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L’Europe sur le fil du rasoir


Depuis quelque semaines on est surpris par ce titre « Europe on edge » sur la page d’information financière de Bloomberg TV. On se prend à méditer : est-ce exagéré, comment en est-on arrivé là ? Puis, après avoir confronté tous les éléments et les opinions, on se forge une conviction. Certains n’hésitent pas à conclure : l’Euro est mort, la zone euro va se disloquer, les nationalités vont l’emporter sur le destin forgé par l’esprit du traité de Rome. Certes les tentations sont fortes.



Jean-Aymon Massié
Jean-Aymon Massié
Je ne crois pas à cette issue, malgré les graves tensions économiques et sociales. Ces tensions pourraient se produire dans les prochaines semaines dans les pays de l’espace économique européen ; en effet après les PIG, l’Espagne et peut-être la France, les pays de l’Europe Centrale seront secoués par des sursauts frénétiques et déstabilisateurs.

Le taux de chômage réel, traduisant un chômage structurel préoccupant, évolue entre 15 et 20% ; le taux de chômage des jeunes est voisin de 30% et celui des jeunes diplômés est effroyablement élevé. Cette situation mérite d’être soulignée : dans ces pays les jeunes diplômé de universités et des écoles d’ingénieurs se retrouvent à 23-26 ans chômeurs et endettés (car beaucoup ont emprunté pour financer leurs études) ; ils restent chez leurs parents et acceptent des « petits boulots », des emplois sans qualification pour payer leurs dettes. Désespérés et révoltés, ils constituent une poudrière et ils rêvent de refaire à leur manière « mai 68 ». Dans mes déplacements à l’étranger, mes entretiens avec des jeunes « bien formés », je mesure l’ampleur de ce malaise, dont la montée en puissance prochaine pourrait être foudroyant pour les institutions.

Je ne crois pas à la fin de l’euro, mais à la naissance d’une nouvelle Union Européenne. Cette Union renforcée disposerait de prérogatives élargies du fait du transfert de souveraineté de la part des Etats membres qui devrait s’accélérer à la suite de la crise en cours. A l’horizon 2011-2012 on devrait constater que l’Union Européenne se sera dotée d’une politique économique, budgétaire et fiscale commune. Cette transformation s’opérerait rapidement, d’abord par une convergence accrue des politiques économiques nationales et de gestion des budgets publics, ensuite par une harmonisation des régimes fiscaux, enfin par la mise en place d’une autorité européenne qui non seulement exercerait un contrôle étroit des déficits publics, mais aussi qui donnerait son approbation ou pas des budgets nationaux avant leur présentation devant les Parlements des Etats membres.

Cette disposition, non de circonstance, mais inscrite dans la durée, se traduit par « plus d’Europe », c’est-à-dire une Europe disposant d’un champs de responsabilités plus vaste, dotée d’institutions rajeunies ou mieux adaptées aux défis du monde actuel, capable de réduire les dysfonctionnements dans les politiques économiques nationales et de réparer les graves erreurs des gouvernements ; celles-ci ont été révélées au grand jour par la crise financière et les réactions brutales des marchés financiers. La faute n’est pas aux investisseurs institutionnels, ni aux marchés en général ; la faute incombe aux gouvernements de ces pays devenus vulnérables aux spéculations et incapables de supporter le « remède de cheval » imposé par le FMI.

Une monnaie commune ne peut subsister sans une autorité économique et politique commune, sans la création de moyens communs en matière de budget, de fiscalité, de réglementation et de supervision des marchés financiers. Une Europe politique devrait naturellement se forger peu à peu au-delà de la phase économique en cours ; elle dépasserait les orgueils nationaux et souverainistes ; elle pourrait repousser plus efficacement que le Etats les vieux démons nationalistes, xénophobes et racistes , qui nous conduiraient assurément à la catastrophe.

Je crois à la réussite de l’euro, au succès de la politique sage conduite par la BCE et son courageux président Jean Claude Trichet, épaulé efficacement par le président de l’Eurogroupe Jean Claude Juncker. Il faut le reconnaître, aujourd’hui pour sortir de la crise il faudra emprunter massivement sur un horizon de long terme, afin de relancer l’investissement et la création d’emplois, de financer la R&D et la formation, et ainsi renouer avec la croissance .Les Etats membres ont, semble-t-il, perdu toute autonomie, grevés durablement par les transferts des dettes privées (du secteur banque assurance) vers la dette publique ; ces montants ont été décuplés parce que les décisions n’ont pas été prises à temps, après plusieurs G20 « pour rien » !

La leçon de la crise pour les Etats et pour l’Union Européenne, comme pour les entreprises est l’inéluctable mutation à opérer sans tarder, un problème de gouvernance. La solution de ce problème de gouvernance exige de la lucidité, l’humilité, le courage et l’audace.

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Jean-Aymon MASSIE
Président de l'AFGE
Association Française de Gouvernement d'Entreprise
8 rue Henri Regnault - La Défense 6
92400 COURBEVOIE
www.afge-asso.org

Dimanche 30 Mai 2010
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