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Crise sanitaire et télétravail : vers une prise de conscience du retard technologique de la France ?


Par Patrick Brennan, Country Manager, LogMeIn France



La France est confinée depuis le 17 mars dernier. En un temps record d’une demi-journée, des milliers d’entreprises se sont mises au télétravail. Cela représente aujourd’hui 8 millions de salariés qui travaillent de chez eux, un record jamais atteint auparavant. Car même si le télétravail s’est démocratisé ces dernières années, il subsiste toujours une réticence de la part des employeurs à l’étendre véritablement. Tout d’abord, culturellement, la France a toujours eu beaucoup de mal à lier les aspects de vie professionnelle/vie personnelle, tant leur séparation est très marquée dans les esprits, mais aussi au niveau législatif !

Bien que cette pratique soit désormais inscrite dans la loi depuis plusieurs années, beaucoup d’entreprises ont dû s’y mettre du jour au lendemain et faire le grand saut dans l’inconnu.
Alors que le confinement va encore durer au moins jusqu’au 11 mai, cette période totalement exceptionnelle va-t-elle nous amener sur le plus long terme, à la généralisation d’une pratique encore assez marginalisée ?

Encore trop peu de moyens dans l’économie numérique française

Dans le peloton de tête des pays les plus innovants, on retrouve la Suisse, la Suède, les États-Unis, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ; la France n’occupant que la 16e place (1). Cet investissement technologique, très en-deçà des exigences du monde d’aujourd’hui n’est pas nouveau. Déjà en 2002, un rapport du Sénat alertait sur le retard de la France en termes d’investissement technologique. En 2018, le numérique ne pesait encore que 5,5% du PIB de la France. Encore trop peu lorsque le Royaume-Uni s’impose en tant que leader des pays du G20 dans ce secteur avec 9% de leur PIB émanant de l’économie numérique !
Mais un autre mal très français peut expliquer la réticence générale à adopter rapidement de nouvelles formes de travail.

La schizophrénie française face au travail

S’il est très mal vu dans certaines cultures (notamment anglo-saxonnes) de travailler au-delà des heures réglementaires, la France elle, voit majoritairement les heures supplémentaires comme l’exemple du dévouement des salariés. Chez d’autres, cette culture du présentéisme après les horaires signifie au contraire une mauvaise organisation et potentiellement une perte de rentabilité pour l’entreprise.
Ce paradoxe entre la séparation stricte de la vie privée et du travail, et cette culture du présentéisme à outrance entraine une véritable schizophrénie au travail.

Dès lors, implémenter le télétravail devient compliqué dans beaucoup d’entreprises, car certains dirigeants admettent leur inquiétude de ne pouvoir « surveiller » leurs équipes et s’assurer que leur travail est bien fait.

Depuis quelques années, les choses changent avec une tendance de plus en plus propice au télétravail. Encadré par des lois, cette pratique gagne du terrain. Mais des crises plus profondes au sein de la société aident également.

Des bouleversements sociétaux entraînent des changements profonds

Les récentes grèves qui ont eu lieu entre décembre 2019 et février 2020 poussent vers cette tendance. Néanmoins, le confinement actuel est sans précédent pour les entreprises.

Pour des secteurs déjà habitués à la pratique, pas de problème. Pour les autres, cela a pu être très compliqué.

Avec une crise qui dure, les mentalités sont amenées à évoluer très vite. Cette mise en place en catastrophe du télétravail pour des millions d’employés et dans des services où la digitalisation a longtemps été freinée par l’indécision, le manque de moyens et d’une vision d’ensemble, cet épisode est un véritable électrochoc. Des milliers de petites communes ont dû, in extremis, implémenter des solutions leur permettant de maintenir leur travail de service public indispensable à la vie de leurs administrés. Hier, l’idée de digitaliser leur service s’apparentait à un scénario futuriste bien trop périlleux à appliquer. Aujourd’hui, la réalité les a aussi rattrapés.

Ce qu’il faut avant tout espérer avec cette crise, c’est de voir la France rattraper son retard technologique. Minime face aux autres puissances mondiales, mais pour être gommé, plus de souplesse, de confiance et d’audace sont nécessaires. Le changement doit faire émerger des ambitions positives pour espérer un avenir radieux.

L’après crise du COVID-19 amènera des changements sociétaux profonds. De quelle nature ? Il est aujourd’hui encore impossible de le dire mais les mentalités sont amenées à évoluer. La nécessité de s’adapter à un monde qui change trop rapidement est en tout cas devenu une réalité pour tous.

(1) Édition 2019 de l’Indice mondial de l’innovation


Chaineum : Neo Investment Bank
Laurent Leloup : Conférencier blockchain
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Mardi 28 Avril 2020
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