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Cours de manipulation des marchés


Le Wall Street Journal a révélé que les gros hedge funds, même le représentant de l’apôtre de la moralisation du capitalisme financier George Soros, se rencontraient régulièrement pour deviser (c’est un jeu de mots) sur l’évolution du monde et sur les tendances de marchés.



Marc Fiorentino
Marc Fiorentino
Au début de février, ils auraient donc faire leur dîner rituel. A la fin d’un repas de spécialités du sud de l’Europe, ils auraient fait un pari. Un pari à quelques milliards de dollars et un pari à quelques millions de chômeurs : et si on faisait tomber l’euro à la parité avec le dollar ?

Le pari est donc pris. Et les gérants font le plein d’instruments optionnels à levier qui leur permettent de toucher le jackpot si l’euro fait un touch down sur la parité avec le dollar. Ceci fait, il ne reste plus qu’à faire baisser l’euro. Et faire baisser l’euro c’est finalement assez simple.
Voilà comment on fait.

Le marché des grandes devises, comme l’euro, est beaucoup trop large et trop liquide pour être manipulé directement. On peut éventuellement, à plusieurs, avec un énorme stock de munitions, faire bouger une devise mais on ne peut pas déclencher une tendance. Non. Il faut aller chercher les facteurs de variation du marché d’une devise et tenter de les influencer ou de les faire bouger. Si on veut faire baisser l’euro, il faut déterminer les déclencheurs d’une éventuelle baisse.

Des indicateurs économiques ? Non, trop aléatoires et impossible à manipuler car trop officiels.
Des déclarations de la Banque Centrale Européenne ? Là encore, impossible. Trichet c’est un peu l’Elliot Ness de la finance et son équipe à forte coloration germanique est incorruptible.
Les politiques ? Pourquoi pas mais personne ne les écoute quand ils parlent des monnaies. Non.

Il y a un petit marché que tout le monde regarde. C’est le marché des CDS, ce marché de paris en ligne sur les faillites. Et en ce moment, le principal facteur d’évolution de l’euro c’est la dette Grèce. On suit au jour le jour, minute par minute, la situation en Grèce et ce marché financier, actions, obligations et CDS, microscopique à l’échelle mondiale est le principal moteur de la tendance. Dés lors, il suffit pour les fonds qui veulent faire chuter l’euro d’acheter massivement les CDS grecs.
On peut les faire grimper avec très peu de volumes et très peu de moyens car c’est un marché minuscule…mais très visible. Dés que les CDS grecs montent, les analystes et les médias sèment la panique avec des titres accrocheurs « Les CDS Grecs flambent, la Grèce bientôt en faillite ». Dés lors, les petits investisseurs et les moutons tombent dans le piège qui leur est tendu. Ils vendent massivement de l’euro de crainte que la Grèce fasse faillite et entraîne le reste de l’Europe. On rajoute à cela un peu de vinaigre sur la plaie en sponsorisant deux ou trois prévisionnistes qui publient une étude sur « la disparition certaine de l’euro » et le tour est joué. L’euro baisse. Et c’est le jackpot pour nos fonds conspirateurs.

Que doivent faire la BCE et l’Union Européenne ? On oublie bien sûr les grandes déclarations politiques sur la moralisation du capitalisme financier. Ca c’est pour amuser la galerie et personne n’y croit. Non. Il faut jouer sur le même terrain que les fonds. Pour sauver la Grèce, il suffit que la BCE vende massivement des CDS Grecs. Les journaux titreront « Effondrement des CDS Grecs, le spectre de la faillite s’éloigne ». Un ou deux grands stratèges pondront des articles sur « l’euro, formidable amortisseur des chocs ». Les petits investisseurs rachèteront plus chers ce qu’ils ont vendu dans la panique et les moutons à moitié égorgés échapperont de justesse à l’abattage.

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Les marchés sont manipulés. Et ils le seront toujours. Comme le dit Gordon Gekko dans Wall Street : « If you are not inside, you’re outside ». Une fois qu’on le sait, essayons au moins de jouer sur le même terrain que les professionnels. L’Europe vaut bien cela non ?

Marc Fiorentino
Président d'EuroLand Finance
Gérant d'Allofinance
www.allofinance.com

Dimanche 7 Mars 2010
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