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Commerce mondial : le retour au niveau d’avant-crise est improbable, mais les potentiels de croissance existent


Après trente ans d’expansion sans précédent, le commerce mondial vit un changement de tendance radical. Son ralentissement, est-ce un phénomène cyclique ou durable et structurel ?



Laurent Leloup
Laurent Leloup
Le commerce mondial reste bouleversé par les effets néfastes de la crise

Depuis la crise économique de 2008-2009, le rythme de croissance du commerce international ralentit, impacté en premier lieu par une baisse durable de la croissance mondiale. La décélération à la fois structurelle et conjoncturelle des grands pays émergents est d’autant plus préjudiciable pour le commerce mondial que son essor est très lié au boom de leurs exportations (multipliées par 6 en 20 ans contre 2,2 pour les économies avancées). A cela s’ajoute un second effet négatif de la crise : la moindre demande de matières premières. Parmi les principaux pays émergents, ceux dont la croissance annuelle des exportations est la plus forte à mi-2014 vendent principalement des biens manufacturés (Pologne, Roumanie, Inde, Philippines) et non pas les matières premières.

Ces performances décevantes de nombreux pays en matière d’exportations coïncident avec une montée du protectionnisme[1] qui entrave le commerce. Au total, l’Argentine, la Russie et l’Inde ont chacun décidé plus de 250[2] mesures entre juillet 2008 et juillet 2014, soit presque 2 fois plus que les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie. C’est la Russie qui, compte tenu des mesures d’interdiction d’importations de produits agro-alimentaires en provenance de l’Union européenne, des Etats-Unis, du Canada et d’Australie décidées récemment par son gouvernement, devient le pays le plus protectionniste.

Une tendance globale à l’intégration des émergents dans les chaînes de valeur

Les effets de la crise sur le commerce ont été accentués par l’importance accrue de l’internalisation des processus productifs depuis le début des années 2000. C’est justement ce canal qui a accéléré la propagation de la crise 2008-2009 au commerce mondial. Les échanges de biens intermédiaires[3], qui sont au cœur des chaînes de valeur mondiales (CVM), ont chuté de 25% en 2009. Encore limité (à l’exception de l’Asie), le commerce intra-régional n’a pas pu compenser les effets de la crise. En effet, malgré la multiplication d’accords visant à libéraliser les échanges, la part du commerce intra-régional dans le total des exportations demeure faible dans la plupart des régions émergentes : de l’ordre de 11 % pour l’Afrique, 20% pour l’Amérique latine et 15% pour la CEI.

Toutefois, l’apparente résilience des CVM à la crise laisse croire en leurs perspectives de croissance favorables à moyen terme. Les marges de progression semblent importantes, notamment, grâce à l’intégration des pays émergents dans ces chaînes mondiales. C’est, par exemple, le cas de l’Afrique, car la montée de la classe moyenne asiatique devrait favoriser l’implantation sur le continent africain d’entreprises dont les coûts de production dépendent beaucoup du coût de la main d’œuvre (textile-habillement par exemple).

Perspectives : une croissance du commerce limitée mais aussi moins volatile

Coface anticipe tout de même une accélération de la croissance du commerce mondial, à un rythme proche de 5% en 2015, soit un niveau plus élevé que celui des deux années passées.

« La baisse de la croissance potentielle des principales économies développées et émergentes rend improbable un retour de la croissance des échanges internationaux à son niveau d’avant crise. Mais l’accélération timide de la croissance mondiale et la poursuite de l’internationalisation des chaînes de valeur plaident pour une augmentation de la croissance du commerce mondial en 2015», explique Julien Marcilly, responsable du risque pays.

Au-delà du rythme de croissance, c’est également la structure du commerce qui va connaître des bouleversements. La tertiarisation des économies avancées et émergentes devrait se traduire par la tertiarisation du commerce. La vitesse de ce processus dépendra notamment de la rapidité des progrès technologiques. Cette évolution comporte un avantage majeur : elle devrait rendre les fluctuations du commerce mondial moins marquées, les variations d’activité des secteurs de services étant généralement moins fortes que celles de l’industrie.

Ces perspectives conduisent Coface à tabler, pour les années à venir, sur une croissance du commerce mondial plus modérée, mais aussi moins volatile.

Pour aller plus loin téléchargez ci-dessous l’étude (PDF 27 pages en français).

[1] Le protectionnisme consiste en une politique d’un Etat visant à protéger ses entreprises contre la concurrence d’entreprises étrangères. Les mesures protectionnistes, telles qu’elles sont répertoriées par la Banque Mondiale, peuvent prendre différentes formes : elles incluent des mesures de sauvegarde, d’antidumping ou encore les subventions et ses mesures compensatoires.
[2] Source : GTA
[3] Bien intermédiaires : bien importés, transformés et réexportés


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Mardi 28 Octobre 2014
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