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Jeudi 18 Novembre 2021

Interview | Garantir l'accès au cash grâce à la mutualisation des réseaux de DAB


Entretien avec Stefano Cipollone, Responsable du développement commercial chez Auriga.



Stefano Cipollone, présentez-nous Auriga et ce que la société offre aux banques

Auriga est l'un des principaux fournisseurs de logiciels et de solutions technologiques pour les banques et les systèmes de paiement et propose aux institutions financières des solutions omnicanales basées sur les principes de l'ouverture et des logiciels multi-vendeurs. Grâce à notre architecture logicielle flexible, pensée pour le Web et à notre solution intégrée de gestion des DAB, les technologies d'Auriga permettent aux banques de générer des flux de revenus supplémentaires, d’accroître la rentabilité, de réduire les coûts inutiles, et de fidéliser la clientèle.

En effet, le logiciel WinWebserver (WWS) d'Auriga intègre nativement la capacité de gérer tous les autres canaux de distribution, créant ainsi une infrastructure multicanal efficace qui comprend les canaux de libre-service (DAB, terminaux de dépôt, terminaux de recyclage d'argent, terminaux de libre-service assisté, kiosques), les services bancaires en ligne, les systèmes de paiement par mobile et les affichages dynamiques.

Quelles sont les tendances qui ont émergé dans le secteur bancaire cette année ?

Smart, agile et à distance ont été les maîtres mots de 2021.
En termes de progrès technologiques et numériques, le secteur a continué sa transformation commencée en 2020 et a atteint un haut degré de maturité en même temps que l'on a repensé la relation des consommateurs avec les banques.

La relation client reste, en effet, l'un des éléments clés pour les institutions financières, qui sont de plus en plus engagées dans la création de la prochaine génération d'agences bancaires. Ces agences seront numériques, disponibles 24 heures sur 24 et dotées d'un bon mélange de canaux physiques et numériques.

L'année 2021 a également été marquée par la fermeture de nombreuses agences et la réduction du parc de distributeurs automatiques de billets (DAB). Selon le rapport Branch Transformation 2021 de RBR, le nombre d'agences bancaires en France a continué de diminuer au cours de l'année 2020, notamment avec la suppression de 500 agences. De même, le nombre de DAB a connu une réduction significative en France, passant de 53 349 à 52 095 en 2020 (Global ATM Market & Forecasts to 2026).

Un certain nombre d'initiatives ont vu le jour pour résoudre les problèmes qui en découlent, notamment le manque d'accès au cash. Il s’agit de la mutualisation des réseaux des DAB, une tendance qui a émergé en réponse au besoin pour les banques d'équilibrer la réduction des coûts avec la volonté de maintenir l'accès aux espèces et d'améliorer l'expérience client. Le projet belge de mutualisation des DAB, baptisé Batopin, annoncé en 2020 et déployé en 2021, en est un exemple probant.

En outre, les entreprises ont davantage de ressources à sécuriser du fait de la transformation digitale et la prévalence du télétravail. Nous avons vu une forte augmentation des cyber-attaques contre les banques cette année. Non seulement par le biais des canaux numériques ou des DAB physiques, mais aussi en exploitant la tendance du télétravail qui révèle des vulnérabilités exploitables par les cybercriminels. Par conséquent, la nécessité pour les institutions financières de se protéger afin de garantir une protection totale des données personnelles de leurs clients est devenue encore plus urgente.

Quelle est la situation avec des DAB en Europe, et plus particulièrement en France ?

Ces dernières années, de plus en plus de banques à travers l'Europe ont décidé de réduire le nombre de DAB, essentiellement en raison du déclin du nombre de clients utilisant les canaux bancaires traditionnels et d'une pression croissante pour réduire les coûts.

Dans ce contexte, la France reste le quatrième plus grand marché de DAB en Europe occidentale avec 52 095 machines à la fin de 2020, soit 798 DAB par million d'habitants. Le pays enregistre une densité de DAB supérieure à la moyenne de l'Europe occidentale (RBR's Global ATM Market & Forecasts to 2026). Cependant, en raison des incertitudes quant à la rentabilité du canal DAB, le secteur continue de rationaliser le parc.

En 2020, le nombre de DAB en France a diminué de 2 %, en grande partie à cause des programmes de restructuration des agences et de la suppression des DAB non rentables. En fait, en raison des préoccupations relatives à la rentabilité des DAB, du coût élevé de la location des sites et des coûts de mise à jour du matériel et des logiciels, le parc des DAB a diminué chaque année entre 2016 et 2020. On prévoit qu’en France, le parc va diminuer au cours des 5 prochaines années, pour tomber à 50.535 GAB d'ici fin 2026. Cela signifie une baisse annuelle moyenne de moins de 1 % et un déclin progressif de la densité pour atteindre 774 DAB par million d'habitants d'ici fin 2026.

On s’attend à ce que cette tendance baissière continue pour trois raisons : une baisse de la demande de l’espèce, des coûts d’exploitation élevés et des fermetures d’agences.

Qu'est-ce qu'une mutualisation de DAB, quels sont les avantages de cette approche pour les banques et les clients finaux ?

On parle de mutualisation de réseaux de DAB lorsque deux banques ou plus cèdent la propriété de leur parc de DAB à une entité distincte, qui exploitera ce parc partagé en partageant également les coûts de maintenance.

Un réseau mutualisé de DAB présente plusieurs avantages. Tout d'abord, il permet aux banques individuelles de réduire les coûts d'exploitation et de maintenance des DAB, tout en continuant à servir les consommateurs et à fournir un accès aux espèces dans des endroits où une demande relativement faible rendrait la présence d'un DAB non rentable.

La mutualisation des réseaux des DAB ne se limite pas qu’à fournir un accès aux espèces de façon rentable pour la banque. C'est une excellente occasion de repenser et de réorganiser la répartition du réseau de DAB de façon à ce qu'elle soit également bénéfique pour les utilisateurs finaux. Les DAB pourraient être installés dans des emplacements plus adaptés aux besoins et aux comportements des consommateurs : par exemple, les gares ou les centres commerciaux où la fréquentation et la demande en espèces sont plus importantes. Ceci pourrait être LA solution pour offrir un accès plus pratique au cash à la majorité de la population et rentabiliser la présence d’un DAB .

Un autre avantage réside dans la mise à jour régulière des logiciels et du matériel pour répondre aux contraintes actuelles relatives aux DAB, notamment les attaques physiques et cybernétiques dont ils sont souvent la proie. Cela est d’autant plus simple à réaliser avec une organisation dont le métier consiste à assurer la sécurité du réseau.

Le projet de mutualisation des DAB relève donc d'une vision plus large du rôle de la banque dans la communauté et de ses responsabilités sociales. En conjuguant des gains d'efficacité opérationnels et la relocalisation des DAB là où ils sont le plus nécessaires, les organismes financiers s'engagent à garantir l'accès aux services pour la communauté, même dans les endroits où la demande est faible.

Quelles sont les éventuelles difficultés rencontrées lors de la mise en œuvre d’un projet de mutualisation des DAB ?

Un projet de mutualisation des réseaux de DAB apporte aux banques quelques défis « motivants », notamment la révision approfondie de leur parc et de leur infrastructure DAB. Ainsi, la révision totale de l’infrastructure DAB permet de sortir des silos technologiques hermétiques qui entravent l’innovation.
Un autre défi que la mutualisation des DAB pose aux banques est que certains accords peuvent être difficiles à mettre en place et à faire évoluer, surtout s'ils sont conclus entre des banques concurrentes sur des marchés plus importants où l'argent liquide est encore couramment utilisé.

Quelles sont les tendances bancaires auxquelles nous devrions nous attendre l’année prochaine ?

En 2022, l’accès au cash sera l’une des préoccupations majeures des établissements financiers car chaque personne doit avoir le libre choix de payer avec la méthode de paiement qui lui convient le plus. Les commerçants qui n’acceptent pas les paiements en espèces ne placent pas les clients au centre de leur business et pourraient donc être confrontés à une forte opposition de la part des clients.


Parallèlement, le sans contact est devenu à présent une réalité, car il est très pratique et constitue le choix de paiement préféré de nombreuses personnes. Quant aux risques de fraude, il est possible de les limiter par le biais de réglementations et des mesures efficaces mises en place. Cela restera probablement un outil utilisé pour les paiements de moindre valeur et n'aura donc pas beaucoup d'impact significatif sur la demande des espèces.

Les banques vont devoir repenser complètement leurs stratégies en matière d'agences. La réduction des investissements immobiliers (liés à la réduction des agences physiques) doit s'équilibrer par une hausse des investissements dans les technologies de pointe afin d'offrir aux particuliers et aux entreprises un nouveau modèle d'agence, plus agile, basé sur un modèle « lean »(#NextGenBranch).

La flexibilité et l'efficacité d’une banque ne peuvent être garanties si les technologies de pointe ne sont pas pleinement exploitées. De plus en plus d'institutions financières s'en rendent compte en s'engageant dans ces processus de modernisation et d'optimisation.

Alors que les banques cherchent à offrir de nouveaux services bancaires via leurs applications, elles doivent s’assurer que ces services soient de la même qualité que ceux proposés dans les agences. Les clients devront accéder aux services d’une manière sécurisée : soit à distance pour les opérations quotidiennes ou en agence pour les opérations plus complexes nécessitant un conseiller bancaire.



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