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Jeudi 27 Mai 2021

Comment les entreprises vont-elles pouvoir rebondir face à la déperfusion ?


Tribune de Philippe Noury, Président Talenz Sofidem, Membre du réseau Talenz.



Qualifiée de “bombe à retardement” par nos sénateurs, la phase de “déperfusion” économique va concerner plus de 670 000 entreprises bénéficiaires des PGE !

Si ces mesures d’urgence sanitaires et ces dispositifs de soutien se sont révélés indispensables à la survie d’entreprises fermées pour certaines depuis plus d’un an, on doit admettre désormais que tout traitement de choc – pour filer la métaphore médicale - nécessite une période raisonnable de réadaptation.

Cet ajustement progressif suppose des mesures gouvernementales d’amortissement des dettes contractées au titre du PGE, soit par un étalement durable des remboursements, soit par un crédit d’impôt correspondant à une partie de la garantie donnée par l’Etat aux banques.

Mais la sortie de crise doit aussi être gérée par les entreprises et les banques par un élargissement de la faculté d’emprunter lors d’un investissement, en prenant en considération une notion élargie de l’investissement, qui intègre les aspects immatériels (brevets, R&D…), essentiel pour financer des secteurs fondamentaux pour la croissance de demain tels que la santé, le numérique...

L’envie de reprendre et la soif d’entreprendre sont là, les médias s’en font quotidiennement les relais depuis le calendrier de réouverture annoncé... Encore faut-il que les entrepreneurs, convalescents pour certains soient accompagnés et soutenus par des réformes structurelles ou des ajustements nés de cette crise sanitaire mondiale.

QUE DOIVENT-ELLES METTRE EN PLACE ?

Le monde d’après - pour reprendre un concept né au printemps 2020 - ne sera plus jamais celui d’avant, il suppose adaptation et agilité : parce que la digitalisation sera un passage obligatoire, parce que le télétravail va se généraliser, parce que les habitudes de consommation des ménages ont changé et que la livraison des commandes de produits marchands va devenir une règle. Les déplacements vont être plus limités car les consommateurs ont pris l’habitude de moins se déplacer, le commerce n’étant plus qu’un site internet et un magasin d’exposition et d’essayage ; la problématique du “dernier kilomètre” est d’ores et déjà un enjeu majeur pour de nombreuses enseignes. La mobilité va être également impactée par une nouvelle donne : la volonté de certains consommateurs de rationaliser leurs déplacements et de privilégier des modes et des modalités de transport plus vertueux : voiture électrique, co-voiturage, intermodalité... pour une empreinte carbone la plus limitée possible.

Adaptation et agilité, indispensables aussi pour ces entreprises qui assurent des services en présentiel et qui vont devoir monter en gamme, assurer une formation adaptée du personnel, ajuster les horaires à la demande. Comment imaginer, par exemple, que le bistrot de quartier d’affaires puisse continuer à vivre comme avant si un tiers de ses clients potentiels est en télétravail ?

Comment continuer à voir se développer d’immenses centres commerciaux dans le contexte d’une clientèle qui ne conçoit plus la balade au centre commercial comme un divertissement du samedi après-midi ?

LE CHÔMAGE VA-T-IL AUGMENTER ?

La croissance générée par le désinvestissement de l’épargne de précaution, et les mesures d’incitation propres au plan de relance vont générer une forte demande de main d’œuvre et une probable augmentation des salaires, mais les considérables écarts entre la formation reçue, ou supposée reçue, et la demande des entreprises va créer des difficultés d’adaptation et donc un décalage dans le temps entre le besoin et le recrutement.

Globalement, la forte demande dans certains secteurs des services, de la santé, de l’informatique au sens large devrait faire que le chômage recule peu à peu, c’est ma conviction... sous réserve que les réformes structurelles soient rapidement mises en œuvre notamment pour ajuster l'offre de formation aux besoins de recrutement.

EXISTE-T-IL DES DISPARITÉS RÉGIONALES ?

Les disparités régionales sont et seront la conséquence des disparités sectorielles existantes si l’adaptation et l’agilité évoquées précédemment ne sont pas rapidement et concrètement mises en oeuvre. Il est certain que des régions dont l’activité est très concentrée sur le secteur automobile ou l’aéronautique vont encore souffrir, mais les régions tournées vers le tourisme vont voir leur niveau d’activité croître avec des difficultés de recrutement qui pourraient être compensées tant par des hausses de salaire que par l’attractivité géographique et écologique de ladite région.

COMMENT SE PORTE GLOBALEMENT LE MARCHE FRANÇAIS ?

Comme toujours la France voit son niveau d’activité baisser moins vite qu’ailleurs en période de crise mais voit aussi sa reprise moins énergique que dans des pays voisins et ce, sous l’effet de l’importance de la redistribution.

La demande de consommation devrait reprendre, stimulant l’investissement des entreprises, surtout si cette demande ne porte pas exagérément vers des produits d’importation de pays à bas coûts...

C'est très compliqué de prédire l’avenir d’une crise si imprévisible il y a quelques mois... Mais pour conclure je partagerais volontiers cette citation d’Antoine de Saint-Exupéry : “Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible.” C’est notamment la raison d’être de tous les partenaires financiers et économiques qui accompagnent les entrepreneurs d’aujourd’hui et de demain.



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