Conformité réglementaire : frein ou catalyseur pour les fintechs ?
10/04/2025
DORA, DCC2, MiCA, CSRD… un choc réglementaire inédit pour les fintechs européennes
Pour les fintechs, souvent jeunes (40 % des fintechs françaises sont en phase d’amorçage selon France Fintech) et peu structurées, le défi est d’autant plus grand qu’il se joue à double niveau : intégrer les contraintes qui les visent directement, mais aussi répondre aux obligations imposées à leurs clients, souvent de grande taille.
Rationaliser la conformité : un levier d’innovation
Cette dynamique est également à l’œuvre chez Algoan, spécialiste de l’open banking appliqué à l’octroi de crédit. L’entreprise anticipe l’entrée en vigueur de la directive DCC2 (novembre 2025), qui impose une évaluation plus rigoureuse de la solvabilité, y compris pour des crédits inférieurs à 3 000 € ou des paiements fractionnés. « Ce texte va profondément transformer les pratiques de marché », explique Paul Peyré, cofondateur. « Grâce à nos outils, nos clients peuvent analyser automatiquement les flux bancaires et détecter des signaux faibles. Cela protège les établissements… mais surtout les consommateurs », affirme-t-il.
C’est aussi sur cette logique que repose le modèle de Weefin, qui accompagne les acteurs financiers dans la gestion et le pilotage de leurs stratégies de durabilité. « Des réglementations comme la CSRD ou le SFDR ne sont pas seulement des contraintes. Elles sont aussi des opportunités de structuration et de différenciation », estime Marion Aubert, co-fondatrice de Weefin. « En apportant de la clarté dans un environnement technique et mouvant, on crée de la valeur », rappelle-t-elle.
L’Europe plus régulée… mais moins lisible
Sur le terrain de la compétitivité internationale, en revanche, la conformité devient un casse-tête. « Le passeport européen permet en principe à une fintech agréée dans un pays d’opérer dans les autres États membres. Mais dans les faits, la lenteur des procédures et les différences nationales limitent fortement son efficacité », rappelle le rapport France Fintech. Si 87 % des fintechs françaises présentes à l’étranger choisissent l’Union européenne, c’est donc souvent par défaut de meilleure option.
L’asymétrie avec les marchés anglo-saxons se creuse. « Entre les États-Unis et l’Europe, nous allons avoir deux écosystèmes qui vivent des réalités très différentes », analyse François Assada, responsable du marché Fintech pour KPMG en France. « Outre-Atlantique, avec la nouvelle administration, la régulation est en train de s’alléger dans certains domaines et l’existence de certains régulateurs créés après la crise de 2008 est menacée. Cela permettra probablement plus d’expérimentations, mais peut-être aussi au prix d’une plus grande instabilité », partage-t-il.
Cette différence de culture réglementaire peut être un frein à l’internationalisation pour les fintechs européennes. « Pour pénétrer le marché américain, il faut impérativement une certification comme le SOC 2. En Europe, cette certification n’est pas reconnue. Résultat : une fintech française doit souvent se conformer à deux modèles parallèles pour espérer se développer à l’international », note Baptiste David.
Manon Triniac

