Digital Finance, Cryptofinance Daily News | Innovation, Transformation


              



De la porosité des boucliers


Vendredi 18 avait lieu un webminaire organisé par Finance Watch (1) proposant de réfléchir avec Benoît Lallemand sur le thème « Pourquoi les réglementations actuelles ne nous protègent pas d’une nouvelle crise ? ». Sans prétendre faire une restitution exhaustive, voici quelques points saillants qui me semblent plus intéressants de mettre en évidence.



Rémy Mahoudeaux
Rémy Mahoudeaux
Sur la prochaine crise financière qui nous frappera, Benoît Lallemand propose 3 origines ou déclencheurs possibles qui sont : (a) l'insuffisante anticipation par les marchés de la fin du quantitative easing aux USA, et ; (b) l'éclatement d'une bulle sur les matières première, et enfin ; (c) une crise des dettes souveraines. Outre que le (a) est de mon point de vue un cas particulier du (c), je ne suis pas certain que ce panorama soit complet : j'avais lu (je crois que c'est sur le blog de Paul Jorion (2), mais je n'ai pas retrouvé la source précise) que la masse d'argent mise sur le marché par le quantitative easing depuis 2008 était comparable à l'accroissement des capitalisations boursières constatées sur les marchés US, sans que l'accroissement des fondamentaux intrinsèques des entreprises cotées ne justifie un tel incrément de valeur. De là à conclure que la générosité de l'institut d'émission aurait ainsi créé et alimenté une bulle « equity », toute aussi susceptible d'éclater qu'une bulle matière première, il n'y a qu'un pas à franchir. Par ailleurs, la « première » des matières première, le pétrole, est-elle surévaluée au point de constituer une bulle ? Ce n'est pas mon intuition.

Les modifications apportées depuis 2008 aux systèmes de régulation des banques n'ont pas réduit leur exposition aux risques ni augmenté la maîtrise de ces risques. Les digues successives érigées (fonds propres, créanciers obligataires, fonds spécifiques mutualisés) pour protéger l'économie d'une crise de liquidité d'une banque systémique sont, selon toute vraisemblance, insuffisantes. De plus, le principe de l'auto-évaluation en vigueur pour alimenter ces modèles d'évaluation du risque induit un biais majeur : juge et partie, une banque positionnera-t-elle le curseur en fonction de la réalité objective ou plutôt en fonction des seules contraintes dictées par les affaires qu'elle souhaite faire ?

Benoît Lallemand explique aussi qu'une régulation plus complexe pour couvrir/contenir une finance plus sophistiquée, cela ne fonctionne pas : il se trouvera toujours un mathématicien retors pour bâtir un modèle de valorisation qui passera au travers d'une régulation élaborée pour la crise d'avant. Éternelle lutte de l'arme et du bouclier. Ma conclusion, toujours intuitive, est simple : l'incrément d'intérêt pour le « bien commun » (et pas seulement particulier) devrait présider à l'introduction d'une nouvelle « couche » de sophistication dans la finance.

Une invitation nous était faîte d'aller visiter le site de l'homologue de Finance Watch aux Etats-Unis, Better Market (3), qui chiffre les coûts de la crise financière entre 2008 et 2018 à 12, 8 Trillion de $ de manque à gagner de PIB. Je n'ai fait que survoler très rapidement le document téléchargé, mais je suis toujours sceptique sur ce genre de travail qui compare une réalité + des projections réévaluées dans un contexte de tempête à une version idéalisée de l'avenir quand aucune ride sur l'eau ne laisse encore supposer que le vent va forcir. La crise financière de 2008 aux USA n'était-elle pas inéluctable du seul fait de la bulle immobilière, devenue trop grosse et trop fragile, sans doute elle-même induite par un certain laxisme monétaire ? Les dérivés de crédits et leurs excès ne sont peut-être qu'une caisse de résonance …

Merci à Finance Watch pour ce premier webminaire centré sur le diagnostic, le prochain sera sur la thérapeutique préconisée. Je ne manquerai pas d'y participer ...

(1) Finance Watch est une ONG Européenne (un lobby) visant à promouvoir une régulation de la Finance plus efficace pour qu'elle serve le bien public. www.finance-watch.org
(2) www.pauljorion.com/blog/
(3) www.bettermarkets.com/

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx
boss <at> remsyx <dot> com
twitter : @remseeks
 
 

Vendredi 25 Octobre 2013
Notez


Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les derniers articles publiés sur Finyear

Recevez notre newsletter quotidienne comme plus de 40.000 professionnels de la gestion et de l'innovation financières


LE TRESORIER


Cryptocurrencies


Finyear - Daily News