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François Hollande et la Sociale-démocratie


Un économiste américain assez peu cité, philosophe et économiste professeur à Harvard et décédé en 2002 est un bastion de la sociale-démocratie. Il s’agit de John Rawls et sa célèbre théorie de la justice, 1972. Son idée est que seuls les équilibres pareto améliorant qui reposent sur l’analyse marginaliste des situations individuelles sont tenables. Ici, les ressources ou les opportunités économiques doivent reposer sur l’égalité des chances, les libertés de base égales pour tous et l’attention exclusive aux plus démunis dans la redistribution étatique. Ce sont ces principes qui devraient guider aujourd’hui un programme concret et réaliste de politique économique.



Pascal de Lima
Pascal de Lima
Il semblerait que l’économique ait récemment pris le pas sur le politique. D’ailleurs les amortisseurs sociaux font partie de l’économie. Ces derniers ont permis en effet d’amortir les effets économiques de la crise financière. Le problème de l’économique est qu’il reste globalisé alors que le politique est localisé. D’une certaine façon, une élection présidentielle, bien que porteuse d’espoir, a un enjeu assez limité, pour ne pas dire que les marges de manœuvre du politique restent très limitées lorsqu’il s’agit d’atténuer les effets de l’économie. Cette idée est très connue. Moins connue est celle de la transformation des messages politiques. Autrefois ancrés dans l’économique, ils s’en distancient de plus en plus pour former des slogans électoraux, on appelle cela des propositions politiques. Une offre politique aussi. C’est aussi un puissant catalyseur d’embrigadement des masses et de manipulation. La culture économique étant ce qu’elle est, le politique reste enchaîné par les exigences du marketing.

Le président de la république fraichement élu, sera donc soumis à l’épreuve du principe de réalité. La réalité, en France, c’est que la campagne électorale des présidentielles demande aux politiques de tout mettre en œuvre pour convaincre une majorité de citoyens de leur aptitude à prendre les bonnes décisions dans un contexte à très faible marge de manœuvre. La victoire du Président est une victoire de l’irréelle sur la réalité. C’est la victoire des promesses d’une offre politique sur la réalité économique mal connue et donc automatiquement extrapolée, sans ancrage, autour de son caractère anxiogène. Le politique a réussi sa vente à un électeur-consommateur qui, trop souvent, choisi l’emballage le plus prometteur ou le slogan le plus frappant, au détriment du contenu et de concordance avec la réalité de cette offre politique.

Si le Président souhaite réduire l’écart entre le marketing politique consumériste et la réalité économique complexe mais pourtant décomposable et traitable, il faudra absolument éviter certains écueils et s’orienter vers un programme économique sociale-démocrate.

Il ne faut donc pas :

- Etre inapte en diplomatie… Cela se manifeste par des discours péremptoires méprisant les réalités des partenaires étrangers et leurs choix. Ce genre d’attitude rend le discours inaudible et irréversible pour de longues périodes.

- Aller trop vite… car un matraquage vers l’idée politique n’est pas en réalité un marketing très ciblé. Au contraire ici, il s’agit d’une manipulation d’un électorat qui cherche son intérêt quitte à s’écarter de l’idéal d’une société sociale-démocrate, à savoir ; l’égalité des chances, le principe de liberté et l’attention aux plus démunis qui devrait être au cœur du programme économique. Or cette réalité économique qui aurait pu faire l’objet d’un vrai programme politique a accouché de propositions marketing dérisoires, d’un coup de pouce de 20€ au SMIC à la vague promesse d’un retour à la retraite à 60 ans qui ne concernerait au final que 110 000 français.

- Il faut éviter ensuite de prendre des mesures entrainant un blocage du système : Le blocage des prix, par exemple, est une idée payante électoralement parlant mais constitue une véritable hérésie économique. En effet, l’histoire économique nous montre à de multiples reprises que ce genre de décision a des effets désastreux à terme (le blocage des loyers en 1914 a obéré toute rentabilité de ce type d'investissement et les propriétaires de logements existants ont cessé de les entretenir, sans parler des pénuries de logement). Des mesures d’encadrement des prix, comme en Allemagne, sont préférables, si elles ne concernent que certains biens et si elles sont adaptées au principe d’égalité des chances des entreprises, de la liberté entrepreneuriale et de soutien aux petites entreprises sans remettre en cause la pérennité des grandes…

- Il faut éviter aussi une mauvaise compréhension des enjeux avec l’Allemagne qui a connu la plus grave dépression monétaire de l’histoire du monde, perdu deux guerres mondiales, été dépossédée de sa « majorité » politique, conquis le monde commercial grâce à une grande qualité de ses produits, réussi à réunifier deux Allemagnes séparées par 45 ans de guerre froide, et enfin reconquis une des premières places économiques internationales. Pour autant la France, qui a su se réconcilier avec elle-même, ne doit jamais perdre de vue que l’histoire commune avec ce partenaire doit intégrer dans son approche toute la rigueur de gestion dont les Allemands, meurtris par la crise de 1930, sont capables de faire preuve. Ne pas comprendre cela, et vouloir imposer aux Allemands de sortir de cette rigueur serait une très grave erreur.

- Bien évidemment, il ne faut pas que l’enthousiasme, très relatif, des premiers mois de gouvernance, amène à dépenser plus que ce qu’il est possible de faire. Au-delà de l’aspect purement respectueux des règles budgétaires européennes (pour rappel : pas plus de 60% du PIB de dettes publiques et déficit public annuel inférieur à 3%), il est important de penser que dans un contexte où de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une relance par un creusement des déficits, ces dépenses supplémentaires doivent échapper à une logique clientéliste politicienne dans un objectif d’investissement de long terme et de soutien aux plus démunis, dont la propension marginale à consommer est la plus forte.

- La fiscalité doit aussi être globale et non anecdotique : S’il faut éviter qu’elle soit jugée inégalitaire, elle ne doit pas non plus verer dans la démagogie. Il faut revenir à un modèle fondateur de la sociale-démocratie qui doit reposer sur un pacte de croissance. L’impôt est un moyen pour l’Etat d’assurer le principe de l’égalité des chances. Une telle réforme doit s’inscrire dans un cadre global européen, et ne pas bloquer les investissements tout en assurant un sentiment d’égalité des chances pour tous.

Au fond, seul un pacte de croissance suffisamment global pourra redistribuer les cartes et faire en sorte que la politique ne devienne pas une arme de division des uns contre les autres, d’un groupe d’intérêt contre les autres, mais une refonte du modèle économique fondée sur les attentes légitimes de chacun.


Pascal de Lima et Jean-Paul Gomez

Pascal de Lima
Economiste et enseignant à Sciences-po Paris



Mardi 12 Juin 2012
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