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Et maintenant ? And now? (french & english versions)


The English version of this post can be found below.



Paul Jorion
Paul Jorion
Et maintenant ? Que va-t-on faire ? Maintenant que l’Espagne a perdu l’accès au marché des capitaux pour sa dette ?

Oui, la dégradation par Moody’s, hier dans la soirée, de la cote de l’Espagne de trois crans, de A3 à Baa3, n’a pas arrangé les affaires. Mais enfin, elle ne nous apprend rien qu’on ne sache déjà depuis le weekend dernier : avec un taux à 10 ans de sa dette souveraine, scotché au niveau des 6,75% (*), les carottes étaient de toute façon cuites pour ce qui est de financer sa dette sur le marché des capitaux.

Qu’est-ce qui s’était passé ? Les 100 milliards d’euros de plus obtenus des fonds européens par l’Espagne, et dont la nation elle-même est maintenant redevable, les règlements européens interdisant les renflouements directs de banques par leurs instances.

Vous avez remarqué que les règlements européens sont truffés de clauses de suicide programmé, dont on découvre toujours les implications comme aujourd’hui, dans l’urgence ? Certains, convaincus du pouvoir sans limite de la volonté humaine, vous expliqueront que c’est voulu : prévu de longue date pour la mise en branle un jour, du Grand Plan Secret. C’est plus banalement qu’il s’agit d’inventions humaines dans lesquelles la sélection naturelle n’a pas encore eu le temps de faire le tri.

Mais les Américains y étaient bien arrivés, à faire une grande nation avec plein de petits bouts ! Oui, mais justement : dans ce cas-là, la méthode par essais et erreurs a été utilisée à grande échelle : les États-Unis d’aujourd’hui ont dû passer par une guerre civile atroce pour clarifier un peu les choses. Et certaines cicatrices sont encore bien fraîches.

Déjà garder la Grèce dans la famille, c’est très dur. Plus le Portugal, plus l’Irlande, plus – aujourd’hui, en fin de matinée, Chypre. Mais l’Espagne, et on l’a dit tout de suite, dès la première alerte au début 2010, c’est trop à avaler pour ce qu’il restera de zone euro : ce n’est pas possible. Sans compter l’Italie très pâle elle aussi, sur une chaise dans le couloir du dispensaire.

Alors ? Et maintenant ?

Je l’avais expliqué le 5 avril 2010 – deux ans déjà ! – dans une chronique du Monde-Économie intitulée « Le fil rouge » : « Les gouvernements d’unité nationale sont pour bientôt, quand il sera devenu évident aux yeux de tous qu’aucun parti ne connaît à lui tout seul la solution des problèmes insolubles qui se posent, suivis alors de Comités de Salut Public, quand il sera clair que même tous ensemble ils n’y comprennent rien et – si Dieu nous prend alors en pitié – suivi enfin d’un nouveau Conseil National de la Résistance, au moment où il faudra, par-delà les divergences conçues aujourd’hui comme irréductiblement inconciliables, lancer une ultime tentative de sauver ce qui peut encore l’être ».

M. Hollande n’a pas encore atteint ce stade-là, convaincu qu’il est que si la croissance est ce qui convient à la France, le traitement de cheval de l’austérité convient mieux au tempérament grec. Pasok et Nouvelle Démocratie sortant vainqueurs des élections en Grèce, c’est ce qu’il souhaite aux Grecs. Et il n’a pas hésité hier à le leur dire. La reproduction en petit sans doute du couple à la Dubout France-Allemagne qui nous est offert en ce moment. La formule gagnante lui semble être celle de l’union d’un parti socialiste de droite avec un parti libéral, convaincus tous deux que mettre l’État-providence dans la naphtaline est beaucoup plus urgent que de mettre au pas la finance.

Notez que les Américains sont dans le même état d’esprit : hier M. Jamie Dimon, patron de J. P. Morgan Chase, était sur la sellette devant le Comité bancaire du Sénat américain. On lui demandait d’expliquer comment il se fait que sa banque a perdu par distraction entre 3 et 10 milliards de dollars. Les sénateurs du parti républicain ont consacré tout le temps de parole qui leur était donné à affirmer – et à vouloir que M. Dimon le confirme avec enthousiasme – que le grand souci en ce moment, c’est une réglementation trop stricte de la finance. À certaines époques, c’est comme cela, vous dis-je : le suicide programmé se retrouve absolument partout. Et je vous épargne les exemples les plus comiques.

Enfin, gageons qu’on travaille dur en ce moment-même à trouver des solutions à Bruxelles, qu’on nous concocte quelques plans astucieux qui pourront être mis en œuvre en 2014 ou en 2018. Pourquoi ces formules-miracles sont-elles toujours remises – c’est le cas de le dire – aux calendes grecques ? Pour laisser du temps au temps. Sauf qu’aujourd’hui, 14 juin 2012, c’est ça qui manque le plus : le temps précisément.

(*) 6,974% à 10h51.

ENGLISH VERSION:

And now?

And now? What are we going to do? Now that Spain has lost access to capital markets for its debt?

True, the downgrading yesterday evening of Spain’s rating by three notches by Moody’s, from an A3 to Baa3 has not helped matters. But after all, it hasn’t taught us anything that we didn’t already know last weekend: with a 10 year sovereign debt rate stuck around the level of 6.75% (*), the game was up anyway when it comes to financing its debt on the capital markets.

The cause of all this? The additional 100 billion euros obtained by Spain from the European funds, and for which the nation itself is directly liable, European regulations forbidding direct bail-outs from its institutions.

Have you noticed that the European regulations are packed with suicidal clauses, the implications of which we are still discovering today, in emergency situations? Some people, convinced of the unlimited power of the human will, will explain to you that this is deliberate: foreseen long ago for the setting in motion, one day, of the Great Secret Plan. A more down-to-earth explanation is that it is the result of human inventions which natural selection has not yet had the time to sort out.

But didn’t the Americans succeed, managing to found a great nation with lots of little bits?! True, but that is indeed the point: in that particular instance, the method of trial and error was used on a grand scale – the United States of today has had to endure a vicious civil war to clear things up somewhat. And some of the scars are still fresh.

Already, keeping the Greeks in the family is very hard. Add to that Portugal, plus Ireland, plus Cyprus (today, at the end of the morning). Nevertheless, Spain – and this was said from the start, right after the initial alert at the beginning of 2010 – is too big a morsel to swallow for the Euro zone to rest intact: it is just not possible. Not to mention Italy, also very pale, on a chair in the corridor of the clinic.

On the 5th April 2010– already two years ago! – I had explained it in an article for the Monde-Economie entitled “The red line”: “There will soon be national unity governments, when it becomes evident to everyone that no single party is able to get to grips with the irresolvable problems being posed; subsequently this will be followed by a Committee of Public Safety when it becomes clear that even working together they understand nothing; and – if God takes pity on us – this will be followed finally by a new National Resistance Council, at the moment when it will be necessary, beyond the differences considered irreconcilable today, to launch an ultimate attempt to save what can still be saved.”

M. Hollande has not yet reached this stage, convinced as he is, that if what France needs is growth, the Greek temperament is far better suited to aggressive austerity measures. What he wishes for the Greeks is for Pasok and New Democracy to come out victorious in the Greek elections. And he hasn’t hesitated to tell them. Without doubt, this would be a miniature reproduction of the ill-matched Franco-German couple which is currently offered to us. The winning formula seems, to him, to be that of the union of a right-wing Socialist party with a Liberal party, both of them convinced that mothballing the welfare state is a much more urgent priority than reining in the world of finance

It is to be noted that the Americans are in much the same state of mind. Yesterday, Jamie Dimon, the boss of J .P. Morgan Chase was being grilled by the Banking Committee of the American Senate. He was asked how his bank had managed, by inadvertence, to lose between 3 and 10 billion dollars. The Republican Party Senators used up all their allocated speaking time to maintain – wanting Mr. Dimon to confirm it enthusiastically – that at the moment the greatest worry is that of an over-regulation of the financial sector. This is how it is at certain periods, you can take my word for it: programmed suicide is to be found everywhere. And I am sparing you the most comical examples.

Finally, let’s wager that people in Brussels are working hard at the moment to find solutions, that further cunning plans are being concocted in order to be put into practice in 2014 or 2018. Why are these miracle solutions always being delayed, it would not be an exaggeration to say, indefinitely? All in good time. Except that today, on the 14th June 2012, this is what is missing the most – time that is.

(*) 6.974% at 10:51

(*) Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions.
Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez.


Votre soutien peut s’exprimer ici :
www.pauljorion.com/blog/?page_id=647

Mercredi 20 Juin 2012
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