ou virtuelle devient ici presque secondaire !)… Un partage dramatiquement oublié par le modèle économique actuel… A elle d’accorder toute l’attention nécessaire et donner sa solution pour que ceux qui travaillent la terre, victimes aujourd’hui d’un véritable scandale économique qui n’épargne aucun continent, retrouvent leur dignité (sans oublier le sort des « travailleurs de la mer » qui n’est pas plus enviable !).

Dans ce contexte de très large remise « à plat », l’écologie politique se doit de réformer en profondeur le système financier. Ce monde fait d’illusions qui aujourd’hui booste la cupidité et impose des gouvernances absurdes au monde réel… doit redevenir l’utilité sociale qu’il a longtemps été, avec le souci d’assurer un vrai service au public…


Le temps est donc favorable à l’écologie politique. Et l’écologie politique est devenue une chance pour le monde dans la mesure où, ayant le projet d’un nouveau modèle de gouvernance, ses propositions seront marquées du sceau de la rupture…


Mais, nous venons de l’évoquer, si l’écologie politique a beaucoup à faire pour assumer son avenir, bâtir son programme, le faire accepter, se mettre en situation de l’appliquer, son succès est aussi… une affaire de stratégie….


La pertinence « politique » de l’écologie passe par la dimension européenne…
N’oublions pas : l’enjeu écologique est planétaire !
Malgré ses résultats aux dernières élections en France, le mouvement écologiste n’a pas de chance d’accéder au pouvoir avant très longtemps dans ce pays (par ailleurs, un succès à cette échelle resterait anecdotique par rapport à l’enjeu réel !).
Alors, la pertinence et les chances de succès de l’écologie politique passe par un « travail » à l’échelle continentale, suppose une stratégie européenne… Et la démarche du mouvement « Europe écologie » nous semble opportune car nous la ressentons comme inscrite dans cette « vision », susceptible à terme de porter le défi écologique à un niveau qui lui convient.
Ainsi, aujourd’hui, l’écologie politique, coordonnée et pratiquée au niveau européen, nous semble le chemin le plus sûr pour parvenir à de vraies nouvelles options et les assumer…
Le mouvement « Europe Écologie » a été initié en France à l'automne 2007 par plusieurs leaders écologistes pour les élections européennes de 2009. Ce rassemblement s’est confirmé en 2010 à l'occasion des élections régionales en France.
Au lendemain de ces régionales, Daniel Cohn-Bendit a lancé un appel à la constitution du collectif politique « Europe Ecologie-22 mars » (repris dès les lendemains par d’autres leaders…). Selon lui, ce collectif, « ni parti machine, ni parti entreprise », est un « enjeu de la maturité » qui permettrait à Europe Ecologie de se métamorphoser en « véritable sujet politique écologiste autonome, transcendant les vieilles cultures politiques, et les contours, la structure et la stratégie, seront définis par les futurs membres. Europe écologie propose notamment une conversion écologique de l'économie…

A lui seul, le patronyme « Europe écologie » est un signal fort, ambitieux, pertinent pour porter, le moment venu, le projet écologique européen.
Pour y parvenir, l’engagement à travailler ensemble de tous les mouvements écologiques européens est alors indispensable… dès maintenant. De quoi relancer, sous la bannière écologique, une construction européenne aujourd’hui bien « encalminée » !
La voie (voix ?) écologique, transcendant les clivages traditionnels, les intérêts nationaux, serait alors une des meilleures pistes pour sortir la politique européenne d’une certaine impasse, relever les nombreux défis structurels, culturels (avec, en bonus, l’idée d’avancer également vers l’émergence de nouveaux projets industriels communs nés de l’exigence écologique) !

En un mot, l’écologie (politique) est aussi une chance pour l’Europe… de ré exister au plan mondial !

Quant à D. Cohn-Bendit, dont le jardin est l’Europe (fait de hasard ou de nécessité ?), il nous apparaît plutôt comme bon stratège avec son appel du 22 mars 2010… à un moment où, par ailleurs, les climato sceptiques, faisant fi de tout principe de précaution, ont su fragiliser dangereusement le discours écologique !
Alors, faisons confiance à ce leader charismatique pour nous préciser, au bout du compte, l’étendue du territoire auquel il pensait ce jour là !

(1) Voir CFO News Edition du 24 mars 2010
(2) Cf « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière
(3)… Alors la sensibilité écologique s’est exprimée formellement à la fin du XIXième siècle dans certains milieux notamment religieux (celui des Franciscains par exemple) avec la transformation du monde née de l’industrialisation. De son côté, pour se manifester, l’écologie politique a attendu le XXième siècle, la fin des années 60, notamment avec le Club de Rome et ses positions en rupture radicale avec le courant très largement dominant d’une croyance sans réserve au progrès dû à la science et à ses applications technologiques, au bien - être associé au consumérisme, aux bienfaits de la croissance…
(4) Belle expression qu’affectionne notamment J.V. Placé d’Europe écologie mais, selon nous, en deçà du potentiel politique du mouvement écologique !
(5) Voir sur ce site « L’Être et l’Avoir…ou les deux faciès de la richesse » par R. Guillet
(6) De nombreux articles sur le thème du « partage de la richesse… » et signés Rémi Guillet sont accessibles sur le site de CFO News ou celui des éditions l’Harmattan.


Rémi Guillet, expert-partenaire CFO-news
guilletremi@yahoo.fr

Mardi 27 Avril 2010
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