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Des marchés sourds aux alertes du FMI et aveuglés par le pétrole


Le FMI a beau réviser à la baisse ses prévisions de croissance et prévenir la communauté internationale que l'économie mondiale reste menacée par une nouvelle crise, les marchés boursiers n'en ont cure. Ils préfèrent au contraire croire aux miracles et continuer de progresser en dépit des menaces. Nous sommes donc bien revenus dans ce que l'on appelle un « bull market », c'est-à-dire un marché qui préfère ignorer les dangers et croître coûte que coûte.



Marc Touati
Marc Touati
Certes, il faut reconnaître que les prévisions du FMI sont rarement exactes. Il y a encore quelques mois, celles-ci faisaient d'ailleurs état d'une croissance mondiale forte, d'un Brésil simplement en petite forme passagère, d'une zone euro en plein boom et d'une France qui s'apprêtait à fortement redémarrer.

Aujourd'hui, ce même FMI est loin de cet optimisme béat. Ses prévisions pour 2016 sont ainsi bien plus ternes. Il anticipe par exemple une croissance mondiale de 3,2 %, contre 3,6 % en octobre dernier. A titre d'illustration, souvenons-nous qu'en octobre 2014, il annonçait une croissance mondiale de 3,8 % pour 2015 et que cette dernière a finalement été de 3,1 % (chiffre d'ailleurs non définitif). C'est dire combien la prévision actuelle du FMI risque malheureusement de s'avérer encore trop optimiste…

Pour notre part, nous continuons de prévoir une progression du PIB mondial d'environ 2,4 % cette année, ce qui signifie que, si nous avons raison, les marchés risques d'encaisser pas mal de déceptions et de déconvenues d'ici la fin 2016.

D'ailleurs, la prévision de 3,2 % du FMI tranche encore avec les alertes de ce dernier quant aux menaces qui pèsent sur l'économie internationale. A commencer par la crise économico-politique qui sévit au Brésil et qui ne manquera pas d'entacher la situation de l'ensemble de l'Amérique latine. La variation du PIB brésilien anticipée par le FMI en 2016 est ainsi de - 3,8 %, soit encore 0,3 point de moins qu'en janvier et 2,8 points de moins qu'en octobre dernier. Le problème est qu'au quatrième trimestre 2015, le glissement annuel du PIB brésilien était déjà de - 6 % et que les derniers indicateurs avancés de la conjoncture indiquent que ce niveau risque de se prolonger jusqu'à l'été prochain. En d'autres termes, la prévision du FMI sur la « croissance » brésilienne sera encore revue à la baisse au cours des prochains mois.

Même punition pour la Russie, l'Afrique du Sud ou encore l'Arabie Saoudite, avec des prévisions de variation du PIB de respectivement - 1,8 %, + 0,6 % et + 1,2 %, contre - 0,6 %, + 1,3 % et + 2,2 % en octobre dernier. Seules relatives bonnes surprises, le FMI a relevé de 0,2 point sa prévision de croissance pour la Chine (à 6,5 %) et a confirmé celle pour l'Inde (à 7,5 %). Reste simplement à savoir si les chiffres fournis par ces deux locomotives de la croissance mondiale sont véridiques… Toujours est-il qu'en dépit de ces deux points positifs, la prévision de croissance de l'ensemble du monde émergent a été abaissée de 0,2 point depuis janvier et de 0,4 depuis octobre, à désormais 4,1 %, ce qui demeure, selon nos estimations, encore au-dessus de la réalité.

A côté de ce risque notable, le FMI fait également état, à juste titre d'ailleurs, de quatre autres grands dangers, en l'occurrence, les tensions géopolitiques, les risques d'attentats, le Brexit, ainsi que la faible efficacité des politiques monétaires et budgétaires, en particulier dans la zone euro. Par rapport à ses estimations de janvier, le FMI a ainsi révisé sa prévision de croissance de 0,2 point pour cette dernière et la quasi-totalité de ses membres, y compris pour l'Allemagne, soit 1,5 %.

Comme d'habitude, la France « bénéficie » d'un traitement de faveur, puisqu'après avoir annoncé une croissance 2016 de 1,5 % en octobre dernier, puis de 1,3 % en janvier, le FMI se contente désormais de 1,1 %. Ce qui tranche évidemment avec le 1,5 % du gouvernement français, mais est-ce vraiment une surprise ?

Enfin, pour couronner le tout, le FMI a également révisé à la baisse sa prévision de progression du PIB américain, à désormais 2,4 %, contre 2,6 % en janvier et 2,8 % en octobre dernier.

Pour autant, malgré l'ensemble de ces révisions baissières et de ces alertes largement justifiées, les marchés boursiers ont continué de progresser. Entre le 7 et le 14 avril, le Cac 40 a même flambé de 6,3 %, n'étant plus qu'à 2,7 % de son niveau du 31 décembre 2015. Quant au Dow Jones, si sa progression récente a été plus modeste (+ 2,2 % du 7 au 14 avril), il affiche une hausse de 2,9 % depuis le début d'année.

Ce nouvel accès de fièvre s'explique évidemment par les largesses excessives des banques centrales, et notamment de la BCE, mais aussi par la remontée des prix du pétrole, qui fait fi également des risques de ralentissement de la croissance mondiale. Or, si la baisse des cours pétroliers fin 2015 et début 2016 nous apparaissait excessive, une forte hausse aujourd'hui le serait tout autant.

Autrement dit, alimenté par « l'opium » diffusé massivement par les banques centrales, l'aveuglement collectif continue sur les marchés financiers. Le réveil n'en sera malheureusement que plus douloureux lorsqu'il faudra affronter la réalité de la décélération de l'activité économique internationale. En conséquence et conformément aux prévisions que nous établissions il y a environ un an, la volatilité va rester extrêmement forte sur les marchés boursiers. Pour le Cac 40, cela se traduira par de nombreux allers-retours entre 3 800 et 4 600. La fourchette haute étant sur le point d'être atteinte, il faut donc se préparer à une dégringolade imminente.

Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com;


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Mardi 19 Avril 2016
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