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Croissance française : sauter pour mieux reculer...


Faites sonner les fanfares et les trompettes ! Réveillez vos voisins et entonnez en chœur la Marseillaise ! Voici enfin une bonne nouvelle pour l'économie française et accessoirement pour son Président et son gouvernement : au troisième trimestre 2014, le PIB hexagonal a progressé de 0,3 %. Formidable ! Quelle bonne surprise !



Marc Touati
Marc Touati
Encore mieux, la France se paie le luxe de réaliser l'une des meilleures performances des grands pays de la zone euro, devant l'Allemagne (+ 0,1 %), l'Italie (- 0,1 %), la Belgique (+ 0,2 %), les Pays-Bas (+ 0,2 %) et le Portugal (+ 0,2 %). Seules l'Espagne (+ 0,5 %) et la Grèce (+ 0,7 %) parviennent à dépasser « l'excellence française ».

Bon, une fois la liesse passée, pensons néanmoins à prendre du recul et à regarder les comptes nationaux de plus près. Et là, l'euphorie est loin d'être de mise. Tout d'abord, la variation du PIB du deuxième trimestre a été revue en baisse, passant de + 0,0 % à - 0,1 %. Autrement dit, après une stagnation et un recul de 0,1 %, l'augmentation de 0,3 % du troisième trimestre est plus une correction de la faiblesse passée que le début d'une nouvelle tendance.

Par ailleurs, l'essentiel de cette progression s'appuie sur un fort restockage qui a contribué à hauteur de 0,3 point à la croissance. En d'autres termes, hors variation de stocks (qui, rappelons-le n'est qu'une variable d'ajustement), la variation du PIB français du troisième trimestre a été nulle.

L'adage « un point ne fais pas une tendance » sied donc parfaitement à la croissance miracle du troisième trimestre. Et ce d'autant que le poste clé de l'investissement a continué de baisser. Ainsi, l'investissement des entreprises a reculé de 0,1 % (après déjà - 0,6 % et - 0,5 % au cours des deux trimestres précédents) et l'investissement logement des ménages s'est effondré de 1,7 % (après déjà trois trimestres consécutifs de chute comprise entre 1,8 % et 1,9 %).

Or, si l'investissement baisse, cela signifie que l'emploi va rester moribond et que la consommation demeurera fragile. Elle a d'ailleurs augmenté de seulement 0,2 % au troisième trimestre, notamment parce que les ménages ont puisé dans leur épargne pour maintenir un certain niveau de dépenses. Ce qu'ils ne pourront pas faire éternellement.

Enfin, l'évolution récente des indicateurs avancés de l'activité hexagonale montre que la progression du PIB au troisième trimestre constitue une éclaircie de courte durée au milieu d'une grisaille tenace.

Ainsi, les indicateurs des directeurs d'achat dans l'industrie et les services sont largement sous la barre des 50 (à respectivement 48,5 et 48,3) et indiquent par là même que le PIB devrait reculer pour la fin 2014, voire également le début 2015.

De même, l'indice du climat des affaires des enquêtes INSEE dans l'ensemble des secteurs fait état d'un glissement annuel du PIB qui devrait redevenir négatif d'ici le premier trimestre 2015.

Quant à la confiance des ménages (toujours selon les enquêtes INSEE), ses niveaux récents sont en phase avec une atonie durable de la consommation.

Ces perspectives moroses sont logiques. Elles ne font que refléter le sommet historique atteint par la pression fiscale dans l'Hexagone, mais aussi la faible efficacité d'une dépense publique pléthorique (57,1 % du PIB) ou encore la piètre crédibilité des dirigeants du pays et plus globalement de la classe politique à faire preuve du courage nécessaire pour enfin engager la France sur le chemin de la modernisation économique.

En conséquence, selon nos estimations, le PIB français devrait reculer d'au moins 0,1 % au cours du quatrième trimestre. Nous maintenons donc notre prévision d'une croissance annuelle moyenne de seulement 0,3 % pour l'ensemble de 2014. Dans ce cadre, le taux de chômage restera proche des 10,5 % et le déficit public avoisinera les 4,7 % du PIB.

Au-delà de la simple lecture du chiffre de croissance du troisième trimestre, il faut donc être réaliste : la France reste malheureusement engluée dans la stagnation économique. La baisse de 0,2 % de l'emploi au cours du même troisième trimestre ne fait d'ailleurs que le confirmer.

Quant à l'année 2015, compte tenu d'un effet d'acquis négatif (lié à la baisse probable du PIB au quatrième trimestre 2014), la croissance atteindra péniblement les 0,7 %. Un niveau toujours hautement insuffisant pour inverser la courbe du chômage, pour rembourser la charge d'intérêts de la dette publique et pour réduire le déficit public.

L'année 2015 devrait donc consacrer de nouveaux records pour l'économie française : un taux de chômage de 11 %, un déficit public toujours proche de 4,7 % et une dette publique de 100 % du PIB.

Il faudra donc bien sonner du tocsin mais pas forcément pour de joyeuses raisons…


Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


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Lundi 17 Novembre 2014
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1.Posté par Corbucci le 17/11/2014 18:20 | Alerter
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Je me pose trois questions:
- Pourquoi les économistes patentés avaient ils prévus une croissance de 2,1% pour le Japon alors qu'en réalité ce pays est en récession ?
`- Pourquoi est il en récession alors qu'il a une politique qui émerveille les économistes évoqués ci-dessus ?
- Pourquoi ces économistes ne font ils jamais une autocritique ?

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