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Gratter le sous-jacent

Lors d'une réception où nous partagions un verre et des petits fours ensemble, un capital-riqueur et moi convenions que le travail de financier est parfois de gratter le sous-jacent. Pour lui, il s'agissait de torturer le business model / business plan des solliciteurs pour arriver à se faire une opinion sur une opportunité d'investissement. Dans mon ex-métier de CFO, les occasions existent aussi : confronté à de potentielles acquisitions, le processus d'analyse est le même pour ce qui est de l'examen de la cible. L'analyse des coûts et des performances d'une période relève aussi de cette discipline. La préparation d'une levée de fond est là encore similaire au ponçage à coup de papier de verre de grain de plus en plus fin avant de poser une belle couche de peinture neuve ...


Rémy Mahoudeaux
Rémy Mahoudeaux
Pourtant, il y a des défauts :

Automne 2008 – les excédents de trésorerie de certains de mes clients sont placés en sicav monétaires. En bon paranoïaque, je relis le prospectus de la sicav. Je constate qu'elle peut investir dans des dérivés de crédit. Je pose donc la question au chargé de compte : est-ce qu'il y a des CDO et des CDS dans votre sicav. La réponse est « Mais bien sûr que non, Monsieur Mahoudeaux, chez nous tout est propre ». Et je reçois par mail une superbe extraction sous un tableur leader sur son marché avec la composition de l'actif de la sicav. Que je lis. Pour constater bien évidement que des CDO et des CDS trainaient ça et là. Je ne crois pas à de la malice du chargé de compte, je crois tout simplement qu'il n'a pas gratté le sous-jacent. Ou alors qu'il ne sait pas ce qu'est un dérivé de crédit.

Est-il possible d'évoquer la crise des subprimes en prétendant ignorer la longueur de la chaine des personnes qui n'ont pas gratté le sous-jacent, que ce soit par cupidité, bêtise, faiblesse ou à dessein : de celui qui a instruit (si peu, mais c'est le terme qui convient) le dossier de crédit à ceux qui ont financé, puis ceux qui ont titrisé et/ou dérivé, ceux qui ont noté, ceux qui ont vendu et ceux qui ont acquis ces produits devenus du fait de cette incurie, hautement toxiques.

Même questionnement avec les scandales Madoff ou Kerviel, comment ne pas s'étonner de la passivité des bailleurs de fonds & régulateurs : doivent-ils se satisfaire des seules informations à sa disposition, sans chercher par des moyens suffisants de vérifier qu'elle représentent de façon sincère et fidèle une situation qui se traduit par un niveau de risque, acceptable ou non. Et surtout, dès qu'un signal d'alarme est tiré, peut-il s'exonérer de cette salutaire analyse qui confronte la substance du sous-jacent avec la représentation que l'on souhaite faire avaler ?

Gratter le sous-jacent : pas une maladie comme les morpions d'une célèbre publicité, une obligation morale.

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx

boss@remsyx.com
www.remsyx.com

Jeudi 6 Octobre 2011




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