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Est-ce la fin du libéralisme économique ?


La plupart des experts annoncent la fin du libéralisme économique, dans la mesure où ce système serait totalement responsable de la crise financière actuelle, précipitée par la cupidité de quelques financiers de haut vol.



Est-ce la fin du libéralisme économique ?
Si on procède à une analyse objective des causes de la crise, on constate que c’est en grande partie les pouvoirs publics Américains qui ont favorisé la bulle financière et cela à travers 4 mécanismes :
- La politique monétaire laxiste menée pendant 6 ans par la Fed, sous la houlette d’Alan Greenspan, dans la perspective de favoriser la consommation aux Etats-Unis.
- La baisse des impôts décidée par Bush, alors que le pays est déjà fortement endetté et le budget fédéral en déficit. Ces deux politiques, monétaire et fiscale, ont provoqué un déluge de liquidités, pressées de s’investir dans les marchés à dimension spéculative.
- L’aberration d’un point de vue économique, du principe des « subprimes », qui consiste à financer l’accession à la propriété de ménages américains insolvables, alors que ceux-ci relevaient plus d’un programme social que d’un démarchage par des courtiers intéressés aux résultats. Le gouvernement américain a laissé faire, pour des raisons en grande partie électoralistes.
- La décision gouvernementale d’abroger, en 1999, les règlementations bancaires issues du Glass-Steagall Act de 1934, qui maintenait une séparation entre la banque de détail et la banque d’affaires, autorisant de ce fait la constitution de « mégabanques multi-métiers », peu surveillées et laissées aux mains de « Frankenstein de la finance ».

Par ailleurs, le libéralisme économique, pour fonctionner, nécessite l’existence de contre pouvoirs, susceptibles de garantir la libre-concurrence, mais également la transparence des opérations. En outre, l’Etat est légitime dans son rôle de gardien du système et de mise en œuvre des lois (en particulier, en matière bancaire).

Lorsque le gouvernement américain apporte des capitaux propres aux banques, il ne fait que réparer ses erreurs en tant que législateur (cf. les 4 « fautes »explicitées ci-dessus). N’oublions pas que les contribuables sont aussi des électeurs qui ont voté pour un gouvernement incompétent et en paient maintenant les conséquences.

Et l’Europe ? Les pouvoirs publics européens sont certainement moins coupables, mais ont tardé à mettre en place des plans de soutien aux banques. Il n’est cependant pas anormal que les gouvernements européens nationalisent, en partie et à titre provisoire, certaines banques. L’expérience suédoise des années 90 montre que cette démarche est salutaire et sans frais pour le contribuable : en effet les fonds placés par les Pouvoirs Publics dans les banques seront récupérés probablement avec des plus values substantielles, lors de la reprivatisation de celle-ci. Le libéralisme économique est suffisamment souple pour digérer ces épisodes d’ajustement. Il est le seul système capable de permettre à un capitalisme entrepreneurial de s’épanouir : en effet ce sont bien les PME qui créent la croissance et l’emploi, en France. De même, c’est le libéralisme qui peut favoriser la disparition de la « société de connivence » entre les dirigeants des grandes entreprises et les hauts fonctionnaires (cette « collusion » protège toutes les dérivés auxquelles on a pu assister : versement de « golden parachûtes » à des patrons qui avaient échoué, soupçon de délits d’initiés, etc.). Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain : le libéralisme économique a encore un avenir…

Bernard MAROIS
Président du Club Finance HEC

Mercredi 12 Novembre 2008
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