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Gérôme : l'histoire en spectacle, exposition


Gérôme: l'histoire en spectacle, exposition - Paris, Musée d'Orsay. Du 19 octobre 2010 au 23 janvier 2011



Gérôme : l'histoire en spectacle, exposition
Expositions
Gérôme: l'expérience académique


A Paris, jusqu'au 23 janvier 2011, le Musée d'Orsay présente une rétrospective attendue dédiée au peintre académique Jean-Léon Gérôme. Plutôt que de souligner le respect du peintre aux règles de l'art classique, l'exposition magistrale de Paris indique les audaces expérimentales d'un créateur d'images, véritable génie narratif entre peinture et ... sculpture. Passionnant.

Même s'il fut l'élève de Paul Delaroche, Gérôme s'inscrit dans la filiation idéale d'Ingres et cultive à sa suite la perfection du beau métier léché, illusionniste jusqu'à la minutie photographique. Né en 1824, mort en 1904, Jean-Léon Gérôme accompagne l'essor et les derniers feux du romantisme français mais acclimaté au style académique qui suppose la reconstitution archéologique des tableaux d'histoire, mythologiques, néo antiques (on dira "grecs"), perfection formelle, auxquelles le peintre ajoute un érotisme sous-jacent, permis par le prétexte des sujets.
L'exposition de Paris va plus loin qu'une énième rétrospective sur un peintre virtuose, capable comme peu d'éblouir par sa technique classique. Elle démontre la profonde ambivalence de sa peinture: jusqu'où peut-aller la perfection de la touche et du métier ? Comment renouveler l'esthétique académique? Il s'agit donc aussi d'une vision critique sur l'académisme.
Non seulement le Musée d'Orsay dévoile l'audace expérimentale d'un Gérôme pluridisciplinaire (il fut aussi sculpteur), il s'agit aussi de mettre en lumière son génie comme créateur d'images. S'il avait vécu au plein XXè, à l'époque du cinéma, Gérôme aurait été un réalisateur de premier plan à Hollywood et pour les studios Disney comme à Bollywood. Son sens du drame, le souffle épique de sa narration, son imaginaire qui exacerbe un goût des atmosphères comme des détails vrais, font de lui le précurseur du kitsch, des péplums, des chromos populaires. Souvent ses dispositions ont un rythme chorégraphique (les coureurs du Pacha, 1867).

La série des toiles sur les jeux du cirque romain (combats des gladiateurs dont Pollice Verso de 1872 qui fait l'affiche de la rétrospective, ou massacres humains) mais aussi l'assassinat de César; les toiles historiques à l'époque de Louis XIV, ses superbes paysages égyptiens et orientalistes (Le mur des Lamentations...), comme ses nombreux portraits (Charles Garnier, Rachel...) indiquent la disparité remarquable de son oeuvre. Contemporain de Massenet, Gérôme rejoint aussi l'opéra : la peinture d'histoire étant dans le système académique l'illustration d'un art total où le dessin et la couleur associés, réussissent en une composition maîtrisée la grandeur d'un sujet grâce à la vraisemblance des natures mortes, des portraits, des drapés accumulées (Le Roi Candaule, 1859 qui revisite la composition d'Antiochus et Stratonice d'Ingres)... Il crée aussi des mythes féminins comme l'auteur d'Esclarmonde, Thaïs, Hérodiade, Manon... Ses Corinthe assise comme un nouveau sphinx sur une colonne à la façon des Stylites comme Siméon (1904), ou Marie-Madeleine (1897), nouvelle icône virginale byzantine ou extrême orientale, source des fantasmagories dignes de Star Wars, sont des aboutissements fascinants entre polychromie et sculpture (chryséléphantine: l'ivoire est utilisée comme chez Phidias pour restituer la chair des héroïnes).

Gérôme reste aussi l'un des rares peintres, parfaits illustrateurs des instruments de musique. Ses peintures en sont riches : Anacréon, Bacchus et l'Amour (1848), le charmeur de Serpent (1880), l'Almée (1888), ... Bachi bouzouk chantant (1868), le Barde noir (1888): chef d'oeuvre de fixité musicale (voir la lyre archaïque représentée à gauche, l'un des plus beaux instruments représentés dans l'oeuvre de Gérôme)...
Dans la première section de l'exposition, on ne saurait trop admirer, à la suite de Dürer et sur un fond vert lumineux, ce portrait de Charles Garnier (1877) dont Gérôme sait fixer le tempérament et la présence psychologique avec une acuité pointilleuse, là encore délectable.

Autre coup de coeur et chef d'oeuvre de narration inventive : La sortie du Bal Masqué (1857) qui a fait de Gérôme, le rival triomphant de Couture sur le même thème (inspiré d'un duel avéré). Ce Pierrot lunaire mourant dans les bras de ses compagnons, après l'estocade qui lui est fatale rejoint le théâtre lyrique (comme son titre qui renvoie à Verdi): on ne peut s'empêcher d'y reconnaître tout le climat du vérisme ambiant. Il y a du Paillasse dans cette image maintes fois reproduite du vivant de l'artiste (Gérôme a très tôt su comprendre et utiliser les bénéfices de la reproduction commerciale des oeuvres d'art). C'est le miroir hypnotique d'une société parvenue, sous l'influence de la photographie naissante aux confins de l'illusionisme dont la fabrication ambitionne un marché de masse. Or Gérôme retrouve ici, malgré la perfection formelle de sa touche, une nouvelle poésie capable de toucher notre imaginaire.

Degas le trouvait "pornographique" (en parlant de sa Phryné de 1861); Zola regrettait qu'il avait dénaturer l'art en réduisant la peinture à une fonction mécanique... Gérôme a t il réellement tuer la peinture en lui ôtant à force d'excellence technicienne, son âme et sa grandeur morale? Pas si sûr.
A ceux qui lui reprochèrent de réduire la peinture d'histoire à des anecdotes anacréontiques et libidineuses (Les jeunes grecs ou le combat des coqs, 1848- illustration ci-contre, ou Daphnis et Chloé où le jeune homme voit sa nudité couverte par un bouquet de fleurs porté par sa main en un geste équivoque), l'impact préservé de ses créations aujourd'hui apporte un démenti pour sa réhabilitation. Exposition majeure.

Exposition Jean-Léon Gérôme, l'histoire en spectacle. Paris, musée d'Orsay, du 19 octobre 2010 au 23 janvier 2011. Niveau O. La rétrospective présentée au Paul Getty Museum de juin à septembre 2010, partira ensuite à Madrid de mars à mai 2011.

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Jeudi 21 Octobre 2010
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