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Comment vraiment sauver la zone euro ?


Enfin ! Plus de 25 ans après sa création, après avoir traversé de nombreuses crises financières et avoir même frôlé l'éclatement, la zone euro fait enfin l'objet de toutes les attentions de la Commission européenne, qui se dit prête à tout faire pour la sauver et relancer sa dynamique. C'est dans ce but qu'elle vient de présenter une petite liste de propositions destinées à faire oublier le gâchis de ces 25 dernières années.



Marc Touati
Marc Touati
Car, ne l'oublions pas : l'Union Economique et Monétaire (UEM) et l'euro ont été créés pour concurrencer respectivement les Etats-Unis et le dollar. A la base, l'UEM devait ainsi devenir la zone de croissance la plus forte du monde développé et imposer l'euro comme monnaie internationale de réserves et de transactions. Or, vingt-cinq ans plus tard, force est de constater que c'est exactement le contraire qui s'est produit : sur le front des performances de croissance, la zone euro a effectivement été la lanterne rouge de la planète avec le Japon. Quant au dollar, en dépit d'une volatilité importante, son rôle de benchmark international est resté prédominant, avec pour nouveau challenger potentiel, non pas l'euro, mais le yuan.

Cette absence d'efficacité économique rappelle un problème fondamental : la zone euro n'est pas terminée. En effet, cette dernière ne sera aboutie et donc crédible uniquement lorsqu'elle sera devenue ce que l'on appelle une zone monétaire optimale (ZMO), c'est-à-dire parfaitement unifiée à tous points de vue, comme par exemple les Etats-Unis d'Amérique, les Etats-Unis du Brésil ou encore l'Etat fédéral allemand. C'est d'ailleurs ce qui était prévu dans le traité de Maastricht, mais a été complètement oublié.

Pour comprendre cette erreur de construction, il faut remonter à la genèse de l'UEM et notamment à la relance Mitterrand de 1981. Un an plus tard, l'échec est cuisant : les déficits commerciaux et budgétaires se creusent dangereusement, le franc est constamment attaqué, la croissance reste faible et le chômage continue d'augmenter. Le Président français est alors devant un choix crucial : soit il continue sa politique et il doit alors sortir du Système Monétaire Européen, voire de l'Union européenne, soit s'il veut ancrer la France dans la construction européenne et doit donc pratiquer une politique de rigueur. Après une période d'hésitation, sur les conseils insistants de Jacques Delors et certainement parce qu'il ne veut pas remettre en cause l'amitié franco-allemande, François Mitterrand opte finalement pour la seconde solution.

Le Chancelier allemand Helmut Kohl lui souffle alors une idée simple (et qui apparaît d'ailleurs particulièrement pertinente aujourd'hui) : cette fois-ci la France a fait le bon choix, mais en sera-t-il de même dans l'avenir ? Pour éviter de prendre le risque d'explosion de la construction européenne, il faut donc un acte fort qui scellera à jamais cette dernière. Ce lien indéfectible ne peut être que la monnaie.

Petit problème : l'Union européenne n'est pas une zone monétaire optimale. Or, on ne peut faire d'union monétaire (c'est-à-dire fixer à jamais les parités de changes entre les différents Etats composant l'Union) qu'entre pays économiquement proches. D'où l'idée de conditionner l'entrée dans l'UEM à des critères de convergence (déficit public inférieur à 3 % du PIB, dette publique inférieure à 60 % du PIB, inflation limitée, taux d'intérêt à long terme convergents et participation au SME depuis au moins deux ans).

Evidemment, tout le monde est conscient que ces critères ne sont que nominaux et sont donc insuffisants pour garantir l'avènement d'une ZMO. Mais qu'importe, l'enjeu politique est tellement fort que l'on décide de créer une monnaie unique qui, ensuite, du moins c'est ce que l'on espère à l'époque, permettra de créer une vraie ZMO, c'est-à-dire une zone dans laquelle la mobilité des facteurs de production (et en particulier la main-d'œuvre) sera parfaite. De la sorte, elle évitera la survenance de chocs asymétriques. En d'autres termes, si un des États membres connaît une crise spécifique (que l'on appelle un choc asymétrique), le budget fédéral pourra y remédier directement, annihilant ainsi les risques de contagion à l'ensemble de la zone.

Pour parvenir à cet objectif, la création de la zone euro devait être suivie de décisions majeures parmi lesquelles l'harmonisation fiscale et réglementaire, celle des marchés du travail, mais aussi la création d'une véritable politique budgétaire européenne. Mais tout ceci n'a pas été réalisé, rendant de facto la zone euro bancale entre une monnaie et une BCE uniques mais plusieurs politiques budgétaires, des conditions fiscales et réglementaires différentes… La zone euro est donc restée des plus disparates et n'a jamais disposé de moyens budgétaires pour réduire ces divergences. A titre de comparaison, on peut par exemple noter que le budget fédéral des États-Unis, qui alloue des dépenses en fonction des besoins des Etats, représente 20 % du PIB américain, tandis qu'il ne représente que 1 % du PIB dans la zone euro.

Il faut donc arrêter de tourner autour du pot : l'UEM ne pourra sortir de la crise de la dette, et plus globalement de sa crise existentielle tant qu'elle ne sera pas une ZMO. C'est ce vers quoi tendent les récentes propositions de Bruxelles, qui demeurent néanmoins trop timides. Pour sauver la zone euro, voici donc les conditions indispensables : parfaite mobilité des capitaux, des entreprises, mais aussi des travailleurs au sein de l'UEM, harmonisation des conditions fiscales, budgétaires et réglementaires, marché du travail unique, sans oublier l'instauration d'un budget fédéral conséquent.

Ne l'oublions pas, la création de l'euro n'était qu'une étape visant à donner naissance à une union politique et fédérale. On peut être favorable ou opposé à cette dernière mais si on la refuse, il faut d'ores et déjà savoir que l'UEM finira par exploser, sortant donc de la crise de la dette par le bas, replongeant l'Europe dans un jeu non-coopératif et forcément destructeur. Après les récents dangers qui ont failli détruire la zone euro, il est donc urgent de ne plus se tromper.

Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


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Mardi 6 Juin 2017
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